[LP] Twin Peaks – Down in Heaven

Après le très réussi « Wild Onion », Twin Peaks a pris du poil de la bête et nous offre, avec « Down in Heaven », un très joli cadeau, enrobé du papier qui compose les reflets d’une sérénade, les ondulations d’une protestation et les clapotis d’un bon rock garage.

Twin Peaks - Down In Heaven

Mixé par John Agnello (Kurt Vile, Sonic Youth), co-produit par Twin Peaks et R. Andrew Humphrey, ce troisième album est une vraie réussite. Souple mélange entre le rock garage version light de Ty Segall, les chœurs enjoués façon The Beatles et la délicatesse électrique des Strokes, l’énergie fiévreuse qui s’en dégage ne manque pas de toucher au but. Tantôt énervés, tantôt apaisés, les membres du groupe marchent avec une impudence rafraîchissante sur l’élastique qui sépare les sommets de l’agacement de ceux de l’éblouissement. Un album qui sonne pour le projet chicagoan comme une ode à la musique, à son amour et aux souffrances qui en accompagnent le dévouement total. Ce même dévouement colore les treize chansons de ses zébrures, dont l’intensité court du badinage country aux accents outragés du punk : personnel de son esthétique à son ambition mélodique, « Down in Heaven » devrait convenir aux oreilles qui chérissent une maîtrise dissimulée sous des airs adolescents.

L’expression artistique passe, pour Twin Peaks, par une grande palette d’émotions. Les déconfitures et déclarations se rythment légèrement dans « Walk To The One You Love », « Lolisa » ou « Wanted You », appuyées par la douceur des guitares et la profondeur de la voix du chanteur, Cadien Lake James. Difficile, encore une fois, de passer à côté de certaines mélodies qui, comme dans « Wanted You », ne manquent pas de rappeler la nonchalance étudiée des Rolling Stones. On se rapproche parfois, l’air de rien, de l’univers folk, avec les jolis harmonicas et guitare acoustique d’ « Heavenly Showers », en n’oubliant pourtant pas l’intention garage qui rappelle, à travers les cris du chanteur, sa présence assumée.

Un garage rock qui reprend les armes avec fierté et traverse, le torse bombé, les allées de champs minés. La rugosité profonde de « Keep it Together » s’allie à la légèreté détonante de « Holding Roses » pour lutter contre les démons d’une monochrome monotonie. Les métamorphoses se superposent et subliment les chansons de l’album par un effet de contraste saisissant : les mélodies country de « My Boys » et « Getting Better » s’ouvrent sur la mélancolie rock de « Cold Lips » pour mieux accueillir les caprices délicats de « Stain ». La douceur s’impose comme une évidence pour ce nouvel album qui, s’il s’affirme par sa virilité rock, reconnaît la délicatesse des volutes romantiques et enivrantes qui viennent déranger les rêves des plus grands. « Down in Heaven » détient en son cœur les secrets d’une unité qui se dessine sur le papier de la diversité ; une diversité qui confère à chacune des treize chansons une aura réjouissante comme il est rare d’en apercevoir.

crédit : Daniel Topete
crédit : Daniel Topete

Ce troisième album marque, dans l’évolution de Twin Peaks, un pas de géant, ancré d’une maturité et d’une palette de registres époustouflantes : un disque à la fois moderne et classique, qui propulsera sûrement le groupe des bacs à sable aux plus belles scènes hexagonales.

« Down in Heaven » de Twin Peaks, sortie le 13 mai 2016 chez Communion Records / Caroline International.


Retrouvez Twin Peaks sur :
Site officielFacebookTwitterSoundcloudLabel

Partager cet article avec un ami