Le 2 octobre dernier, nous embarquions sur la Northern line pour rejoindre le Moth Club de Londres. L’occasion rêvée de nous entretenir avec l’un des nouveaux espoirs du rock français ; The Psychotic Monks qui s’y produit le soir même. Impossible pour nous de passer à côté de ce rendez-vous lors de notre séjour dans la capitale britannique. Cette première date de sa tournée anglaise fait suite à la sortie de son troisième long format, « Pink Colour Surgery », paru en février dernier et affirmant les orientations politiques et les engagements militants du quatuor post noise francilien. En compagnie de la moitié du groupe, nous avons souhaité explorer son rapport à la création musicale ainsi que la singularité de sa signature sonore sans concession, sans oublier la raison même de sa présence en Angleterre, territoire inspirant pour sa propre culture musicale.
Dès que nous passons la porte de la loge, Artie et Martin sont en pleine préparation. Il reste pile une heure avant de monter sur scène. Pinceaux de maquillage à la main, Artie nous demande si nous pouvons continuer cette conversation pendant qu’elle finit quelques retouches sur son visage. Martin, lui, est assis sagement et finit de mettre son fard.
- Je crois que ce n’est pas votre premier passage à Londres ou sur la scène anglaise tout court. Comment vous sentez vous par rapport à cela ? Le public est-il différent vis-à-vis des autres scènes que vous avez déjà explorées ?
Artie : On se sent bien ici, on n’a pas l’impression de « fit » en termes de public et culture musicale en France. Depuis un moment, on a vraiment la sensation qu’il y a un plafond de verre en esthétique musicale, qui sort un peu des genres les plus représentées en France. La scène en Angleterre nous parle plus ; le public est différent, jeune avec une large culture musicale électro-pop moins cloisonnée, qui a plus la « concert culture ». La musique qu’on fait est grandement anglo-saxonne, elle est mieux comprise et nous, quand on part en tournée ici, on se sent un peu dans un catalyseur, on côtoie des groupes qui sont super inspirants, et quand on rentre en France, ça nous amène une expérience ultra positive.
Martin : C’est une culture inspirante, c’est là d’où on vient et où on veut aller musicalement.
- Ce troisième album « Pink Colour Surgery » sonne toujours aussi expérimental. On ne peut pas ignorer la pochette de l’album et son concept politique, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette œuvre ? Quels ont été les morceaux les plus difficiles à travailler ?
Martin : La pochette est née autour du travail de CHA, une artiste et une personne dont on est assez proche. On avait fait un shooting et il nous a proposé plusieurs photos autour du corps, et c’est celle-là qui nous a paru assez évidente. C’est un concept politique sur lequel on avait envie de communiquer et mettre cet objet dans les bacs de la Fnac nous a fait pas mal rigoler ! Ça crée une discussion, ça permet de parler sur ce qu’est ce contraceptif.
On a beaucoup jammé, pendant un an, on réécoutait beaucoup de musique, on agençait les morceaux entre eux pendant deux résidences de trois semaines dans un studio. Ils sont passés par tellement de formes !
« Post-Post » n’était pas évident en début, à titre personnel elle ne ressemblait vraiment pas à ça. Nous avons tout·e·s réussi à le défendre à quatre, car nous aimions ce riff, c’est un des morceaux les plus accessibles alors qu’au début c’était un gros bordel. La démo s’appelait « Post-Post-Post ».
- Vous êtes remarqué·e·s pour votre engagement direct envers certaines causes, sur les réseaux sociaux et sur scène. À votre avis, comment les choses peuvent changer ?
Martin : Ce sont des sujets sur lesquels on essaye de communiquer à force d’évoluer dans la scène rock. Dès qu’on a commencé à se positionner, on a eu l’impression de mettre un coup de pied dans une fourmilière qui était bien organisée. Le fait d’en parler, c’est d’essayer d’avoir un discours de responsabilité partagé lors d’un concert entre les organisateur·ice·s et le reste de l’équipe. On se sensibilise aussi nous-mêmes.
