[Live] Festival Aurores Montréal 2019

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Les premiers vrais froids hivernaux ont enveloppé Paris. Fort à propos pour un festival de musique célébrant la culture du Québec. Durant huit jours, la septième édition du festival parisien investit une dizaine de lieux de la capitale, de la très pop Maroquinerie à la très (très) huppée Salle Pleyel, en passant par une patinoire du 19e arrondissement. Concerts, rencontres et conférences font se rejoindre deux figures de proue de la francophonie. indiemusic se rend à La Maroquinerie et à la Bellevilloise pour assister aux performances de la crème de la musique québécoise : jeune pousse à la conquête du monde et vieux briscards ayant fait leurs preuves (mais n’ayant pas dit leur dernier mot). Immersion.

Salomé Leclerc – crédit : Marylène Eytier

Premier soir à la Maroquinerie : Salomé Leclerc, Palatine et Louis-Jean Cormier

Après un rapide discours d’ouverture par les deux instigateurs du festival (le créateur français et son homologue québécois), Salomé Leclerc s’installe sur scène. Équipée d’une belle Epiphone Sunburst, elle est accompagnée d’un batteur à sa gauche (qu’elle ne manquera pas de mettre en avant à plusieurs occasions). Elle ne s’embarrasse pas de formalités et se lance directement dans « Entre ici et chez toi », titre lascif issu de son album « Les choses extérieures » sorti en 2018 chez Audiogram (légendaire maison de disque québécoise). Elle enchaîne avec « Dans une larme ». La jeune femme sortit son premier opus en 2011, elle propose ce soir un blues rock contemplatif et éthéré. Pas d’acrobaties techniques dans son jeu de guitare, plutôt de gros power chords juteux administrés d’une main droite de fer. Ils s’enchâssent dans les rythmes de batterie à merveille. Tout de noir vêtue, elle sait faire bouger son instrument et lance quelques regards d’acier vers la foule (captivée) quand elle laisse résonner un accord.

« La fin des saisons », « Des plumes et des ombres », la chanteuse sait aussi planter le décor avec ses textes, que déroule un joli grain de voix suave. Elle interprète plus tard un medley très touchant de sa chanson « Entre parenthèses » et du « Famous Blue Raincoat » de son défunt compatriote Leonard Cohen. Moment de grâce et bruissement ému dans l’assistance. Les influences sont identifiées.

Bref détour par le bar et nous reprenons place pour écouter Palatine, groupe hexagonal inclassable. Emmené par un chanteur-guitariste aux faux airs de Jason Momoa français (sauf que ce dernier joue de la basse pas de la guitare), la formation folk rock mélange élégamment acoustique et électrique, avec notamment l’utilisation d’une contrebasse sur la plupart des titres. Les textes de Vincent Ehrhart-Devay, énigmatiques et poétiques, regardent vers les auteurs français du XIXe ; la musique, quant à elle, pencherait plus vers le sud des États-Unis. Ce que confirme le morceau « Bâton-Rouge », tiré de leur EP du même nom. Mais aussi les arrangements des chansons tirées de leur album « Grand Paon de Nuit » qu’ils nous interprètent ce soir. Performance agréable et univers authentique, on appréciera la voix claire et haute du chanteur qui divertit son auditoire avec des interventions entre les morceaux.

C’est au tour de Louis-Jean Cormier d’investir la scène. Mastodonte musical au pays des caribous, le chanteur québécois fut guitariste du groupe Karkwa, actuellement inactif. Il s’illustre en solo depuis 2012 avec un premier album intitulé « Le treizième étage ». De passage dans la capitale pour teaser son nouvel album à paraître début 2020, l’homme ne cache pas sa joie d’être sur la scène de la Maroquinerie et semble être comme à la maison. Son micro étant trop loin de ses deux musiciens, il s’exclame : « Je me sens seul là, on est trop loin, ils ont voulu me cacher derrière les enceintes ?! ». Et l’auditoire de s’esclaffer. Après quelques menus réglages donc, il déclenche les hostilités. Il présente des morceaux du long format à paraître. « 100 mètres » dont chaque fin de couplet est ponctuée d’un « mon rêve américain, c’est celui qui m’amène à toi » et suivi d’un break instrumental ou les trois musiciens se rapprochent et jouent en se regardant comme pris dans une transe musicale. « Croire en rien », morceau sur la religion qu’il dédie à son père, très pratiquant. Le texte est très touchant. Il nous fait nous interroger sur l’époque dans laquelle nous vivons et aborde de façon adroite la spiritualité. L’artiste semble dire qu’elle peut exister en dehors du dogme.

La façon très hendrixienne de jouer de la guitare sur ce titre, mais aussi le chant parfois très soul de Louis-Jean Cormier, nous démontre que les Québécois sont les francophones les plus doués quand il s’agit de marier musicalité anglaise ou américaine avec poésie en français. Nous en parlions d’ailleurs avec l’intéressé plus tôt dans la journée (interview à venir dans nos colonnes, patience). Plus tard, le chanteur nous interprète « Je me moi » seule chanson (engagée) de l’opus à paraître, officiellement présente sur la toile. Celle-ci parle des tendances cruelles que développent certains internautes quand il s’agit de donner leur avis sur tout et n’importe quoi, sur les réseaux sociaux. Au milieu de « Tout le monde en même temps », il s’interrompt et s’exclame : « Il y a trop d’accords dans cette chanson. Non c’est vrai … ! » Ce qu’on croit être un caprice de diva est en fait une pause stratégique pour faire enfler de suspens. Quand il reprend, de concert avec ses musiciens, la salle s’embrase.

Étant tête d’affiche de la soirée et dernier à passer sur scène, LJC a le loisir de s’adonner à l’exercice du rappel. Ce qu’il fait bien volontiers en lançant une boutade : « on en fait une seule … mais elle va durer 20 minutes ». Rires dans l’assemblée. Belle performance et fin en beauté. Homme de scène impeccable et interprète généreux, l’artiste sort de scène sous une (deuxième) salve d’applaudissements.

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