[LP] The Drums – Encyclopedia

Troisième album pour les New-Yorkais et un constat immuable : ils fouillent encore plus les décombres de la pop et de la cold wave pour en extraire des perles noires exceptionnelles.

The Drums - Encyclopedia

The Drums a traversé, en 5 ans, beaucoup d’époques, bénies ou non, de la pop music : la montée en puissance de la soupe américaine façon FM (ou Internet, pour être plus moderne), la progression logique du genre vers un rock direct et franc, puis la renaissance d’un son 80’s trop vite oublié. Comment alors se positionner en tête d’affiche au milieu de ce marasme et surtout, maintenir le cap avec si peu d’années d’existence ? Tout d’abord en restant fidèle à une démarche faite de recherches constantes et de musique intelligente et mélodique en diable, comme l’ont prouvé ses efforts précédents. Et surtout, en ne se reposant jamais sur ses acquis. « Encyclopedia », son troisième LP, achève d’enfoncer le clou dans les crânes des détracteurs du groupe, et pose à nouveau les New-Yorkais sur un piédestal largement mérité, duquel il sera difficile de les détrôner.

Creusant encore plus profondément les larges sillons laissés par les Boo Radleys et XTC (I Hope Time Doesn’t Change Him), Jonathan Pierce et Jacob Graham ancrent leurs compositions avec assurance dans les glorieuses 80’s, mais en leur donnant des facettes sonores amples et pénétrantes (Magic Mountain) ou psychédéliques (Kiss Me Again, Wild Geese). Empilant les couches artistiques comme autant de ciments prêts à être usés sur les fondations brisées d’un rock fissuré et tristement souillé (Let Me), ils prennent une respiration poussiéreuse et viciée avant d’épurer l’air grâce à des mélodies brillantes et profondément marquantes (le fabuleux Face Of God, Deep In My Heart). Mais au lieu de ne reproduire que les visions les plus mécaniques de leur style par ailleurs indéfinissable, ils grattent jusqu’à faire saigner leurs ongles pour épurer, laver les vestiges de leurs impuretés et en découvrir les apparats électroniques les plus intensément cachés, ne laissant émerger que leurs racines artificielles les plus froides (Bell Laboratories). Les guitares sèchent dans la poussière et la chaleur, portées par les cendres de claviers statiques et prêts à libérer le gaz propice à une explosion accidentelle mais, au final, certainement voulue (There Is Nothing Left).

Le titre de ce nouvel effort prend alors tout son sens ; en plus d’avoir, auparavant, marqué une césure de style entre son premier et son second disques, The Drums a décidé de prendre encore plus de risques, de feuilleter les pages d’albums de lycée ayant traversé les âges, choisissant méticuleusement chaque époque pour mieux s’en imprégner. Les photos jaunies côtoient les images numériques les plus modernes, tandis que des flashs rougissent les yeux ; sauf qu’ici, c’est surtout une émotion froide et s’insinuant dans les corps qui transforme les visages. Les regards se perdent dans ce dédale d’instantanés soignés, mis en scène pour mieux en dissimuler des détails précieux ayant chacun une importance cruciale. Car il n’y a pas une seule seconde inutile dans « Encyclopedia » ; le LP est compact, arrangé jusqu’à l’obsession mais toujours juste et humain. Ce qui pose un nouveau défi remporté haut la main : celui de marier les sons les plus opposés, les rythmes les plus secs aux reverbs les plus aériennes, sans que ces éléments fédérateurs ne s’étouffent l’un l’autre. Soigné et jusqu’au-boutiste, « Encyclopedia » laisse l’auditeur exsangue, laminé et écrasé sous le poids d’un choc musical impressionnant.

The Drums

« Encyclopedia » de The Drums, sortie le 23 septembre 2014 chez Minor Records.


Retrouvez The Drums sur :
Site officielFacebook

Partager cet article avec un ami