[Entourage #123] We Hate You Please Die (suite)

L’urgence viscérale qui habite le quatuor rouennais en fait assurément l’un des groupes excitants de la nouvelle scène rock indie française, mais aussi l’un des plus attachants, depuis quelques années. Loin d’être des poseurs et des poseuses, Chloé Barabé, Mathilde Rivet, Raphaël Balzary et Joseph Levasseur semblent détester plus que tout les artifices et le maniérisme. En ce sens, leur musique est foncièrement punk. Elle est instinctive, directe et libératrice, et nous pourrions même dire émancipatrice. Leur dernier album sorti en juin dernier, l’électrisant « Can’t Wait To Be Fine » confirme avec énormément d’audace et d’envie cet état d’esprit volontaire et incendiaire. Passionné(e)s jusqu’à l’os, leur rapport au son, à la musique, mais aussi à l’image souligne une implication militante dans leur engagement artistique. Dans ce prolongement de la mécanique Entourage un peu plus d’un an après un 100e numéro à haute valeur symbolique pour la rédaction d’indiemusic et déjà estampillé WHYPD, nous retrouvons ce lien très profond et très sincère qui les unit à d’autres groupes, d’autres artistes, d’autres activistes de la cause indé.  Loin des grands discours, ils font vivre au présent une belle idée de l’indépendance artistique à contre-courant de l’individualisme forcené qui habite certains « newcomers ».

crédit : Lucie Marmiesse

OK Plague

Raphaël : C’est le groupe de Gaëlle Manach, la réalisatrice de plusieurs de nos clips. Elle a fait tellement pour le groupe, que cela soit de filmer notre tout premier concert alors qu’on ne se connaissait quasiment pas et qu’elle était malade ce soir-là, jusqu’à réaliser le clip de « Can’t Wait To Be Fine » avec un délai d’un mois pour une chanson de presque 7 minutes. Depuis 3 ans, elle ne ménage pas ses efforts et son talent avec nous, on ne lui sera jamais assez reconnaissant car je pense que, sans elle, le groupe ne se serait pas diffusé autant. Elle a un univers riche et engagé qui m’inspire beaucoup, d’ailleurs la chanson « Vanishing Patience » parle beaucoup d’elle. Cette année elle a formé OK Plague avec Marc Lebruit (qui fait de la guitoune dans MNNQNS). C’est carrément une branlée visuelle et auditive, clairement le futur de la musique ! C’est punk, engagé, ça va à 100 à l’heure sur les influences ! Il faut que vous alliez voir ça !


Seasonal Affective Disorder

Joseph : Un autre groupe de Rouen, sur notre label Kids Are Lo-Fi Records. Ils font de la très belle musique ! Dans ce groupe, il y a Ed qui joue, c’est lui qui nous a inspiré une idée de chanson. Il nous a raconté un rêve absurde qu’il avait fait, dans lequel il montait sur scène pendant un de nos concerts et où il chantait « Barney Barney ». Ça n’avait tellement aucun sens que ça a donné le refrain et le titre de la chanson Barney, dont le clip est sorti fin mai. Dans ce clip, c’est Barney qui fait du vélo d’appartement et à qui il arrive plein d’aventures tout aussi absurdes que le rêve d’Ed.


MNNQNS

Raphaël : Ils ont ramené un vent de frais à Rouen dans le milieu rock, c’est un peu la fierté locale même si on n’est pas chauvin. Adrian qui emmène le groupe m’a beaucoup aidé à créer la première démo « Kill Your Buddy (Berseker) », pour enregistrer les instruments, pour le mix… Ça m’a permis d’avoir une première vraie maquette dont j’étais content, ça m’a aidé pour « oser », j’ai pu ensuite passer le cap de la diffuser, partir à la recherche des musicienn.e.s… Je lui dois beaucoup, il a été de bon conseil pour We Hate You Please Die. Il a aussi participé à l’enregistrement de notre premier album « Kids Are Lo-Fi ». On a eu l’occasion de partager de belles dates avec eux, dont une chouette Maroquinerie. Merci poto !


