[Interview] Saigon Blue Rain

Grâce au magnifique « What I Don’t See » sorti en septembre dernier, le duo français Saigon Blue Rain a affiné un sens de la composition méticuleux et émotionnel déjà apparent sur son premier effort, « Stupid Bitch Reject ». Dans un univers musical où tout le monde se revendique comme témoin de la musique des années 80, Ophelia et Franck préfèrent, à juste titre, contourner ces racines parfois encombrantes et acquérir, de l’intérieur, la musique noire et mélancolique qui fait leur force. Ils reviennent pour nous sur cette conception unique de leurs créations, ainsi que sur la vision esthétique multiple qu’ils tiennent plus que tout à voir apparaître dans leurs compositions.

Saigon Blue Rain
crédit : Marie-Line Pochet
  • Tout d’abord, félicitations pour votre nouvel album ; une merveille cold wave (et bien plus) comme on en entend rarement. Vous semblez totalement à l’aise dans ce style, tout en y injectant vos propres émotions et un son qui n’est qu’à vous. Quelles sont vos motivations et inspirations ?

Saigon Blue Rain : La musique que nous écoutons est une importante source d’inspiration pour nous. À la base, des groupes tels que The Cure, And Also The Trees, The Chameleons ou encore Depeche Mode sont ceux qui nous ont donné envie d’œuvrer dans ce style, mais nous écoutons aussi beaucoup de choses actuelles (Bat For Lashes, Dum Dum Girls, 16 Horsepower, Warpaint…) ; et c’est pourquoi, tout en faisant une musique principalement inspirée des années 80, nous sommes très ancrés dans le présent. Nous ne cherchons pas à refaire à l’identique ce qui a déjà été fait. Nous nous mettons à la composition et si quelque chose nous plaît, sans pour autant que cela sonne comme de la cold wave pure et dure, nous poursuivons sur cette voie.

  • « What I Don’t See » se démarque de votre EP précédent, « Stupid Bitch Reject » : il est beaucoup plus aérien et sensible, les instruments se confondent plus avec la voix. C’était un choix délibéré ?

Saigon Blue Rain : Nous voyons « Stupid Bitch Reject » comme un prélude à « What I Don’t See », une manière d’introduire notre univers qui n’était pas encore réellement déterminé. Nous avions composé un certain nombre de titres mais nous avons arrêté notre choix sur les cinq morceaux dont nous étions le plus satisfaits et qui marquaient le début de ce que nous souhaitions faire par la suite. « Bean Niochain » et « Side By Side » ont déjà pour nous ce côté aérien, aussi bien du point de vue instrumental que de celui des voix qui se mêlent entre elles pour conter des récits en dehors de la réalité.

  • Quelles sont, justement ces « choses que je ne vois pas » évoquées par le titre de l’album ?

Saigon Blue Rain : Notre album s’intitule « What I Don’t See » car il célèbre l’immatériel et l’imperceptible, ces choses qui ne peuvent se voir mais se ressentir. Il invite à l’introspection, à éveiller nos capacités sensorielles. Nous traitons dans cet album de ces choses qui ne se voient pas mais qui sont des sujets de prédilection pour nous, comme l’ésotérisme, la fuite du temps ou encore les forces de la nature.

  • Malgré l’assimilation « cold wave », on sent une réelle envie de voir plus loin, de ne pas s’enfermer pour vous dans un carcan qui finirait par vous étouffer. Comment vous positionnez-vous par rapport à vos influences et votre conception de la musique ?

Saigon Blue Rain : Notre projet n’est pas de faire de la musique dont les codes auraient été définis une fois pour toutes il y a 30 ans par Sisters Of Mercy, Bauhaus et Joy Division.

Ophelia : Comme je le disais plus haut, nos influences sont vastes et nous guident sur des chemins divers au fil de ce qui nous inspire sur le moment et tant pis si certains puristes nous reprochent de ne pas coller à 100% à la scène cold wave actuelle.

  • Comment se déroule votre travail en duo ?

Saigon Blue Rain : Notre travail en duo ne se fait finalement pas nécessairement tout le temps simultanément. Parfois, l’un de nous commence à composer de son côté et l’autre apporte sa pierre à l’édifice, ce qui peut de temps en temps bouleverser totalement le morceau initial et en recréer un nouveau. Sur d’autres titres, nous travaillons ensemble de A jusqu’à Z.

