[Interview] Sarah W_ Papsun

Quand on parle de groupes français qui montent, on ne peut faire l’impasse sur Sarah W_ Papsun. Basé à Paris, on voit plus que jamais le sextet rock enchaîner les grosses scènes estivales (Le Rock Dans Tous Ses États, Solidays, Terres du Son, Art Sonic…) en témoignant toujours plus d’un amour insatiable pour le live ! Rencontre avec ces marathoniens de l’indie rock avant leur concert au W lors du Printemps de Bourges en avril dernier.

Sarah W Papsun par Fred Lombard

  • Ce soir Sarah W_ Papsun joue au W, forcément, la coïncidence m’intrigue ! Pourquoi ce W chez les Sarah ?

Autant que nous ça nous intrigue que la salle s’appelle le W au Printemps de Bourges. Sarah W_ Papsun , en fait, c’est son nom. On est six mecs, et il s’agit d’une personnification de la féminité à travers le prisme musical. Le W., c’est le middle name, son deuxième prénom.

  • Vous n’avez jamais su percer ce mystère ?

On ne sait pas trop, c’est compliqué ! On ne peut pas le dire…

  • Et pourquoi Sarah ? Vous avez une Sarah dans votre vie ?

En fait, Sarah, c’est une femme qu’on a tous connue à un moment ou un autre de notre vie, tous à des échelles différentes, on est plus ou moins tombés amoureux d’elle un jour. C’est le grand échec collectif de chacun des membres du groupe (rires). C’est cette femme qu’on essaye d’atteindre de plein de manières différentes, et ça n’a jamais fonctionné, c’est à dire que chacune de nos tentatives : amicales, écrites, amoureuses, rien n’a fonctionné ! C’est l’échec total, et on s’est dit qu’il fallait rebondir, et faire de cet échec un gros succès, et ce succès, ce serait nous, ce groupe.

Alors, on n’y est pas encore, c’est l’ambition : la route est longue, mais on est contents, ce soir d’avoir la chance d’être sur la scène du W, c’est un signe !

Et ce qui est drôle, c’est qu’on avait déjà joué il y a quelques années pour le MaMA dans la galerie W, et le concert était super, donc on espère que ça nous portera autant de chance que ce soir. Mais bon, on est sereins ; déjà, c’est un festival qu’on aime bien, on est déjà venus en tant que spectateurs.

  • Donc, c’est votre première fois à Bourges en tant que groupe ? Vous allez jouer sur la plus grosse scène du festival, vos impressions avant le concert ?

C’est excitant, c’est certain. On a envie d’y aller.
C’est un honneur quand on voit la belle programmation de ce soir : Klaxons, Breton…
Alors effectivement, on a déjà fait quelques grosses scènes comme ça, les Transmusicales, le 21 juin 2013, on était sur la scène Denfert Rochereau, et on a déjà pas mal joué avec Breton qu’on connait assez bien. Ça va être la quatrième fois avec eux, et d’ailleurs, un de nos singles est signé sur le label du manager de Breton. Et effectivement, on les adore.

  • Vous avez sorti en début d’année votre premier album « Péplum ». Je vous connais depuis déjà quelques années, à l’époque de « Drugstore Montmartre » qui remonte facilement à 2011. Est-ce que Péplum est un album qui s’est créé dans les derniers mois ou vise-t-il à présenter Sarah W_ Papsun de ses débuts à aujourd’hui ?

Alors, non. Justement, on a voulu éviter ce truc que font la plupart des groupes sur leur premier album, à savoir que ce soit une espèce de compil de la genèse du groupe jusqu’à ce qu’ils font jusqu’à ce que l’album sorte.

Nous, on a essayé de ne pas faire ça parce qu’on a déjà beaucoup évolué. On avait des choix artistiques de faits avant même d’avoir commencé à travailler l’album : des choses qu’on voulait faire, ou qu’on voulait travailler autrement…
On est repartis de zéro, il y a un seul titre de l’album « Kids of Guerilla » qui était déjà dans l’album précédent. Tout le reste est neuf. Du coup, je pense qu’il y a une cohérence plus grande que dans beaucoup de premiers albums, et de ce point de vue là, on en est assez contents.

