Vendredi 19 septembre 2025. Il y a des soirs comme ça où l’on sait d’avance que le plancher va coller et que les t-shirts finiront trempés. La release party de One Rusty Band pour leur troisième album, Line After Line, au Black Shelter de Carquefou, s’annonçait comme l’une de ces soirées. Placé sous le signe non-officiel du marcel blanc et du blues rock délicieusement foutraque, le contrat a été plus que rempli. Récit d’une virée en Louisiane, aux portes de Nantes.

Vincent Bloyet, le Lucky Peterson de Redon
La soirée s’ouvre avec un homme seul sur scène. Enfin, « seul » est un bien grand mot. Vincent Bloyet débarque avec sa chevelure gominée, sa moustache soignée et sa boucle d’oreille, prêt à en découdre. Il est un véritable homme-orchestre : guitare électrique à la main, bottleneck au doigt, le pied droit martelant une grosse caisse et une cymbale grignotée, le gauche s’occupant du tambourin et de la caisse claire. On se dit qu’un harmonica ne dépareillerait pas dans cet attirail de bluesman total.
Dès les premières notes, le ton est donné. Son blues rock est explosif, relevé à la sauce bayou, et sa voix navigue entre un micro standard et un second, délicieusement vintage et travaillé à la pédale d’effets. Le public du Black Shelter, venu en force, ne se fait pas prier pour monter en température. Vincent est une locomotive électrique qui vous attrape sans crier gare. Le temps d’une balade, il troque sa guitare pour une folk électro-acoustique et nous embarque sur la « Morning Drive » du côté de Pénestin. Une accalmie de courte durée avant le retour du « bayouste » de Redon.
« Are you fucking ready ? » lance-t-il avant de faire chanter la salle sur un « yeah yeah yeah baby » primal et fédérateur. Il a le son et la présence de douze musiciens à lui tout seul. Tel un Lucky Peterson des temps modernes, il s’offre une incursion dans la foule, bottleneck fumant, pour une communion totale. La chaleur devient moiteur, digne de la Nouvelle-Orléans. Le set s’achève sur « Happy Dream » dans une transe collective : borborygmes possédés, frottements de bottleneck sur le bord de la scène et spasmes pédestres incontrôlables. Le public, ravi, en redemande. Quelle claque !
One Rusty Band : le cirque rock’n’roll et pailleté
À peine le temps de reprendre nos esprits que le duo sudiste (de la Bretagne sud, près de Malestroit) prend possession de la scène. One Rusty Band, c’est Greg Garghentini, l’homme-orchestre version dirty blues, et Léa Barbier, la femme-orchestre version tornade pailletée. Lui, voix éraillée, assure la guitare, le banjo-radiateur-poubelle électrique, l’harmonica et les percussions aux pieds. Elle, vêtue comme aux temps des années folles, chaussures de claquettes aux pieds, s’agite entre sa washboard, ses cymbales et son tom, haranguant la foule avec un sourire désarmant.
Le spectacle est total, à la fois musical et théâtral. Le concert s’ouvre sur « Dust Bowl » et nous replonge directement dans le bayou. Léa est une gymnaste-clownesque éblouissante, réalisant un grand écart perché sur son cajun, sur lequel est peint le slogan « More Women On Stage ». Le contraste est saisissant entre le blues nostalgique et terrien de Greg et la folie douce et communicative de sa partenaire.
La scène est en perpétuelle évolution, un joyeux chaos organisé. Sur un titre, Léa aux claquettes tout en tenant le chant s’ambiance sur l’harmonica de son partner in crime. Sur un autre, le duo s’offre un moment câlin, presque une sieste, sur fond de guitare-radiateur. La performance est un cri du cœur : « Faites du rock’n’roll, pas la guerre ! ». On frissonne sur le puissant « Sex, Blood’n Rock’n’Roll » juste à temps pour le solstice d’automne, et on s’amuse de la transformation de Greg en « Racoon Rock » animal. Grrrr !
Le duo rend hommage à ses classiques avec « She’s a Vagabond », clin d’œil évident à « Hit the Road Jack », pendant que Greg joue de la guitare dans son dos. Le public, déjà conquis, est invité à danser pour un rappel rock et acrobatique sur « Screen Generation » et « Electric Church ».
Le clou du spectacle ? L’invitation de Vincent Bloyet à remonter sur scène pour un final d’anthologie. Le trio improbable nous livre une reprise survoltée de « Foxy Lady » de Jimi Hendrix, où le solo de guitare endiablé de Vincent répond à un incroyable solo de claquettes de Léa.
On ressort de là les oreilles bourdonnantes, le sourire aux lèvres, avec la certitude d’avoir assisté à bien plus qu’une simple release party. C’était une véritable fête, une communion rock’n’roll généreuse et brute. Le bayou n’a jamais semblé aussi proche de Carquefou.
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