[Live] Solidays 2019

Carton plein pour cette vingt-et-unième édition de Solidays ! Le record de fréquentation bat celui de l’année précédente, qui lui-même était un record. L’engouement pour ce festival éclectique et joyeux, sous couvert de militantisme, est porté par un public jeune, curieux et déterminé en dépit des fortes chaleurs et autres interminables files d’attente. Retour sur trois jours de musiques où se sont mariés les styles et les rythmes.

Kiddy Smile – crédit : Alphonse Terrier

Vendredi 21 juin

Un doux air de nonchalance plane sur le concert de Papooz.  Vêtus d’élégants costumes façon mafieux italiens aux sourires charmeurs des 70’s, Ulysse et Armand donnent le ton aux trois jours de concert qui se profilent. Le set est ensoleillé, dansant et, disons-le, sexy. Nouvelles compositions et titres phares du groupe s’entremêlent. « Theatrical State of Mind », « Louise (My Girl Looks Like David Bowie) » ou, bien entendu, « Ann Wants to Dance » réjouissent aussi bien les connaisseurs que les curieux. La combinaison du bassiste et le solo de saxophone ajoutent une note ultime à ce superbe tableau rétro kitsch.

Une foule compacte se presse vers la scène Domino. Maintenant accompagné de musiciens, Voyou révèle un show soigné, efficace et rigoureux. Les lueurs de samba de « Papillon », le refrain moite de « La serre » ou encore l’irrésistible riff de « La légende urbaine » transforment le concert en grande fête colorée et pop. « Le Naufragé » et « Les Soirées » contrastent la setlist et lui procurent presque de la fraîcheur. Finalement, la poésie de Voyou se compose de tant de nuances qu’aborder de façon binaire la question du genre musical serait ici insensé.

Majestueuse dans son wax rose, Angélique Kidjo s’impose à nous comme la déesse du festival. La salsa est célébrée ce soir par les nombreuses reprises de Célia Cruz telles que « Baila Yemaya » ou l’incontournable « La Vida es un Carnaval ». Le public est impressionné par cette femme qui tournoie et danse, avec une immense classe, sans relâche sur scène. « Tombo » est interprétée de façon plus calme, voire solennelle, que la version originale présente sur l’album « Black Ivory Soul ». Angélqiue Kidjo descend rejoindre le public et entonne « Afrika » pour clore l’un des meilleurs concerts de cette édition.

Nous pensions profiter de la performance de Biga*Ranx pour nous reposer, mais c’était sans compter sur l’énergie débordante du Français. Entre « Paris Is a Bitch », « Liquid Sunshine » ou « Calypso Blues », l’auditoire n’a pas le temps de reprendre ses esprits que déjà une nouvelle mélodie entraînante s’extirpe des platines. Entre deux mix dub s’échappe un couplet de « Poésie » de Chaton, il n’en faut pas plus pour retrouver la force d’affronter cette soirée chargée.

Vers minuit, Macklemore, tête d’affiche du soir, met tout le monde d’accord. Une vraie cohésion naît entre les spectateurs, la plupart présent pour le show et les grands tubes plus que pour les textes. Et finalement enthousiasmés par ce concert, nous loupons de justesse Kiddy Smile. Déçus, nous nous consolons aux côtés de Meute. En l’espace d’un instant, la fanfare allemande nous captive, nous ne pouvons détourner les yeux de cette folle bande dotée de superbes vestes rouges. Les reprises électro s’enchaînent, l’heure tourne, le public change, sans que nous n’en prenions conscience. Solidays by night est ouvert par Meute !

En une petite demi-heure, le plateau est changé et Vladimir Cauchemar apparaît derrière ses platines. Les premières notes d’« Aulos » résonnent et les danseurs s’élèvent ! La flute de ce tube parsème le set comme un leitmotiv, Orelsan monte sur scène et « Elevation » en réjouit plus d’un.


Samedi 22 juin

Les néons de Minuit illuminent la scène Domino en ce début de soirée. Les morceaux groove et la voix chaude de Simone nous parlent avec sensualité de Paris, de fuite, d’amour et d’une certaine Blondie. Les textes très imagés ont une poésie, un mouvement très mélodieux qui se lie parfaitement aux instruments et crée une ambiance moite, électrique, nerveuse.