Et c’est un album qui pour le coup, on a du temps à composer. Je pense qu’entre la sortie physique, et les premières moutures d’écriture, il s’est passé au moins deux ans. Des titres comme « At the disco » existent depuis deux ans et on les a laissé reposer pendant près d’un an avant de passer en studio pour revenir dessus. On a fait un gros travail également sur la production avec François Baurin qui est un ingé son avec qui on voulait travailler, et qui nous a permis de faire ça aussi : c’est un peu le 7e homme de l’album, car c’est important la prod.

Et donc voilà, la maturation de cet album a été assez longue, mais quand l’album existe, il y a la mécanique de pressage, de promo, de distribution faut encore attendre six mois.

Là, on est en train de travailler sur le deuxième album, et finalement, entre les deux ans de compositions du premier album, et ce qu’on est aujourd’hui, on a encore évolué. Dans le live de ce soir, par exemple, on propose des choses qui ne sont pas dans l’album…

  • Qui seront dans le prochain ?

Peut-être, peut-être pas, ou qui seront sous une autre forme retravaillée. Ce sont des étapes en fait.

  • Avec ce premier album, vous avez sorti quelques clips. Les clips semblent aujourd’hui essentiels pour défendre un disque, non ?

Ouais, je pense que le clip, c’est un super support, après c’est difficile à travailler parce qu’en terme de production, déjà, ça coûte de l’argent, ça prend du temps, c’est des problématiques. Et puis surtout dans Papsun, on est 6 mais on est sans arrêt dans le consensus, dans le débat, et donc sur les clips, on met du temps à faire aboutir les idées.
Là, dans les derniers clips, l’idée, c’était d’avoir une présence sur le web aussi. Le disque existe en physique, mais je pense que c’est important d’exister également sur YouTube, qui semble être le meilleur vecteur pour faire ça.
Surtout, c’est beaucoup de réals qui viennent nous voir : « J’ai une idée, je verrais bien ça sur ce morceau-là » et c’est aussi des rencontres en fait. Beaucoup de nos clips sont faits comme ça.

  • D’ailleurs dans le dernier clip « Lucky Like Stars », si je ne me trompe pas, je crois que ça a été tourné dans les bureaux du Printemps de Bourges…

C’est exact ! Une partie.

  • Avec une voiture de luxe qui traverse le périphérique…

…qui est également une voiture du Printemps de Bourges (rires). Mais ça faut pas le dire !

  • Vous êtes sponsos par le Printemps de Bourges ?

Non, la réalité c’est qu’on ne devait pas tourner du tout là-bas, on cherchait des bureaux, on les avait trouvés et finalement, le tournage a été décalé et on est passé en mode plan B à l’arrache, car tout était calé avec les figurants. Et donc, à la dernière minute, il a fallu trouver un endroit, et il se trouve effectivement que dans notre staff, notre management c’est Rabeat’s Cage, et l’une des filles du management boss pour le Printemps de Bourges, mais surtout pour les iNOUïS. Donc ça c’est les contacts, et elle nous a dit « Bah, potentiellement, vous pouvez faire ça chez nous ! ». Mais y’a pas de délit d’initiés (rires), on est dans un truc spontané lié à des problématiques de tournage.
Et du coup, on remercie le Printemps de Bourges de nous avoir prêté ses locaux.

  • Vous êtes réputés pour donner des concerts très énergiques, à jouer à 200% sur scène. Quand les concerts s’enchaînent, c’est pas trop dur de refaire le même show, avec la même envie, la même énergie le lendemain ?

La spécificité de notre live, c’est que tous nos morceaux s’enchaînent. On ne fait pas de pause comme pourrait l’être un DJ set. Physiquement ou même d’un point de vue technique : la cymbale qui tombe, la corde qui pète, c’est une problématique supplémentaire. Et puis il y a un travail intellectuel de structure qui est assez difficile à appréhender, et du coup, ce qui est assez drôle, c’est que finalement c’est un peu un marathon pour nous !

Et en même temps, le fait qu’il y ait une possibilité d’échec, ça créé une tension qu’on ressent… il y a une urgence qui est créée par le fait qu’il faut tout anticiper.

Et pour répondre à ta question qui demandait si on était prêt à réattaquer le lendemain, on a aussi fabriqué le live pour s’éclater le plus possible avec cette tension et cette fatigue, mais on prend notre pied sur scène ! Du coup, quand c’est fini, on prend 10 minutes pour se reposer et on a envie d’y retourner le lendemain, bien sûr !