Ophelia : Quoi qu’il en soit, nous commençons toujours par la composition pour ensuite passer aux lignes de chants et aux paroles car j’ai besoin d’avoir les fondations qui m’inspireront pour écrire.

crédit : Alik Bezverstein
crédit : Alik Bezverstein
  • Visuellement, vos clips sont aussi marquants et détaillés que la musique elle-même. Comment envisagez-vous la mise en images de vos chansons, et comment déterminez-vous alors les réalisateurs avec lesquels vous travaillez ?

Saigon Blue Rain : Tous nos clips, ainsi que le visuel de l’album, ou encore la plupart de nos photos live ont été réalisés par Marie-Line Pochet. Nous tenons à travailler avec elle car elle sait traduire notre musique en image à la perfection. Nous aimons sa sensibilité et la vision qu’elle a de notre univers. Nul besoin de lui expliquer ce que nous recherchons lorsque nous nous mettons sur un projet avec elle, elle sait dès la première écoute ce qui illustrera le mieux notre musique.

  • Il est apparemment difficile de trouver un public français pour vous écouter et vous soutenir. Comment l’expliquez-vous ? Quels sont les pays où vous êtes le plus écoutés ?

Saigon Blue Rain : Il est vrai que nous avons un public français plutôt restreint mais cela ne nous étonne pas vraiment. La France ne fait pas franchement partie des pays les plus friands de musiques underground, nous ne nous attendions donc pas à la base à avoir beaucoup de retombées de notre travail dans notre propre pays. Si nous réfléchissons au public qui se manifeste le plus envers nous, il s’agit surtout de l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique ou encore l’Espagne. Nous avons aussi pas mal d’auditeurs russes.

  • Comment ressentez-vous, d’ailleurs, le fait de monter sur scène, et que désirez-vous montrer lors de vos prestations ?

Saigon Blue Rain : Nous n’avons pas encore fait beaucoup de concerts et avons pour l’instant du mal à convaincre les organisateurs de nous faire une place parmi les groupes confirmés de la scène goth. Lorsqu’on nous propose une date ou un festival, (comme par exemple le Sacrosanct Festival que nous avons eu la chance de faire en Angleterre en Septembre dernier), nous voulons nous donner à fond et défendre au mieux tous ces morceaux que nous avons écrits et composés avec passion. La scène est un réel moment d’abandon de soi et, si le charme opère et que nous arrivons à faire corps avec le public, alors nous ne pouvons pas être plus heureux et satisfaits.

  • « La mélancolie est le plus légitime de tous les tons poétiques », a écrit Edgar Allan Poe. Pensez-vous que cette citation puisse définir Saigon Blue Rain ?

Saigon Blue Rain : Bien sûr, car Saigon Blue Rain n’est au fond que mélancolie. La musique et les textes sont toujours très introspectifs, torturés, et le fantasme du bonheur absolu n’y est jamais atteint car la réalité des choses nous ramènent toujours au rationnel. Mais ces choses que nous ne voyons pas et qui ressortent sans cesse dans l’univers de SBR nous permettent d’échapper à cette règle immuable le temps d’un morceau.

  • Quelle a été votre motivation pour reprendre « Goodbye Horses » de Q Lazzarus ?

Saigon Blue Rain : Nous aimons depuis longtemps ce titre et, bien qu’il évoque une scène plutôt comique du film « Le Silence Des Agneaux », de manière assez opposée à l’image habituelle que le public a de nous, nous pensions que ce serait une bonne idée de reprendre cette chanson qui est très dansante et qui change de notre registre personnel. Nous sommes très heureux qu’elle soit aussi bien reçue par le public.

  • Quels sont vos futurs projets, avant que de nouvelles compositions de Saigon Blue Rain commencent à cruellement nous manquer ?

Saigon Blue Rain : Nous sommes sur la composition de nouveaux morceaux en vue d’un futur album. Quant aux concerts, nous avons une première date confirmée à Amsterdam pour le début du printemps. La suite reste à venir, nous n’en savons pas plus nous-mêmes.


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