[Live] Lollapalooza Paris 2019

Samedi 20 juillet 2019

Sommaire

Nous filons voir L.E.J. Le trio féminin se fit connaître en 2015 avec sa vidéo « Summer 2015 » où il reprenait des tubes planétaires de la pop music, mélangeant ses influences classiques avec des harmonies vocales scintillantes et une bonne dose d’attitude. L’attitude susmentionnée est toujours là et a pris du galon, les trois jeunes femmes occupent brillamment l’espace et sont musicalement complémentaires. Lucie chante la partie grave si efficacement qu’elle sonne parfois comme une voix masculine, Élisa assure la partie aigüe et Juliette qui tient le violoncelle intervient parfois pour compléter le spectre. On notera aussi que le groupe a revu sa copie tout en gardant son identité (surement pour maintenir son succès commercial) en intégrant plus d’éléments hip-hop et électro dans son show. Le résultat est plus que satisfaisant et le groupe emmène le public sans difficulté, autre que les habituelles relances sporadiques de la foule.

On ne peut ignorer le frisson qui parcourt notre épine dorsale quand résonne l’intro de « L’école du micro d’argent » d’IAM. Les parrains du rap français sont en forme et il nous semble qu’ils sont là pour donner une leçon de punchline à tous les aspirants rappeurs. Ce qui frappe en écoutant en live les titres mythiques du groupe phocéen, c’est la finesse de leur écriture (et non, nous ne dirons pas que le rap c’était mieux avant). Chaque chanson est un hymne potentiel, avec son refrain et un thème bien précis : « Petit frère », « Je danse le Mia », « Elle donne son corps avant son nom », « L’Empire du Côté Obscur », etc. Les morceaux d’IAM sont finalement assez pop dans ce sens et élèvent le groupe au niveau des plus grands auteurs français. Les voix d’Akhenaton et Shuriken n’ont pas pris une ride, ils se croisent sur scène et rappent parfois à l’unisson. Les instrus mythiques de DJ Kheops nous comblent et déclenchent les vivats de la foule à chaque nouveau titre.

Nous sautons une génération de rappeurs pour arriver directement à Orelsan. L’homme déclenche une ovation unanime lorsqu’il arrive sur scène et pour cause, on ne compte plus ses hits. De « Perdu d’avance » à « La fête est finie », il laisse derrière lui une suite de titres forts qui à l’image de ses modèles (IAM entre autres) s’attaquent à des sujets de sociétés et n’ont pas peur de mettre parfois les pieds d’en le plat. Démarche rare à notre époque, tant les artistes se voient exposés à de virulentes attaques lorsqu’ils brisent la fragile armure du politiquement correct (autre forme de totalitarisme qui s’ignore, si vous voulez notre avis, mais nous écrivons sur la musique, pas la sociologie politique).

Si le Caennais, diplômé de l’EM Normandie, est un lettré depuis ses débuts, son écriture s’est aussi bonifiée avec le temps. Le titre « Basique » porte un regard à la fois cynique et détaché sur les sociétés développées. « Tout va bien » peut lui être entendu comme un morceau énoncé par un père tentant de rassurer son enfant. Mais aussi comme une façon subtile du rappeur de sensibiliser son auditoire à la cruauté alarmante de nos sociétés et l’absence d’action de notre part à tous. Ajoutons que le Français a su évoluer depuis son premier long. Sans rester uniquement dans le rap, il a dans son dernier album intégré plus de chant par exemple. Sur scène, l’évolution se voit, son crew, comme il l’appelle lui-même, est composé d’un line-up assez typique du format pop-rock : guitare, basse, batterie et clavier. Cet ensemble lui donne une puissance quasi lyrique que d’autres artistes hip-hop n’ont pas avec une simple instru ou une équipe plus ramassée. Le rappeur met à plusieurs reprises ses musiciens en avant et valorise leur contribution. Chose qu’ils lui rendront bien à la fin. Orelsan nous gratifie d’un set traversant tous ses opus et termine même par un rappel improvisé sur « Basique », sans les lumières.

Twenty One Pilots, duo originaire de Colombus dans l’Ohio n’est plus à présenter, leur musique a tenu le haut du pavée dans les charts autour du monde, avec une recette imparable mélangeant électro, rock, hip-hop, pop actuelle, et la liste continue. Il est donc tout naturel qu’il soit ce soir accueilli généreusement par la foule parisienne. Les Américains commencent leur set très fort avec une débauche d’énergie explosive propre à ce genre de groupe (nos Français de Shaka Ponk ont un peu le même jeu de scène). La très heavy « Jumpsuit », une plus calme « Levitate » et le hit planétaire « Heathens », brillamment écrit. Déjà, la pluie vient mettre à l’épreuve notre désir d’assister au spectacle. La première averse de la journée passa vite et nous fûmes capables de passer au travers. Celle-ci est plus sournoise, elle semble un tantinet se foutre de nous, mère nature est plus forte, nous abdiquons. Nous écouterons le reste du set depuis un abri.

C’est sans aucun doute la Skeletøn Clique, fan-club (hardcore) du groupe, qui reste au pied de la scène. Les Twenty One pilots déroulent une petite dizaine de morceaux, passant en revue leurs différents albums et EPs. Et finissent par un rappel, audacieux dans ce type d’évènement, avec « Chlorine » et la très dance « Trees ».

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