De quoi parler quand l’on décroche 20 minutes d’entretien auprès du dandy Neil Hannon, membre du club très fermé des rois de la pop indé anglo-saxonne de ces trois dernières décennies ? On se dit que notre homme est sans doute moyennement motivé à l’idée d’évoquer Rainy Sunday Afternoon, le dernier (et excellent) album de son groupe, sorti il y a maintenant un an… Au pied des remparts du Fort Saint-Père, à quelques heures de sa montée sur scène, l’auteur de « Generation Sex » se révèle aussi charmant, drôle et surprenant que l’on pouvait l’imaginer.

- Hello Neil !
Neil Hannon : Hello ! On ne s’est pas déjà rencontrés par le passé ?
- Non, jamais !
Ok, c’était juste pour vérifier… Car ici, dans ce festival, j’ai l’impression d’avoir rencontré tellement de monde !
- J’aimerais que l’on passe un peu de temps à parler de disques…
Ça tombe bien, c’est ce que je fais dans la vie ! (rires)
- Oui, mais de disques liés à tes souvenirs et à tes goûts musicaux. Tu connais la fameuse phrase : « Dis-moi ce que tu écoutes, et je te dirai qui tu es… ». Du coup, te souviens-tu de tes premières émotions liées à la musique ?
Le premier disque que j’ai écouté dans ma vie, c’est la B.O du Livre de la jungle, le dessin animé de Disney. Ce disque m’obsédait littéralement, je me le passais en boucle. J’adorais la chanson avec l’ours et celle aussi avec les éléphants, « Colonel Hathi’s March ». Et je suis sûr, même, que cela s’entend aujourd’hui encore dans ma propre musique !
Et puis vers l’âge de 6 ou 7 ans, un de mes deux frères aînés, Desmond, a rapporté à la maison Out Of The Blue d’Electric Light Orchestra… Ce groupe est resté au centre de ma vie durant un petit moment. Plus rien ne m’excitera jamais autant que la découverte de ce disque. À l’époque, le concept d’albums m’était inconnu et je ne pensais même pas qu’il était possible de produire ce genre de musique. Pour être franc, d’ailleurs, je ne comprends toujours pas… C’était quelque chose d’incroyable ! Mes deux frères ont exercé une forte influence sur moi, à cette époque, avec leurs disques.
- Premier disque acheté ?
Je me souviens avoir acheté deux singles en même temps : « Vienna » d’Ultravox, que j’ai posé en premier sur le comptoir de la caisse, et « Flash » de Queen ! (rires) Mais je n’ai jamais été un grand fan de Queen par la suite. Je devais avoir 10 ou 11 ans.
- Et quel est le dernier disque que tu as acheté ?
Mon Dieu… Quand suis-je allé pour la dernière fois dans un magasin de disques ? Ah si, ça me revient ! C’était à Tower Records, à Dublin, il y a quelques mois. J’en suis ressorti, étrangement, avec un disque de Tame Impala. Mais je ne me souviens même plus lequel… Un album avec une très jolie pochette sci-fi… (Neil se saisit de son portable et part à la recherche du fameux disque) Ah oui voilà ! Currents !
- T’es-tu senti frustré, plus jeune, du fait de ne pas avoir peut-être assez d’argent pour t’offrir tous les disques que tu voulais ? Il t’est déjà arrivé d’en voler un chez le disquaire ?
J’étais jeune, chétif et timide, et j’ai vite compris où était ma place dans ce monde. J’étais assez doué pour économiser le moindre sou. Tout le monde dans ma famille a été surpris le jour où je me suis pointé avec un radio-cassette, un petit ghetto-blaster. « Tu l’as volé ? » – « Ben non, j’ai juste économisé pour me le payer ! » (rires) Non, j’étais bien trop nerveux pour voler quoi que ce soit… Je gardais chaque sou pour m’offrir les disques de Nik Kershaw, d’Howard Jones… Je me souviens aussi d’avoir acheté le Like A Virgin de Madonna, surtout d’ailleurs pour l’incroyable poitrine qu’elle exhibait sur la pochette !

Et à partir du milieu des années 80, quand la musique est vraiment devenue un truc très important pour moi, je suis devenu fan de U2. Pas le choix d’ailleurs en tant qu’Irlandais ! C’était un peu les tables de la loi. C’était l’époque où l’on s’enregistrait et s’échangeait des cassettes. Il m’a fallu patienter un certain temps avant de décrocher une copie de leur live, Under A Blood Red Sky… Tout était en quelque sorte « rationné », mais au final c’était une bonne chose. C’est différent aujourd’hui, tout est disponible partout et c’est presque trop facile… Tu écoutes 20 secondes d’un truc, puis tu passes à autre chose…
- Tu as une âme de collectionneur ?
