[Interview] SEYES

« Beauty Dies » (Music Box Publishing) est le titre de l’album de SEYES, formation 100% féminine et prometteuse par deux membres du groupe Wax Tailor. Dans ce premier opus, le piano de Marine Thibault et la voix incroyable de Charlotte Savary mènent la danse des corps et des pensées aux sons des âmes. L’envoûtement frôle l’état d’hypnose, parfait pour des moments intenses où plonger dans le bleu lavandé, le bleu nuit ou les coloris chauds parant les mélodies et les images dans les vidéo clips. La beauté ne peut décidément pas mourir tant que l’art et le talent subliment ce genre de création. C’est ce que nous avons pu vérifier, en quelques questions, avec les deux fondatrices du projet.

crédit : Nakissa Ashtiani
  • La couleur dominante du visuel de l’album semble être le bleu nuit, tandis que dans le clip « Dans l’arène », la lumière d’un désert éblouissant tend vers la chaleur. Quelle importance revêt, justement, la couleur dans votre univers musical ?

Marine : On a la sensation, lorsqu’on compose un morceau, qu’il dégage des vibrations musicales que l’on pourrait associer à des couleurs. La dominante de SEYES est le bleu. C’est une couleur abyssale, céleste, mystérieuse, mélancolique, nocturne qui correspond à notre musique. « Dans l’arène » est un morceau qui ajoute une touche différente à l’album. Parlant de prédation sexuelle, il est chaleureux et sensuel. Les teintes sablées et orangées correspondaient à cet univers.

Charlotte : L’inspiration de Patrick Guedj pour ce clip « Dans l’arène » était « La femme des sables » de Hiroshi Teshigahara, film de 1964 dans lequel un homme est recueilli puis fait prisonnier par des villageois dans une fosse de sable. Il y a une scène très forte où l’homme se débat dans cette arène de sable dont il n’arrive pas à sortir.

  • On peut parler de valeurs inversées assez présentes dans « Beauty Dies » ; pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Marine : « Beauty Dies » est un jeu de miroirs et de paradoxes, à l’image d’une société dystrophique où les idéaux se voient remplacés par la décadence et la destruction : le monde moderne, censé améliorer la planète, anéantit la nature. Sous prétexte de chimères démocratiques, on tue des millions de personnes au nom du profit. Et malgré cela, l’espoir de construire un monde meilleur persiste. Ce sont les énergies du Ying et du Yang qui s’affrontent.

Charlotte : L’idée était de pouvoir passer de l’autre côté du miroir, la face sombre étant celle dans laquelle on vit, alors que de l’autre côté se trouvent la beauté, l’harmonie, et ces deux forces n’existent pas l’une sans l’autre et nous tiraillent sans cesse. Nous recherchons l’harmonie mais participons aussi du monde moderne et de sa destruction de par nos modes de vie.

  • Comment vous positionnez-vous par rapport au mouvement récent #MeToo et au rôle de la femme en tant qu’artiste ?

Marine : Personnellement, je trouve cela super que les femmes aient le courage de dénoncer les hommes qui les ont tourmentées. Il faut que ça se sache. Qu’on arrête de taire l’inacceptable, pour que cela cesse. Je pense notamment à l’un de mes professeurs de flûte qui me demandait de « jouer un peu plus pute et d’imaginer que du chocolat dégoulinait dans mon décolleté » ;qui m’expliquait que, pour réussir, il fallait coucher, qu’il rêvait de me plaquer contre le mur et de m’embrasser. Je l’ai dénoncé à la Direction de l’école après les examens et n’ai jamais suivi ses conseils pour pouvoir avancer dans mes projets. Intégrité et respect sont des valeurs qui ne paient pas à court terme, mais qui prennent leur sens à long terme.

Charlotte : On ne peut qu’approuver un mouvement qui permet de libérer la parole, de faire bouger les lignes. J’ai entendu certaines paroles d’hommes qui regrettaient que certaines femmes puissent s’en servir de manière illégitime. Je pense qu’en chaque combat il y a des profiteurs, et les victimes collatérales sont inévitables. Que ça ne doit pas être un argument pour dénigrer un mouvement très positif.

  • Un projet en duo 100 % féminin n’est pas si banal dans le monde des groupes de musique ; comment envisagez-vous la suite, et notamment par rapport à Wax Tailor ?

Marine : C’est un bonheur de travailler avec Charlotte ; nous nous comprenons, parfois même sans parler. C’est fluide. Tout est plaisir. Douceur. Amour. Nous avons hâte de composer de nouveaux morceaux et de les partager ! C’est aussi un plaisir de travailler avec Wax Tailor car nous nous connaissons bien, et ce que nous vivons sur scène et sur la route est une expérience exceptionnelle.

Charlotte : Je suis d’accord, c’est simple, fluide entre nous, comme si nous étions des âmes sœurs musicales. Alors, nous envisageons la suite simplement, sans pression mais avec une envie forte d’écrire et de composer de nouveaux morceaux.

  • Quelles sont vos influences musicales actuelles ou passées ? Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Marine : Pour ma part: Portishead, Goldfrapp, James Blake, Amon Tobin, Rage Against The Machine, Eric Satie, Ravel (« Pavane pour une Infante défunte »), Debussy, Chopin, Bach, Laurence Vanay, Peter Von Poel, les musiques africaines, caribéennes et chinoises, la musique électronique sous toutes ses formes…

Charlotte : Je suis dans une phase où je n’écoute que peu de nouveautés, j’ai besoin de temps pour absorber de nouvelles musiques ; alors je réécoute des albums de chevet, comme Arcade Fire, Radiohead ou My Brightest Diamond. Quand je trouve que cela faisait trop longtemps, j’ai plaisir à les retrouver. Sinon, je suis parfois quasi non-stop sur une radio web, « Folk Forward », que je pourrais écouter des heures durant sans me lasser.

crédit : Nakissa Ashtiani

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