[Live] The Struts et King Nun au Trianon

Paris, 24 octobre 2019, métro Anvers (soit aux pieds de la Butte Montmartre), 19h environ. La grande transhumance quotidienne vient d’avoir lieu. Touristes aux yeux écarquillés et à l’expression béate ont laissés place aux créatures de la nuit : aficionados de musique en tous genres, cool kids à bonnet et pantalon trop large en quête du dernier bar « in », ou tout simplement âmes perdues venues profiter de réjouissances éthyliques. À quelques encablures, profitant de l’électricité dans l’air, The Struts, groupe de rock britannique et stakhanoviste de la route, investit le Trianon pour faire trembler les murs et groover les Parisiens. indiemusic est sur le coup. 

The Struts – crédit : Alexandre Fumeron – Afterdepth

Alors que nous tentons de pénétrer dans le lieu ayant visiblement tout conservé ou presque de son aspect théâtre de boulevard du XIXe siècle, un agent de sécurité humoriste à ses heures perdues insiste : il n’y a pas d’accès pour les médias ce soir. Choux blancs donc, comme dirait l’autre. Passez ce petit test de confiance, nous gravissons les grands escaliers qui mènent à la salle de bar, elle-même attenante à la salle de concert. Une bière pour ne pas briser les us et coutumes et nous élisons domicile à notre place favorite.

King Nun, quatuor londonien, s’empare de la scène sans demander la permission. Pas étonnant, cette bande de sales gosses distille un pop-rock racé oscillant entre stoner, garage blues et pop-punk adolescent … voire cold wave pour ses créations les plus récentes. Emmené par un jeune frontman charismatique, au teint éthéré et à la formidable crinière rousse (ayant autant d’un Kurt Cobain que d’un Tommy Shelby) il est fort à parier que la formation continuera de faire parler d’elle. Si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, lisez plutôt leur entrevue avec le NME, il y a à peine deux mois.

À mesure qu’ils égrènent leurs chansons, on se demande même s’il n’aurait pas le potentiel de faire partie des fers de lance d’une nouvelle scène venue sauver (à nouveau) la culture rock de l’oubli. La « routourne va tourner » comme le dirait un footballeur lettré dont nous tairons ici le nom. Et le hip-hop s’essoufflant, supputons que King Nun et autre Murder Capital festoieront sur son cadavre sauront prendre la place encore chaude.

Le chanteur maltraite sa guitare pour quelques titres puis tombe la six-corde et la chemise (ce qui ne manque pas de déclencher les vivats de la foule) et s’empare du micro seul. Il croone puis hurle, susurre puis vocifère avec ce dernier appareil pour seul instrument, jusqu’à la fin de leur set. On retiendra : « Black Tree », « Family Portrait » et « Hung Around ». Les Nuns quittent la scène, la chevelure collée à la peau par la sueur. Ils peuvent partir tranquilles avec la satisfaction du travail bien fait : le public est chaud. Nous les croisons quelques minutes après à proximité du bar, souriants et disponibles pour les fans.

Les roadies s’affairent sur scène. Nous attendons impatiemment les têtes d’affiche. Rappel des faits : 2009, Luke Spiller, turbulent garnement anglais, peu stimulé par les études, quitte son Bristol natal pour rejoindre à Derby Adam Slack, guitariste dont son frère lui a vanté les mérites. Dix ans et une tripotée de classiques instantanés plus tard (en seulement deux albums !) : le duo est un quatuor et remplis des salles de Cincinnati à Tokyo (en passant par Paris évidemment).

La scène et prête. Les lumières se tamisent. Arrive alors The Struts sous les cris approbateurs de l’auditoire. Visiblement peu enclins au discours d’introduction, ils déclenchent les hostilités moyennant quelques harangues de la foule. « Primadonna Like Me » riff rock FM et rengaine digne des meilleures scies pop 60’s resonne à merveille dans le Trianon. Passée cette entrée en matière coup de poing, le chanteur salue son public et présente le groupe puis relance avec « Your Body Talks » et « Kiss This ». Luke Spiller arbore comme à son habitude une tenue glam extravagante, aux couleurs scintillantes comme une boule disco et aux franges westerns. Il quadrille la scène en sautillant comme un écolier puis en rebondissant à pieds joints bras en l’air face à son public. Il remplit la salle de sa voix saturée et mélodieuse. L’influence de Freddie Mercury et Steven Tyler est clairement palpable (mais il serait réducteur de s’en tenir à ces deux artistes, aussi exceptionnels soient-ils).

