[EP] SLUMB – Reset

Le choix du « Reset » n’a rien anodin pour annoncer les débuts d’une collaboration des plus passionnantes entre Julien Marchal et Senbeï. Depuis Bordeaux, le brillant pianiste, protégé de Steve Aoki, prend la fuite des compositions épurées de sa série « Insight » pour s’associer à son ami beatmaker, marqué jusque sur sous l’épiderme par l’Empire du Soleil-Levant. Mais loin de composer ensemble un electronica vaporeux aux senteurs d’Orient, les deux complices font fi de leurs parcours respectifs pour repenser et réinventer à l’unisson un récit inédit, à la rencontre d’un clavier tout en subtilité et en émotions et d’une production électronique imposante, à la frontière du post-rock et des climax cinématographiques. Cette histoire, ils ont choisi de l’appeler SLUMB. Découverte.

Dès l’ouverture sur « Aurora », le redoutable tandem installe le cadre. Quelques notes répétitives de piano sur un environnement craquelant, prêt, qui sait, à s’effondrer. Il ne tient finalement à rien qu’il en soit autrement. En tendant l’oreille, on croirait entendre une pendule sinon peut-être le bruit d’une bombe de peinture qu’on secoue avant de graffer un mur. La présence du piano s’intensifie et derrière lui, les premières nappes électroniques s’installent comme un brouillard encore fin. De cette brume sortent alors les premières rythmiques comme un jam qui s’élance dans ses premiers galops. Et voilà que tout s’accorde, à l’unisson, pour déclamer toute l’intensité d’un titre conquérant, saisissant comme ces lumières astrales dans la nuit. De la sobriété à l’intensité, de l’instantané à l’éternité, SLUMB déplace les premiers pions d’une partie aussi stratégique que méticuleusement orchestrée.

Ne se voulant pas strictement une aventure instrumentale, Julien Marchal invite sur l’éponyme « Reset » son ami Ed Tullett. Les deux artistes se connaissent bien pour avoir formé ensemble le duo Lissom et composé un premier album somptueux (notre chronique) mêlant un piano orchestral au falsetto lyrique du chanteur anglais. On retrouve sur ce nouveau titre cet équilibre entre l’interprétation émouvante de Tullett et la volonté pour SLUMB d’intensifier les connexions entre classique et électronique, installant ici un schéma en trois grandes ponctuations ; un piano-voix délicat, une explosivité trip-hop, le tout espacé de silences et de redescentes pour un final stupéfiant.

Si l’on n’a aucun doute sur les origines du mot-valise « Sakeshima », le troisième titre de ce premier EP est une accalmie poétique et magnifique dans l’océan des émotions distillées de SLUMB. La mélancolie des cordes, la puissance et la passion des beats, la précision des notes jouées. L’émotion rime de consort avec l’évasion avant de prolonger et conclure le voyage sur « Over and Done », pour un electronica dansant et urbain, tendance chill-out, installant les bases d’une discographie en réflexion quant à sa direction future, entre modern classical, trip-hop et electronica. Les premiers dés sont d’ores et déjà jetés.

crédit : David Bross

« Reset » de SLUMB, sortie le 29 mai 2020 chez Banzaï Lab.


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