[LP] Muddy Monk – Ultra Dramatic Kid

Après un premier album doux rêveur (« Longue Ride ») immédiatement salué par la presse et son audience, Muddy Monk continue sa mue avec « Ultra Dramatic Kid », nouveau disque au format long qui donne du corps à l’univers singulier de son interprète.

Avec « TR », premier single radical qui synthétise les différentes atmosphères de ce nouvel album, Muddy Monk annonçait le ton. Celui de la mutation, de la transition vers un univers immédiatement électronique et pétri d’ondes magnétiques. Dans un cri du cœur poétique et soudain, le titre – qui utilise un sample de « Transgenic » du groupe rock psychédélique Dirty Sound Magnet – réveillait, fin 2021, notre envie d’être hypnotisé par l’interprète fribourgeois.

Difficile alors de résister à l’appel des sonorités distordues de « Intro » qui, par le prisme d’un crescendo de riffs rock déformés par l’électronique, rappelle indéniablement Daft Punk. Teinté de French Touch jusque dans les claviers, qui dessinent un univers cosmique en arrière-plan, ce second single fait surgir le frisson lorsque – dans son dernier tiers – la voix cristalline de Muddy Monk jaillit et nous ramène à un onirisme dont le clip qui l’illustre est empreint.

Impliquant des réalisateurs comme Félix de Givry ou des dessinateurs et designers tels que Ugo Bienvenu et Simon Cadilhac, l’univers visuel extrêmement personnel développé en vidéo persiste à l’esprit. Ce clip ne constitue d’ailleurs que l’amorce d’un court métrage qui illustrera une grande partie des titres en ce jour de sortie.

À l’écoute des deux premiers extraits, on s’aperçoit que l’artiste suisse développe un univers plus radical que ce qu’il a entrepris jusqu’ici. « Ultra Dramatic Kid » est un album plus affirmé, davantage régi par les machines et les nappes analogiques qui viennent happer son auditeur.
Muddy Monk n’abandonne toutefois pas totalement la pop plus mélancolique et douce-amère de ses débuts (« Suzie », « Slow ») où l’on jongle entre la naïveté des sentiments et la mélancolie du temps qui passe, des moments qui s’effacent et des souvenirs qui demeurent.
Mais Guillaume Dietrich – de son vrai nom – sait se fondre dans divers univers. « Satin Dolls », terriblement efficace, nous ramène sur le dancefloor avec un beat au zénith du rétro et des paroles en forme de déclaration d’amour édulcorée.
Comme un rappeur, Muddy Monk est capable de passer de la torpeur de l’âme à l’expression des sentiments les plus immédiats, légers et directs. Avant de réellement commencer son ride en solo, le suisse avait pris le temps d’œuvrer pour le collectif de rap tendre Bon Gamin (Ichon, Myth Syzer), et déjà d’imposer des productions sensibles et soignées.

La musique qu’il compose dépeint elle-même – entre son énergie viscérale et sa mélancolie latente – les hauts et les bas des sentiments, des ressentis, les errements de l’âme et son emballement.
Le producteur et interprète nous trimballe sans cesse entre ciel et terre, comme sur « Face ou Pile », ou « Smthng » qui en est la preuve la plus prégnante. Grâce à l’amplitude de son refrain, mémorable en live dans une Salle Pleyel comble en novembre, le titre s’envole et nous fait voyager dans les nuages. Les hautes sphères vocales que l’artiste explore n’y sont pas étrangères comme sur le très beau « 3546.85°C », l’un des titres les plus emplis de lyrisme et flirtant sans doute le plus avec le rap.

Au fil de cet album, Muddy Monk fait plusieurs fois le choix fort d’utiliser une même trame sonore au sein de plusieurs titres, imprimant dans l’esprit de chacun une signature qui lui est propre. « Soldat Boy » est justement estampillé de ce sceau dès son amorce en synthétiseurs distordus. Là encore, la batterie, par son ampleur, prend une dimension proche de Daft Punk, pendant que les couplets au potentiel dansant extrêmement vif nous transportent aux confins d’une discothèque de fin d’années 1980. Un savant mélange de pop psychédélique flirtant avec la new wave, où l’on se plait à imaginer le chanteur comme un descendant d’Étienne Daho.

Comme son live au Paris Pitchfork Festival l’avait laissé pressentir, la majorité des 9 chansons – toujours portées par des paroles dédiées à l’expression du sensible – offre une densité encore peu explorée jusqu’ici dans la discographie du Fribourgeois – si ce n’est peut-être sur « Myllenium », son EP sorti en 2020 en guise de transition.

Écouter un album de Muddy Monk c’est accepter de plonger avec lui dans ses souvenirs d’enfance, dans ses croyances et dans ses doutes, dans ses histoires d’amour aussi, et se laisser transporter à travers une galaxie dense et brumeuse. « Ultra Dramatic Kid » n’échappe pas à la règle et permet à son auteur de cheminer avec nous encore un peu plus loin.

crédit : Emma Panchot

Pour accéder au transport de l’âme en concert, il faudra prendre rendez-vous le 19 mai prochain à La Cigale avant, peut-être, d’autres dates en dehors de Paris…

« Ultra Dramatic Kid » de Muddy Monk, sortie le 1er avril 2022 chez Half Awake.


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