Et puis, je pense que s’il n’y avait pas ce côté là où on va jusqu’au bout, on s’épuise et tout, peut-être qu’on s’ennuierait un peu sur scène. On en a parlé plein de fois de certains des groupes qui montent sur scène et qui jouent leur album vraiment exactement le même, alors c’est très carré, c’est très propre et tout, mais on a l’impression, parfois, que les musiciens sont comme des machines. On essaye justement de sortir de ça, pour garder le plaisir.
L’épuisement est nécessaire à l’envie de recommencer le lendemain.

Et notre live, c’est vraiment un fil qui évolue d’un live à l’autre. Et comme on a ce bloc, on va travailler les transitions, on ne fait pas la même chose qu’on a faite à Panoramas, il y a la contrainte du timing aussi. Physiquement, à la fin du show, il y a une espèce d’euphorie durant l’heure et demie qui suit, et après cet espèce de coup de massue. Mais bon après, on fait ça pour ça !
Papsun est un projet de live ; c’est-à-dire qu’on a sorti un album, il y a des EPs qui sont formatés en singles, mais nous on fait de la musique au départ pour pouvoir l’exprimer sur scène.

Sarah W. Papsun © Nicolas Nithart

  • La musique de Papsun, quand vous l’enregistrez en studio, vous la raisonnez déjà pour le live ?

Alors, ça dépend des fois. Sur les premiers EPs, on a d’abord des morceaux prévus pour le live, qu’on a essayé de faire rentrer sur enregistrement. Sur l’album, on a travaillé à l’envers ; on est parti des maquettes travaillées sur ordinateur, piste par piste, pour essayer d’en faire une galette bien travaillée, bien produite et ensuite, on a du refaire le mouvement arrière, c’est-à-dire qu’une fois que l’album était prêt, on s’est dit, il faut le défendre en live, et on a du retravailler les morceaux, les retransformer, les rebidouiller, et probablement qu’on va faire encore plus compliqué pour l’album d’après, c’est-à-dire faire un aller-retour incessant pendant la composition entre la composition et le live. Il y a toujours cet équilibre à trouver entre la production du cd qui doit être beau, et l’énergie live qu’on ne veut pas perdre.

  • Et finalement, ça ne serait pas une bonne idée de faire un enregistrement live ?

On y pense des fois. Puis on oublie ! (rires)

C’est un peu la critique qu’on a sur l’album, y’a des gens qui connaissent Papsun en live et qui nous disent « Ah, on retrouve pas ce truc d’urgence, de marathon sur l’album ». Et finalement, c’est deux produits complètement différents, et ça nous plait que la personne qui va nous découvrir à la radio ou qui va acheter le cd va venir nous voir en live et va avoir un décalage qui du coup est hyper intéressant. Et inversement.
Le but du jeu, c’est de trouver une cohérence entre les deux objets.

  • Processus inverse, vous n’avez jamais eu des retours de personnes qui vous ont découvert d’abord en concert, qui ont pris votre cd puis qui vous ont dit, « Bah les gens, j’ai pas trop retrouvé l’énergie live de votre concert ? ».

Alors on a surtout le contraire. Des gens qui n’ont pas trop aimé l’album et qui ont été convaincus au concert, et qui viennent nous le dire… et qui se remettent à écouter l’album derrière, et qui se disent après réécoute, ah ouais, en fait, c’est bien !

  • Et vous préférez jouer devant un public qui ne vous connait pas, pour créer l’effet de surprise ou plutôt jouer devant des gens qui vous attendent ?

C’est sûr que pour nous, quand le public connaît les morceaux, ça change tout. On a fait une Maroquinerie à Paris, c’est notre public, les gens connaissent tous les morceaux, c’est sûr que ça change la dimension du live, les gens chantent, les gens dansent, ils connaissent les titres, et surtout reconnaissent le début d’un morceau.
C’est sûr qu’il y a une euphorie et c’est hyper important que l’album soit plébiscité, que les gens l’écoutent, que les radios aussi nous playlistent, et tout ce travail-là, on le fait aussi en amont.
Mais vraiment, le cœur de notre travail, c’est de pouvoir le faire sur scène.

