[LP] Valery Gore – Idols In The Dark Heart

Il y a quelques mois, Arc Iris sortait un premier album incroyable, multiple et dense, ayant nécessité un travail titanesque pour au final obtenir une apparence sonore aussi bien intimiste que diablement excitante. Pour tout auditeur, avoir la chance de plonger dans les limbes de telles œuvres, s’y perdre inexorablement, relève de l’expérience sensorielle la plus épidermique et viscérale ; en acceptant de se promener dans les méandres de l’obsession des compositeurs, on obéit également à l’envie de s’y perdre, à la tentation irrémédiable de parcourir un labyrinthe mélodique dont on ne veut jamais sortir. Et puis, alors que toute issue semble impossible, on se retrouve confronté à une nouvelle apothéose.
Ici, elle a pour nom Valery Gore, dont le troisième album, « Idols In The Dark Heart », déstabilise autant qu’il fascine, au fur et à mesure des écoutes. Un coup de maître asséné au sommet du crâne et qui fait vaciller même les plus endurcis, qui charme et décime toute volonté de ne pas céder.

Valery Gore - Idols In The Dark Heart

Car, au-delà d’une simple exposition de la pop music de la fin des années 1990 et du début du XXIe siècle, l’album établit de nouveaux repères et illumine comme un phare perdu au milieu du brouillard de productions inexistantes et improbables qui viennent obscurcir l’océan musical actuel. L’artiste conçoit ses compositions et l’ensemble de son œuvre aussi bien comme un terrain d’expérimentation que comme une plaine de jeux étendue sur plusieurs hectares, allant de l’électro (With The Future) au folk bercé de claviers sobres et discrets (S.O.) en passant par des incursions dans le trip-hop orné d’instruments classiques enivrants (Character Girls, Quiet Guys) et la pop mélancolique totalement revendiquée (Chinook).

Mais là où Valery Gore se distingue de ses pairs, c’est bel et bien dans cette admirable volonté de laisser transparaître un individualisme orné de violentes envies d’aller encore plus loin, de confondre les origines et de les mettre au pied du mur face à des horizons qu’elles n’ont encore jamais contemplés. Ainsi, elle transforme son genre de prédilection en usant d’un vocoder profond et immédiatement séduisant (Lungs) ou appelle les plus belles heures de la scène bristolienne à l’aide afin d’influer sur l’effet global que provoquent ses créations (Hummingbird In Reverse). Le disque devient de ce fait une tendre et sensuelle danse des sept voiles, une chorégraphie mélodique qui hypnotise et laisse sans voix.

Qui dit recherche des harmonies dit, bien sûr, évolution constante des performances vocales. Et c’est un trait de caractère que la chanteuse a parfaitement assimilé. L’enjeu ayant atteint un niveau nettement supérieur au travers de ces mélopées enivrantes et extatiques, elle décide alors de libérer son timbre à la fois doux et enfumé, ce filtre de paroles autant résignées que magnifiquement humaines ; et, en brisant les chaînes de la bienséance, en recouvrant le corps charnel et délicat de ses compositions d’une peau pastel et fine, elle recouvre cette structure humaine déjà chaude et vibrante d’un film protecteur contre les effets du quotidien, hydratant chaque membre grâce à un baume au cœur qui prend aux tripes et berce, trouble et paralyse.
On boit les mots de l’artiste comme on savoure le meilleur des nectars : lentement, en se délectant des arômes et des goûts qui, parfois âpres et amers, s’apprécient par gorgées lentes et fiévreuses. Ainsi, « Idols In The Dark Heart » doit être dégusté délicatement, mais surtout protégé et effleuré pour mieux en percevoir tous les charmes.

Valery Gore

La Canadienne ne nous avait pas préparés à une telle révélation. Elle devient aujourd’hui une incomparable créatrice, superbe et sensible, que l’on souhaite avant tout prendre sous son aile pour mieux l’accompagner dans les voyages somptueux et secrets qu’elle nous promet.


ENGLISH

A few months ago, Arc Iris gave us an incredible, multiple and intense first album where a titanic work has been made to express an intimate and amazingly exciting sound design. For every one of us, being lucky enough to quietly dive into the limbs of such a wonderful place, or get lost in it, is like a skin and visceral sensorial experience; and generally, while accepting to travel through the obsessive meanders of each composer, we also agree to obey a wish to find a different way, an irremediable desire to walk into a melody labyrinth where there is no way out. Then, as no escape seems to appear, one is confronted to a new kind of apotheosis called Valery Gore who, thanks to her third album Idols In The Dark Heart, destabilizes and fascinates while listening to it again and again. It is a masterpiece, a knock in the back of the head making the strongest ones feel dizzy, charming and eradicating every ability to resist.

Because, instead of only exhibiting a testimony of the late 1990’s and early 2000’s pop music, the record brings brand new marks and shows an original way, like a lighthouse lost in the mist of useless and improbable nowadays musical products. The artist conceives her songs, as well as her global art, like a powerful soil where all experiments grow and change into admirable games of electro (With The Future) or folk music, all of it rocked with quiet and discrete keyboards (S.O.). An amazing vision of trip-hop tones caressed with obsessive classical instruments shines in the middle of the LP (Character Girls, Quiet Guys) before introducing perfectly performed, melancholy pop harmony (Chinook).

But the most impressive part of Valery Gore’s talent can be found in her admirable and constant need for transcendent individualism and visions of violent desires to go further and face the origins of music to submit them to never-seen-before tunes. Thus, she turns her favorite genre into a contemplative and breathtaking universe by using a deep and seductive vocoder effect (Lungs) or getting help from Bristol-like tunes to amplify the beauty of her own creations (Hummingbird In Reverse). The album then becomes a tender and sensual dance of the seven veils, with waves of choreographed melodies that mesmerize and leave us speechless.

Therefore, while considering her introspective and precise search for perfect sounds, she also wants her vocal performance to everlastingly evolve. And you might say, this is one of the most important marks in understanding the artist’s concept. As she aims for an upper level of her hypnotizing and ecstatic songs, she uses lyrics as a filter against resignation and boredom while showing a deeply moving and human side of her compositions; and, as she breaks the chains of popular propriety, she covers an already warm and living, delicate and sweet musical body with a protective sheet stopping the wrong effects of everyday life, hydrating our skin thanks to a soft and troubling, paralyzing and heartbreaking balm. One drinks her words as one would swallow the purest nectar; slowly, tasting all perfumes that are either bitter or sugary, with long and feverish sips. Then, Idols In The Dark Heart has to be delicately savored, but most of all, respected and gently touched so it can reveal its multiple charms.

We have not been prepared to such a revelation from the Canadian singer and songwriter. She now is a true, superb and sensitive creator one wishes to take under one’s wing and go with her through sumptuous, promising and secret journeys to the center of her music.


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