Non, pas du tout. Et j’en suis certain, car des vrais collectionneurs de disques, j’en connais certains, et ils sont complètement givrés ! (rires) Tosh, notre guitariste, en fait partie. Il souffre vraiment d’un « mal » sévère ! Dans chaque ville où l’on joue, il lui faut trouver le disquaire le plus proche. Et il lui arrive parfois de faire plusieurs kilomètres…Et quand il revient, c’est du genre : « J’ai déjà dépensé tout mon cachet ! ». Moi je n’ai jamais été comme ça. J’adore la musique, c’est ma vie, mais le disque, l’objet en lui-même, ne m’a jamais attiré plus que ça. Et il me suffit d’écouter une seule fois quelque chose pour que je m’en souvienne. J’ai un cerveau fait pour cela. Je n’ai pas besoin de réécouter encore et encore un morceau pour le garder en tête.
- Parlons à présent de quelque chose que la jeune génération ignore totalement : les faces B ! Tu te souviens de certains de ces morceaux, censés être moins importants que la face A, mais qui se révélaient être pour certains de vraies pépites ?
Oh, il y en a plein… Le premier morceau qui me vient à l’esprit, c’est « Motion & Heart », la face B de « Souvenir », le single d’Orchestral Manœuvres in the Dark. Je l’adorais ! Mais pour être honnête, quand je retourne un 45t pour écouter l’autre face, je fais souvent partie de ceux qui disent : « Mouais… Je comprends pourquoi c’est en face B ! » (rires).
- Ta chanson d’amour favorite, si tu ne devais en garder qu’une ?
Mmm, voyons voir… Il s’agit de quelque chose que j’ai découvert assez récemment, mais dont le titre m’échappe… (Neil se replonge longuement dans son portable, à la recherche d’une de ses playlists) Ah oui, voilà, « Amoureuse » ! Une chanson de Véronique Sanson, des années 70, dont il existe aussi une très belle version de la chanteuse anglaise Kiki Dee. Attends, il faut absolument que tu l’écoutes ! (s’ensuit une nouvelle longue recherche, à nouveau couronnée de succès).
- Chanson joyeuse préférée ?
Aucune des chansons que j’aime ne correspond à la définition d’une happy song ! Oh, allez, je dirais probablement « Two Tribes » par Franky Goes To Hollywood ! (rires)
Et il y a aussi « Do Your Thing », de Moondog.
- Et ta chanson triste favorite ?
Elle se trouve aussi probablement dans une des playlist de mon portable… Je dirais « The Kiss », par Judee Sill, une chanson des années 70. Probablement une des plus grandes chansons jamais écrites !
- Pochette d’album préférée ?
Je pense qu’une des plus belles pochettes jamais réalisées est une pochette d’un album de Eurythmics, Revenge. Elle représente simplement Annie Lennox et Dave Stewart. La photo est tout simplement parfaite. Même Dave, dessus, a l’air à son avantage ! (rires) Et Annie est une des plus belles femmes que je connaisse. J’adore, par ailleurs, bon nombre de pochettes des années 80.
Et il y a aussi Closer de Joy Division… Quand tu la regarde, tu te dis : « Putain, mais qu’est ce qui se passe à l’intérieur de ce disque ? ». Je préfère d’ailleurs Closer à Unknown Pleasures, leur premier album. Et cette préférence, je pense, en dit long sur moi : je préfère le côté un peu orchestral de ce disque au côté plus dur et anguleux du précédent…
- La fameuse question de l’île déserte… Quel album emporterais-tu ?
Déjà, je pense que je claquerais rapidement ! (rires) Et il ne faudrait pas que ce soit un truc triste… Ah oui, je sais, la compil’ Complete Madness ! Des trucs joyeux, qui te boostent bien ! Ce sont de merveilleuses chansons pop, très bien foutues, avec de superbes arrangements. Je suis un grand fan des vieux albums de Madness.
- Et pour finir, le disque qui a changé ta vie ?
Je dirais un morceau, « Mister Blue Sky », par Electric Light Orchestra. C’est en l’écoutant que je me suis dit : « voilà ce que je veux faire plus tard ! ». Quoique, en réfléchissant bien, ce moment est peut-être venu un peu plus tard, parce que j’étais quand même très jeune quand j’ai découvert ce morceau…
À cette époque, je rêvais encore de créer des modèles de voitures. Du coup, je dirais plutôt « Don’t You Want Me? » de The Human League, quand le morceau s’est classé n°1 des charts. J’avais 11 ans, et c’était le truc le plus cool que j’avais jamais entendu ! Et je n’ai pas cessé depuis, de mon côté, d’essayer de reproduire cette magie…
Retrouvez The Divine Comedy sur :
Site officiel