L’autre écueil pour le profane serait de limiter la musique de ces Anglais à du gros rock’n’roll festif. Ce qu’elle est en partie, c’est vrai, mais l’air de rien, sans vraiment l’assumer ni le mettre en avant, le chanteur compose des titres abordant des sujets un peu plus denses que : « Let’s party and have sex ‘till the sun rises ». Comme sur la chanson « In Love with a Camera » (où il utilise son falsetto avec maestria), ou encore « Who am I » (que nous n’entendrons pas ce soir), sur l’album « Young & Dangerous ».

Plus tôt dans la journée, nous nous entretenions d’ailleurs avec le groupe à ce propos. Restez attentif, les résultats de nos échanges seront dans nos colonnes d’ici peu.

Les chansons s’enchainent et achèvent de nous convaincre de leur potentiel hymnique, surtout en live. Sur « Dirty Sexy Money », Adam, guitariste de son état, arborant une altière chevelure de Viking et une barbe fournie, balance sa tête violemment tout en exécutant le riff contagieux. De l’autre côté de la scène, Jed, bassiste, chemise étincelante de proxénète du studio 54 ouverte sur torse glabre, et coupe de cheveux Léonardo période bourreaux des cœurs du lycée, fait frénétiquement des pas en avant puis en arrière tout en giflant ses cordes. Au milieu de ce joyeux bordel organisé, l’ami Spiller, bras tendus à l’horizontale, paumes tournées vers le ciel, hurle son refrain, à l’unisson avec son public.

Puis il joue avec la foule en lui soumettant quelques vocalises toutes Mercuriennes qu’elle reprend volontiers. Il précise aussi : « Never stop being yourself », ce que semble approuver le public. Arrive le titre « Mary Go Round », admirablement écrit et qui interpellera toute personne ayant vécu une rupture digne de ce nom. Spiller fait éteindre les lumières, lâche un petit râle rauque dans son micro, puis fait allumer les smartphones.

Lui et Adam (à la guitare acoustique) sont seuls sur scène et nous livrent une version très touchante de ce morceau, porté par un refrain puissant, lui-même propulsé par un changement de tonalité curieux, mais diablement efficace. Surtout quand il est entonné par un parterre de fans.

Très vite, le concert touche à sa fin, on notera en particulier « Put Your Money on Me » autre hymne ultra efficace et qui met en valeur le talent et la créativité du groupe pour harmoniser les voix. Les quatre disparaissent vers les backstages. Mais nous doutons fortement qu’un groupe donnant autant sur scène parte sans un petit rappel de circonstance. Nos doutes sont confirmés et Luke revient seul sur scène sous les lumières tamisées. Serviette blanche enveloppée autour du cou comme un boxeur après un combat. Il interprète seul, sur un petit piano droit au son clinquant, « Somebody New », autre Power ballad intense de son répertoire. Quand il s’assoit derrière le clavier, le spectre de Freddie Mercury rôde.

Ses camarades le rejoignent, il en profite pour remercier toute l’équipe technique chaleureusement. Et ajoute que la France a une place importante dans leur réussite et dans leur cœur, car elle fut le premier pays à les soutenir avec ferveur. Notamment Oui FM, radio rock, qui diffusa en boucle « Could Have Been Me » en 2013. Ce qui leur donna une première poussée commerciale (c’est ce que nous racontaient les musiciens en 2016 lors de notre première rencontre).

La transition est idéale, car The Struts clôt son concert justement sur le morceau qu’adoubait Oui FM en 2013. Gethin Davies corrige ses fûts avec la rage du désespoir. Luke fait chanter la foule. Moment d’échange entre le public et le groupe qui nous confirme leur relation privilégiée.

C’est bien du rock‘n’roll d’inspiration rétro que propose le groupe britannique, mais certainement pas passéiste ou nostalgique. Que ce soit dans la manière d’aborder les chansons ou dans la production, nous avons affaire à une musique actuelle qui s’inscrit dans son époque en parlant de sujets universels. On ne peut qu’être impatient de voir l’évolution de cette formation qui promet de mûrir comme un bon vin. Osons croire que, vu leur amour pour la France, ils approuveront cette perspective.


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