[Création #2] The Yokel

Les chemins de traverse, les gars de The Yokel les connaissent par cœur et aiment à les emprunter. Artisans au grand cœur d’un folk généreux et voyageur, Thibaut, Lucile et leurs compagnons reviennent cette année avec un second album « Y », trois ans après l’enivrant et fraternel « Here Comes The Wild ». Pour accompagner cette sortie repoussée à l’automne, l’octuor messin nous entraîne sur les sentiers non balisés de « Morgon Peak ». Un titre sur nos quêtes intérieures, sur les choix multiples qui s’offrent parfois à nous au carrefour de nos vies. Un morceau sur le voyage sous toutes ses formes, indéniablement.

Ici, la belle compagnie fait le pari, certes un peu fou, mais fort réussi de proposer au spectateur de choisir entre les deux chemins qui s’ouvre devant la protagoniste au commencement du récit. Destination Morgon Peak, là où The Yokel donne un concert à la nuit tombée. De cette décision découleront deux situations : des rencontres et moments de partage d’une part, en empruntant les sentiers jonchant la rivière de l’Ubaye, ou une exploration de la nature en solitaire en suivant la Durance. L’internaute est libre de choisir, à la manière d’un jeu de rôle dont nous serions ici l’héroïne, la voie que lui inspire son cœur. Pour accompagner cet audacieux court-métrage en deux versions (ou en split screen pour les plus pressés), Thibaut, Damien, Brice, Éléonore et Denis nous confient en détail, dans le second volume de notre série Création, les secrets d’écriture et de tournage de « Morgon Peak ».

crédit : Michael Dipersio

Thibaut : Concernant l’écriture du titre… Je suis arrivé avec mon sac à dos et ma guitare à Serre-Ponçon. Je ne connaissais rien de cet endroit ni personne. Je suis arrivé par la Durance côté Gap, j’ai fait le tour du lac de Serre-Ponçon, je ne savais pas quoi faire par la suite ni vraiment où aller, j’avais une idée de destination, mais à chaque fois que je me mettais en tête des buts, je les loupais ou j’étais déçu par ceux-ci, alors un jour j’ai décidé de me laisser aller et de faire ce que les gens me conseillaient. Et de fil en aiguille, j’ai suivi l’Ubaye pour me rendre à un pont suspendu en vieille pierre à une hauteur impressionnante. C’est là que j’ai rencontré des gens incroyables qui m’ont hébergé, fait bosser dans leur café scène ouverte où j’ai joué de la musique, filé un coup de main à la buvette, au jardin. Ce sont des personnes vraiment magnifiques qui m’ont vraiment transmis des valeurs de partage et d’humanité hors du commun. À la fin de mon séjour quand j’ai dû les quitter pour rejoindre le reste du groupe pour un concert à Dieulefit, ils m’ont présenté un ami à eux (tout aussi extra) qui m’a ramené à Serre-Ponçon en passant par la Durance à nouveau. La boucle était bouclée. Je ne savais pas vraiment ce que je venais chercher là-bas quand je suis arrivé, mais j’y ai trouvé énormément. Je me sentais bien et plus fort pour affronter le reste du voyage qui a continué de plus belle pour enfin retrouver mes copains de Yokel et faire nos premiers concerts dans le sud.
Quelques mois plus tard la veille d’une résidence compos avec The Yokel au Val d’Ajol chez Narcisse, je me suis posé et j’ai repensé à cette expérience. Je l’avais digéré et j’avais enfin compris pourquoi cette histoire m’avait autant marquée. Il fallait que je la couche sur le papier et que je la fasse vivre sur des mélodies. C’est venu très rapidement : en deux heures, j’avais terminé le texte et trouvé les mélodies. Le lendemain nous étions tous en résidence et le morceau est né.

Pour ce qui est du tournage… Le concept de départ étant imaginé par Damien était assez simple : une destination, deux chemins. Il a donc fallu imaginer deux histoires « opposées », nous ne voulions pas d’histoires manichéennes avec le bien et le mal (une histoire positive et une autre négative) : nous avons donc imaginé, avec Brice et le réal, deux univers différents. Le premier est centré sur la solitude et l’introspection dans une imagerie basée sur la nature et les grands espaces, le second et plus sujet aux rencontres humaines dans un milieu urbain ce qui nous a permis de jouer sur ces deux concepts sans qu’un trajet soit envieux de l’autre.

Quel chemin emprunterez-vous ? Celui passant par l’Ubaye ou la Durance ?

À la base, le personnage principal devait être un jeune homme, mais, après discussion avec Vincent à la réalisation, il nous a proposé d’intégrer de la danse sur ce clip c’est tout de suite qu’il a pensé à Camille Roche, danseuse contemporaine très douée, pour ce rôle. L’idée a tout de suite plu à l’ensemble du groupe, c’est à ce moment que le projet a pris forme dans nos esprits.
Camille est aussi prof de danse. Nous avons donc fait un casting lors d’un de ses cours de et nous avons tout de suite repéré trois jeunes danseuses parfaites pour le rôle : Erin Havot, Emilie Masset et Manon Pocha qui ont joué le jeu à la perfection !
Nous avons tourné le clip sur deux zones géographiques très distinctes pour des raisons de logistiques. Les scènes de live à la fin du clip sont tournées près de chez nous dans les alentours de Metz, chez les parents d’Éléonore, car le décor nous plaisait énormément, de plus il était beaucoup plus simple pour nous de nous trouver tous les huit sur place et de trouver les figurants pour ambiancer la scène.

