[LP] We Lost The Sea – Departure Songs

Il y a comme un air de « No One’s Gonna Love You » de Bands Of Horses dans les premières notes de « A Gallant Gentleman », première piste du troisième album de We Lost The Sea.

We Lost The Sea - Departure Songs

Le projet post-rock de Sydney brosse, à l’instar de Solkyri et sleepmakeswaves, de magnifiques tableaux sonores, où la pesanteur est reine, avec l’espace, noir et infini, pour destination.
Odyssée interstellaire magnifique, quittant lentement l’horizon terrestre pour une plongée retenue dans les nébuleuses de coton, « Departure Songs » trace sa destinée avec émotion et précaution.

Le sextette australien y façonne une musique en slow-motion, malléable et conquérante, imbriquant des pièces comme un puzzle éclaté, qui gagne en tenue et en force à chaque nouvel assemblage. Fruit de la persévérance, « Departure Songs » est semblable à une salle d’attente vide ; notre ticket en main, nous attendons de la musique de We Lost The Sea qu’elle vienne nous chercher.

Sur « A Gallant Gentleman », l’installation est sereine et apaisante quand, soudain, tout s’accélère ; les réacteurs des fusées s’embrasent, les sièges tremblent, les lumières des boutons en cabine et les commandes s’agitent. Nous quittons la stratosphère pour notre grand voyage vers l’inconnu. Des accords récités, réitérés, complétés d’un synthé en background, accueillent des chœurs doux, avant de foncer tête baissée, batterie en avant, dans cette longue traversée de ténèbres constellées d’étoiles. L’osmose est totale, la puissance, évocatrice.

« Bogatyri » mène alors les pas de danse d’un post-rock agile et virtuose, esquisse d’un tango rock fiévreux et fébrile, explosant dans un dernier effort comme une étoile mourante ; nous laissant après sa lueur dans un monde de silence et d’obscurité. Somptueux.

Artisan de séquences émotionnelles et sonores coordonnées et évolutives, We Lost The Sea pense chacune de ses pistes telles des constructions architecturales à plusieurs niveaux, partagées entre travaux d’élévation et exploration souterraine. « The Last Dive of David Shaw » n’y manque pas, quelque part entre recueillement et embrasement.

Scindé en deux parties, le dernier acte de « Departure Songs », « Challenger », réécrit l’histoire tragique de la célèbre navette américaine.
Sur « Flight », la musique des Australiens, enrichie d’enregistrements d’archives spatiales à la manière des Londoniens de Public Service Broadcasting, nous installe dans un cockpit dépressurisé, avant de nous envoyer à toute vitesse, au milieu de riffs en fusion et d’une batterie fracassante, dans un grand dédale sonore étourdissant de toute sa puissance et irrémédiablement fatidique.

« A Swan Song » vient alors sceller grandiosement l’épopée post-rock taillée dans une émotion sculpturale. Sur des arpèges de guitares délicates et mesurées, comme des sonars dans l’océan, et une batterie adoucie, la musique de We Lost The Sea révèle alors ses derniers tours, avant une tentative éclairée d’offrir à son post-rock une ultime virée en altitude, joignant à l’effort les cuivres dans un dernier unisson solennel et mémorable.

crédit : XRay Doll
crédit : XRay Doll

We Lost The Sea quitte le grand bleu pour s’offrir l’odyssée des cieux dans un troisième album émotionnellement dépaysant, entrouvrant une nouvelle porte sur notre imaginaire sonore.

« Departure Songs » de We Lost The Sea est disponible depuis le 23 juillet 2015 chez Bird’s Robe Records et Art As Catharsis.


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