Johnnie Carwash

Joseph : On ne les a jamais rencontrés dans la vraie vie, mais on les aime déjà trop ! Ils font une apparition dans le fameux clip de « Barney » cité plus haut, et c’est grâce à ce groupe qu’on a découvert la réalisatrice Margaux Jaudinaud (cœur avec les doigts), avec leur clip de « Forever Yours », une des meilleures chansons du monde cela dit en passant. On espère qu’on va les croiser un de ces quatre quand même.


Johnny Mafia

Mathilde : On les a croisés quelques fois en concert, et on les aime vraiment beaucoup. Ils sont chez 3C, le même tourneur que nous et ils ont aussi sorti leur dernier album « Sentimental » sur Howlin’ Banana avec qui on va également sortir notre album en co-production. On devait jouer avec eux un peu avant la crise du Covid, mais ça s’est annulé on était carrément dégoûté.e.s ! On a vraiment trop hâte de faire un concert avec eux.


Dye Crap

Mathilde : Déjà c’est des copains, je compte plus le nombre de soirées qu’on a fait avec Léo, Maryan et Maxime (Serge, on le connaît pas trop). Ils ont apporté un truc vraiment frais et léger avec leur premier album sorti au mois de mai. J’aime beaucoup ce qu’ils font, surtout leurs morceaux « My Shits » et « Game Boy ». Ils sont un peu dans le même délire que toute la vague australienne (Dune Rats, Skeggs). Ça fait du bien de voir un groupe solaire qui aspire à l’espoir et aux choses simples.


Cela fait maintenant quelques mois que « Can’t Wait To Be Fine » est sorti. Passée cette délicieuse sensation immersive de se faire engloutir et happer par le son, il reste des morceaux impeccables et malins, qui forment une cohérence absolument captivante. Loin de n’être qu’une autoroute rectiligne, ce LP offre une vraie palette de nuances et d’émotions. Certains entendront par exemple dans un titre comme « Vanishing Patience » de lointaines évocations du Velvet quand d’autres feront un lien direct avec les Australiens de The Chats. Les quatre membres du groupe en connaissent un rayon sur la musique rock indé, et peuvent être très prolixes par exemple sur la scène grunge de Seattle. À ce titre, nous pouvons relier par certains aspects la musique des WHYPD à celle de Mudhoney, pour ce côté brut et libérateur de la musique. Mais le punk revêt aussi chez les Normands une vraie dimension philosophique et politique. Tout en mettant à distance le réel par la mécanique poétique des textes, mais aussi par la déflagration sonore, les textes racontent aussi les contradictions, les dérives d’une époque et plus largement, de l’ère post-industrielle capitaliste. Au-delà du côté fun et haletant, de monter et de vivre l’aventure d’un groupe de rock indé, ce choix de vie démontre aussi chez eux une volonté d’opposer une voie alternative à un modèle économique dominant et aliénant. En ce sens, ils sont aussi quelque part les héritiers lointains des Clash et des Dead Kennedys. Raphaël Balzary rappelle d’ailleurs parfois par son chant rageur et sauvage, l’énergumène iconique qu’est Jello Biafra. Cette analogie flatteuse (en tout cas, pour tout fan de punk) souligne l’esprit DIY qui nourrit la démarche du groupe : implication et réseau dans la scène locale rouennaise comme il le montre très bien dans ce numéro d’Entourage, propre label indé et artisanal, ramification underground aux quatre coins de la planète… We Hate You Please Die s’inscrit fièrement aux côtés de You Said Strange mais aussi de MNNQNS… En prenant connaissance de tous ces aspects de la démarche du quatuor, sa musique prend forcément une tout autre dimension, transmettant avec beaucoup de générosité cette soif d’exister et de faire absolument contagieuse.

« Can’t Wait To Be Fine» de We Hate You Please Die est disponible depuis le 18 juin 2021 chez Howlin’ Banana, Kids Are Lo-Fi Records, Le Cèpe Records, Stomp Records, Freakout Records et Ideal Crash.


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