Nous poursuivons notre soirée, placée sous le signe du déhanchement, à la scène Paris où se produisent les très attendus  Parov Stelar. Si quelques morceaux s’éloignent du registre electro-swing du groupe, et peinent à nous convaincre, la recette classique du groupe s’avère être toujours aussi efficace. La chanteuse, plus charismatique que l’autre chanteur, mène le show à la baguette et domine le public du haut de ses talons de pin-up. À la moitié du concert, une partie de la foule court déjà vers la scène Bagatelle où se produit bientôt Thérapie Taxi. Mais les vraies stars de la soirée, attendues par l’ensemble des festivaliers, ne montent sur scène qu’à minuit après que soit rendu l’incontournable hommage aux bénévoles au son de « I Will Survive ». Cette année, l’hommage est précédé par une minute de silence en l’honneur d’un technicien ayant couvert chaque édition depuis les débuts de Solidays et décédé il y a peu du VIH. Participer à Solidays est peut être un petit acte, mais reste un acte militant et les hommages, les interventions de personnes engagées dans divers combats humanitaires, les campagnes de préventions sont toujours aussi importants. Solidays est une fête, mais aussi un lieu où, même à petite échelle si l’on ne décide pas de se rendre aux conférences par exemple, le savoir, les témoignages sont essentiels.

À minuit passé, Ninja et Yolandi ouvrent leur show par « Fatty Boom Boom ». Aucun titre incontournable de Die Antwoord n’est oublié, de « Banana Brain » à « Guccie Coochie » en passant par « Cookie Thumper » et bien entendu « Ugly Boy ». Quelques inédits sont joués, le spectacle est total, tout est orchestré : des projections vidéos aux allées et venues des danseurs. Au rappel, « Enter the Ninja » est entonné et vient conclure en beauté cette soirée.


Dimanche 23 juin

Notre dimanche s’ouvre près de Cléa Vincent et sa reprise de « Femme est la nuit » de Dalida. La délicate pop, parfois disco détendue, se prête parfaitement à l’ambiance estivale, mais dominicale, qui règne sur Longchamp. Les synthés sont un brin kitsch, parfois sonnent comme un saxophone, le public est invité à danser façon « gym tonic », et finit par sauter.

La température grimpe, notre énergie diminue, Parcels est le groupe idéal pour nous garder éveiller. Le funk des Australiens, qui n’est pas sans nous rappeler les Beach Boys ou Jungle par moment, attire plus de curieux que de connaisseurs et crée une parenthèse bénie au milieu de la folie du festival. Au loin flotte encore le nuage de poussière rose et jaune de la color party ; quelque temps après Angèle puis Moha La Squale feront carton plein.

Kool Shen, JoeyStarr, DJ Pone : le trio gagnant de la banlieue règne ce soir sur l’Ouest parisien et y provoque un sacré raffut. Il est comique de voir de jeunes Parisiens bien vêtus se déchainer sur « Seine Saint-Denis Style », mais loin de nous l’idée, peut-être cynique, qu’ils n’y poseront le pied. Le concert ne se compose que de classiques à l’instar de « La fièvre », « Laisse pas traîner ton fils », « Pose ton gun » ou encore « Dans ma Benz ». Les textes ont toujours une résonnance dans l’actualité, ils traitent finalement de sujets qui n’ont pas beaucoup évolué : la Seine Saint-Denis et les cités restent des lieux exclus, où l’argent facile est plus alléchant que de longues années d’études, où la précarité persiste. Mais comme une revanche sur les idées préconçues liées au 93, Sofiane monte sur scène et les trois rappeurs entonnent « Sur le Drapeau » issu de la compilation « 93 Empire ». Lettre ouverte emplie de fierté, les esprits, en un refrain tout Longchamp se sent banlieusard et si ce n’est supérieur, au moins insolent. Certes NTM prendra fin prochainement, il n’empêche que le duo témoigne que la banlieue est fière, riche et mère d’artistes aux talents divers, débrouillards et francs.


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