Et y compris, des gens qui ne nous connaissent pas, et qui viennent nous voir, notamment sur un festival, puissent être convaincus uniquement par le live sans avoir à passer par le préliminaire d’écoute des morceaux.
Nous, ce qu’on aime, c’est quand on arrive devant des salles où personne ne nous connait et t’es sans filet : « Est-ce que ça marche ou pas ? » Faut convaincre, faut y aller !
Et là, quand ça marche, c’est vraiment chouette parce que c’est une vraie victoire remportée sur le concert.

  • Votre album « Péplum » est sorti le 24 février. Sur la pochette, on trouve une jeune nageuse au premier plan, c’était quoi l’idée ?

Sarah W Papsun - Peplum

L’idée, c’est qu’il y a une jeune nageuse, mais surtout qu’il y a un plongeoir de 15 mètres au fond, et c’est justement cette idée de défi. Et il y a en effet ce côté énigmatique à travers cette petite fille qui a des brassards et qui sait à peine nager.

On a travaillé avec un super photographe qui s’appelle Micky Clément, et c’est vrai que pour nous, la pochette d’album, on a grandi là-dedans, c’est super important. C’est d’ailleurs la déception aujourd’hui d’iTunes où t’as les vignettes d’une taille ridicule.
Pour nous, c’était important d’avoir un visuel fort et de travailler artistiquement avec quelqu’un qui par qui on a été séduit. On trouvait que cette photo illustrait bien le disque : cette petite fille énigmatique, Sarah W_ Papsun, il y a aussi une personnification ici du groupe.

  • C’est peut-être elle la fameuse Sarah ?

Ah ça, on peut pas dire ! Mais c’est un visuel qui nous a séduits parce qu’il est ambigu et ambivalent.
C’est l’image du défi, du côté marathon qu’on retrouve en live ! Sans filet quoi !

  • Si on saute du 15 mètres, on fait forcément une bombe ! On peut donc en déduire que Sarah W_ Papsun, c’est de la bombe !

Ouais, c’est un bon résumé ! On veut éclabousser le monde, voilà… sans faire de plat !

  • Vous avez partagé la scène avec Breton, mais également avec les Stuck In The Sound, groupe également réputé pour le show sur scène. Que vous inspirent-ils ?

Alors, déjà il faut commencer par le commencement, c’est déjà des potes. Une part de notre objectivité est un peu écornée, il faut le dire (rires).
Stuck, c’est quand même un groupe qui a une vraie trajectoire de live, ils se sont construits petit à petit en faisant des concerts, en travaillant et aujourd’hui, ils ont une vraie réputation de scène et ça se voit.

  • Et finalement, on parle plus pour eux de la scène que des disques…

Sarah W. Papsun © Nicolas Nithart

Et je crois que c’est un problème qu’on risque justement de vite partager avec eux. Mais oui, c’est un groupe de live et à ce titre-là, on se sent proches d’eux.
L’énergie du collectif, et puis techniquement, vocalement, le chanteur José a une voix incroyable et une maitrise live qui est superbe. Et ils sont dans un genre qui, en France, n’existe pas, ou très peu représenté. Ce qui est génial avec eux, c’est qu’ils existent sur la scène française depuis une dizaine d’années et ils perdurent. Ils sont en train de bosser sur un quatrième album là !
Aujourd’hui, trouver un groupe qui perdure, c’est très difficile. Il y a souvent les effets où ça monte très haut et ça redescend vite très bas.

  • Pour revenir à Sarah W_ Papsun, est-ce qu’il y a un prochain clip de prévu ?

Peut-être, on est pour l’instant au stade des idées.

  • Et un titre en particulier que vous voudriez mettre en lumière sur Péplum ?

Là aussi, il y en a pas mal qu’on aime bien, mais c’est vrai qu’on parlait d’hymnes. « Kids of Guerilla », qui est le dernier titre de l’album, et qui existait sur l’EP précédent, tu verras ce soir, on ouvre le concert par une version de ça et on finit par ça aussi, c’est un morceau qui nous tient à cœur, car il a cette valeur d’hymne, de rassemblement.
Et potentiellement, c’est le prochain titre qu’on aimerait mettre en images, mais peut être d’une manière différente…

  • …Et donc pourquoi pas faire un truc avec le public, car les Kids of Guerilla, c’est un peu vos enfants aussi !

C’est vrai, ce sont tous nos enfants, les enfants du défi !


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