Dans un second temps, nous avons tourné toute l’histoire du début du clip sur Annecy, car le réalisateur Vincent ainsi que l’actrice Camille sont de là-bas. Nous avions aussi besoin de nature grandiloquente pour ce trip et nous aimons beaucoup ce coin, cela s’est fait naturellement, de plus c’est un clin d’œil à notre ancien clip vieux souvenir réalisé également par Vincent sur Annecy. C’est là que des ami.e.s au réal (Félix, le chauffeur du beau camion, Charlotte et Marlène) nous ont filé un coup de main pour la scène du stop en camtar, ils étaient parfaits pour ça et se sont donné à 100%. C’est d’ailleurs grâce à Marlène que nous avons pu tourner la scène avec Ninja, son superbe et sympathique canasson (rire).
On a passé de supers moments lors de ce tournage, on remercie bien évidemment, toutes les personnes présentes sur ce tournage sans qui le projet n’aurait jamais abouti, des figurants aux acteurs en passant par Ninja. Un gros merci à Camille et Vincent qui se sont donnés à fond sur ce projet, je vous encourage à regarder leurs projets respectifs (danse et réalisation).

Damien : L’idée du clip m’est venue un peu par hasard. Nous étions en concert sur un festival et mon regard s’est arrêté sur un panneau, quelque part dans l’espace réservé aux loges. J’ai tout de suite pensé à deux chemins opposés. D’emblée, j’avais cette idée de deux scénarios différents avec la même fin. Au départ, le clip devait être un écran scindé en deux, ou les deux actions se déroulaient simultanément. Puis les deux écrans se rejoignaient à la fin pour ne faire qu’une seule action. J’avais aussi pensé à un homme comme personnage principal. Le rendu final est l’aboutissement du cheminement de cette idée de base.

Lorsque je me suis penché sur l’écriture de la partie banjo de ce morceau, j’ai voulu changer ma façon de faire. Le but était d’écrire une ligne qui ne soit pas sautillante comme dans « Anthill and Shovel », mais qui soit plutôt linéaire, pour combler tout l’espace. Je ne voulais pas refaire ce qui avait déjà été fait. J’ai tourné mes doigts dans tous les sens pour arriver à ce résultat. Il y a beaucoup de parties différentes sur ce morceau : le plus dur au début et de ne pas s’emmêler les pinceaux. D’une manière générale, j’essaie toujours de faire en sorte que la mélodie du banjo ressorte, qu’elle apporte un arc supplémentaire au morceau. Elle doit se conjuguer avec les autres instruments : être complémentaire, utile, sans être prédominante.

Brice : Le travail en groupe n’est jamais évident, et ça demande souvent du temps de trouver un équilibre. Au début, c’est Damien, notre banjoïste qui a balancé cette idée d’une même personne prenant deux chemins différents pour rejoindre le même endroit. Après cela, on a beaucoup discuté, notamment avec Thibaut (chanteur) et Vincent (réal du clip) pour préciser cette idée : comment vont se présenter les deux chemins ? Que va vivre le personnage dans chacune des deux situations ? Est-ce qu’il faut qu’il y ait un chemin où tout se passe bien et l’inverse pour l’autre ? Est-ce que ce sera suffisamment clair avec l’écran séparé tout du long ? Comment créer à certains moments une connexion entre les deux voyages ? Et c’est ça le plus important pour moi, c’est de parler des choses, de se poser des questions. Le fait d’avoir plusieurs « cerveaux », plusieurs visions en train de réfléchir à la même ligne directrice peut être très enrichissant. Un argument peut être lancé et ne va peut-être pas complètement convenir, mais il peut y avoir dedans, un aspect qu’il est intéressant de garder et/ou de développer. Quelque chose qui parait anodin pour nous va inspirer une idée à un autre. C’est pour cela qu’il est important de prendre en compte qu’une idée peut, ou doit constamment évoluer.

Éléonore : Wow ! Ça fait tout drôle d’écouter nos premières versions de « Morgon Peak » après avoir fini de réaliser le clip. Entre l’ambiance mariachi des trompettes, les phrases langoureuses du violon et un final très orchestral, c’est certain que l’aventure de notre voyageuse aurait pris une tournure très différente ! Alors, pourquoi avoir choisi une autre route musicale ? Demandez à Thibaut… mais à mon avis, c’est parce que le Mexique, ça faisait un peu loin comme lieu de tournage, haha !

Denis : « Morgon Peak » aurait pu s’appeler « Feet on Fire » : une version quasi finie et certainement plus guillerette avec de gentilles petites mélodies aux trompettes et au violon à faire siffloter les flâneurs ; des riffs sautillants à perturber les dépressifs. Thibaut voyait une autre énergie émotive à son texte : « Il faut que ça pète dès que les trompettes entrent ». Une autre joie hurlante se manifeste et « Feet on Fire » devient « Morgon Peak ».

« Y » de The Yokel, sortie le 2 septembre 2020 en numérique et le 2 octobre 2020 en physique chez #14 Records.


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