[LP] The Black Lips – sing… in a World That’s Falling Apart

En plein milieu d’une tournée aux quatre coins du globe (notre rencontre avec eux), Les Black Lips prennent un virage franchement country et nous offrent « The Black Lips sing… in a World That’s Falling Appart ».

Et voilà ! Les fous furieux d’Atlanta sortent leur 9e album studio. Belle façon d’entamer 2020. Écouter les lèvres noires hurler comme des débiles dans le poste alors que l’on cruise, la paume sur le haut du volant, c’est un peu comme mettre les deux doigts dans la prise en touillant l’eau bénite. Et, ça ne vous étonnera pas, mais les loustics en question n’y vont pas avec le dos de la main morte. L’opus s’ouvre sur « Hooker Jon ». Country shuffle moite, fuzz épais comme une pile de prunes impayées, rototo surprise de l’ami Cole Alexander. Puis solo complètement faux d’une guitare, que télescopent enluminures parfaitement justes de l’autre. On est pas bien là ?!

Cet album réussit le tour de force d’assumer à fond l’esthétique country sans sombrer dans le pastiche (n’en déplaise à la pochette d’ailleurs). Il subsiste l’atmosphère « garage rock bien gras », avec des refrains entêtants qui restent collés à la paroi interne de la boite crânienne comme un chewing-gum rose sous les tables en formica du lycée. Assagis, mais pas apprivoisés en somme, nos Black Lips. Dans le coin rouge, « Odelia » : garage-country avec mur de croches droites comme des i. Dans le coin bleu, « Rumbler » : complainte mineure chaloupée de cowboy solitaire chevauchant dans le soleil couchant, où s’épanche un harmonica dépressif (pléonasme ?). Puis pour départager les deux et éviter les coups sous la ceinture : « Holding Me Holding You », train song frénétique à la « Tiger by The Tail » de Buck Owens.

On relève au passage quelques influences éminentes. T-Rex et son « Get it On » pour « Angola Rodeo », ou encore les reliquats de la diction solennelle de Johnny Cash sur « Georgia ». Puis mention spéciale pour « Gentleman » et son premier vers : « This old middle finger, has gown fat and tired from flickin the bird » (ce bon vieux majeur est devenu gros et fatigué à force de faire des doigts d’honneur).

Cet album c’est un peu le chant du cygne d’une adolescence qui s’en va clopin-clopant. Une adolescence sans transition, qu’on aurait voulu retenir jusqu’à la dernière connerie irraisonnée, la dernière trentième cigarette de la journée, la dernière mauvaise fille qu’on aura conquise juste parce que, la dernière embardée, le dernier graffiti moche sur un mur blanc immaculé … il reste les cicatrices et les bleues à l’âme comme trophées. Sur « The Black Lips sing… », les cris déchirants s’atténuent. Ils laissent doucement place à de narratives vocalises, psalmodies désenchantées. « The Black Lips sing… », c’est bien ça … un album franchement country avec, çà et là, quelques rémanences de la candeur du rock’n’roll.

Pour terminer. Un live tout frais au Paste Studio d’Atlanta, leur ville natale.

« The Black Lips sing… in a World That’s Falling Apart » de The Black Lips est disponible depuis le 24 janvier 2020 chez Fire Records.


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