Depuis deux-trois ans, il se passe des choses c’est beaucoup trop lent, mais ça commence à bouger, les associations comme Consentis et LOUD’HER, nous ont soutenu.
C’est dans le milieu rock où il y a ce problème qui est beaucoup moins présent sur la scène électro, il n’y a pas moins de violences, mais plus de préventions.
Artie : Nous ne sommes pas sociologues, mais il y a des associations qui font ce travail depuis des années : le problème majeur aujourd’hui, c’est l’invisibilité des violences, elles sont intériorisées. La première chose à faire, c’est qu’il faut reconnaître qu’il y a eu une violence, ou qu’un acte porte des violences, c’est ce qu’on a fait auprès de nos réseaux. Ouvrir une porte qui puisse permettre d’entamer une discussion autour de ça, mettre en en lumière ce qui se passe dans l’ombre.
En termes d’espoir, ça avance quand même et dans l’industrie musicale depuis Music Too France, il y a une parole qui s’est libérée, ça a permis pour les personnes qui sont isolées des violences, qu’elles communiquent entre elles. Ça créer un lien et une solidarité. Il y a beaucoup de travail, mais j’ai envie de penser que ça avance.
- Votre son est à part comparé sur la scène française, on sent que vous ne vous interdisez rien. Comment en êtes-vous arrivés là ? Comment votre son est-il né ?
Martin : Notre son, c’est une des choses qu’on a le plus travaillées, on partage ce côté un peu geek où l’on travaille à partir de la matière, où l’on recherche des textures. Avec l’évolution du groupe, ça s’est fait par la force des choses. On a beaucoup enregistré nous-mêmes. Personnellement, la place de mes pédales est très importante, je compose plus avec mon pédalier qu’avec ma guitare ; en live, j’en ai quatorze. Si on m’enlève mon pédalier, je vais avoir plus de difficulté à défendre la musique que l’on fait.
Artie : Nous avons vite compris que nous ne sommes pas les meilleures personnes pour écrire de belles chansons. Il y a plein de manières pour une chanson d’être belle, pas seulement avec juste de l’harmonie et de la mélodie. On s’est focus sur le facteur son, c’est très direct. À force de faire des impros entre nous, on s’est vite retrouvés à aimer faire des choses qui sont déconstruites musicalement.
Le concert
Quelques minutes après notre entrevue, nous retrouvons le quatuor de Saint-Ouen sur la scène du Moth Club pour un live que nous avons encore du mal à oublier encore aujourd’hui. Après la sortie de sa troisième œuvre « Pink Colour Surgery », The Psychotic Monks nous fait explorer plusieurs sensations sur cette scène à paillettes colorées du quartier de Hackney.
Nous nous attendions à un simple concert, mais c’était un piège. Les Psychotic Monks nous réservent un spectacle digne d’un orchestre rock, comme le font si bien nos merveilleux bands britanniques expérimentaux. Le son est si fort que les basses ne transpercent pas seulement nos veines, mais notre inconscient. Pas de chanteur/chanteuse leader chez elleux, tout le monde participe à cette folie. La scène est définitivement un lieu de défouloir et d’expression captant toute notre attention. À travers le bruit et cette ambiance rave et punk, c’est tout un monde qui se crée devant nous. Le titre « Coherent Appearance » a su faire bouger cette foule assez timide, mais attentive. Assister à un concert de The Psychotic Monks, c’est finalement comme admirer une peinture exposée sur un mur, transporté par les émotions de passage qui se jouent face à nous et notre inconscient.
Après cette première date de leur tournée en Angleterre, iels comptent bien emmener ce spectacle partout. Le retour à la réalité en sortant du club se révèlera assez dur pour nous. The Psychotic Monks vient bien d’ailleurs, car nous avons assisté à une expérience de transe inhumaine.











