[Live] Levitation France 2024

Samedi 25 mai : Hayden Besswood, DAIISTAR, Melts, Hooveriii, Ghostwoman, Deap Vally, Rendez Vous, Lysistrata, Fat White Family et Hint

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C’est aux voisins nantais d’Hayden Besswood que revient l’honneur d’ouvrir cette seconde et dernière journée de Levitation. Avec ses couches d’orgue « feel good » et ses guitares claires aux accents lounge, la soft pop psyché du combo emmené par Quentin Le Gorrec parvient à nous faire oublier un court instant  la grisaille bétonnée du parking du Chabada. Visions furtives de plages de sable fin, de palmiers, de cocktails… Un peu comme si Tame Impala, en 2024, devait se passer totalement de ses machines.

Que serait Levitation sans son (ou ses) groupe(s) d’Austin ? L’invité texan de cette année a pour nom DAIISTAR. Une pincée de psyché-noise à la sauce 90’s, de stoner et de post-punk, et le tour est joué ! Mélodies rampantes, chant trainant à la Liam Gallagher, basse caverneuse et son massif : la séduction opère d’entrée.

Une combinaison psyché-post punk reprise au cours de l’heure suivante par les Irlandais de MELTS, mais sur un mode légèrement plus « rock héroïque » et balourd. Les bras tendus vers le ciel, le chanteur Eoin Kenny fait preuve, certes, d’une belle présence sur scène, mais les effets électro saupoudrant certains des morceaux associés à des amplis poussés au max font un peu cache-misère… De belles intentions, quelques fulgurances, mais finalement un son et des compositions manquant un peu de relief. À réécouter sans doute sur disque.

Le temps d’interviewer Hint, programmé en toute fin de soirée, et voilà le set des Californiens de Hooveriii déjà terminé… Du psyché pur jus, nous dira-t-on un peu plus tard, inventif, groovy, et responsable d’un pogo mémorable au sein des premiers rangs.

On ravale néanmoins vite nos regrets grâce aux Canadiens de Ghostwoman, formule duo « un gars / une fille » à la White Stripes, mais en version psyché et nettement moins bavarde au chant. Evan Uschenko (chant volontairement plat et froid, guitare et bonnet rouge orangé à la Commandant Cousteau) et Ille Van Dessel (batterie-marteau-pilon et chant) font le job, transportant tour à tour le public vers de contrées blues, heavy, stoner, bluegrass…

Vous reprendrez bien une louche de duo guitare-batterie ? Dans la foulée des Canadiens, et dans un registre nettement plus punk et spectaculaire, les Californiennes Lindsey Troy et Julie Edwards, alias Deap Vally, donnent quant à elles dans le blues bien déglingué, voire dans le Cramps ultra speedé. Le duo a annoncé sa séparation à l’amiable à l’issue de ses derniers concerts en Europe et donne ce soir le meilleur de lui-même. « It’s a fucking pleasure to be there, you spicy and sexy french people ! », miaule Troy, avec ses intonations à la Janis Joplin et sa tenue à franges roses du plus bel effet ! Le léger vent de folie qui n’avait jusqu’alors que trop rarement soufflé sur la soirée serait-il enfin là ?

Sans doute si l’on en croit l’enthousiasme des premiers rangs pour l’arrivée sur la scène Réverbération des Parisiens de Rendez-Vous. « On n’a jamais une idée précise de ce que l’on veut faire », expliquait le mois dernier le clavier Elliot Berthault à un journaliste des Inrockuptibles. « On teste des trucs sur une guitare et un synthé, on ajoute différentes couches de son et, généralement, une fois que Francis a posé sa voix, on comprend là où on veut aller… » Voilà, tout est dit…  Du punk hardcore qui ne va nulle part, sans réelle faiblesse, mais dont on attendait tout de même plus de la part d’un groupe passé par toutes les cases ; new wave, cold, post-punk, depuis ses débuts en 2012. Pas sûr que l’on ait envie d’attendre la prochaine « mue »…

Dans la famille « je sais jouer vite, fort et bien tout en brouillant les pistes », les Lysistrata, eux, s’en tirent ce soir haut la main avec leur mélange d’emocore, de grunge 90’s et de psyché… Une prestation intense, tout en montagnes russes, mais sans doute un poil trop démonstrative.

Et enfin… Enfin… Le miracle fut : à 22h40 pile, les doux dingues londoniens de Fat White Family entrent en scène sur le « Angel » de Robbie Williams et remettent les compteurs rock à zéro. Bien que cramé par les excès en tous genres et au bord de la désintégration lors de l’enregistrement de son dernier album, le gang de Brixton nous réexplique tout bonnement ce soir ce que le rock doit être et doit rester s’il ne veut pas crever à petit feu: insaisissable, inventif, aventureux, inquiétant, arrogant, décadent, dangereux, second degré, protéiforme, roublard… Lias Saoudi, crooner punk en costard blanc et adepte des bains de foule, délivre ce soir une prestation d’une classe exceptionnelle sur laquelle plane l’ombre et l’esprit du Iggy Pop de la période « The Idiot ». « Heaven on Earth », « Visions of Pain » « Religion for One » : les pépites s’enchainent, mélangeant cabaret, électro, pop disco foutraque et punk symphonique jusqu’au final, « Work », extrait du dernier LP en date. « Une chanson fustigeant le monde du travail, ironisait un peu plus tôt backstage Saoudi ; écrite par mon frère Nathan, qui n’a jamais bossé de sa vie, et qui depuis qu’il a quitté le groupe a dû se trouver un vrai boulot ! ».

Rude tâche, enfin, pour les inclassables angevins de Hint que de conclure la soirée dans la foulée de ce qui restera de l’avis de beaucoup le meilleur concert du festival. Une relecture live de leur « 100% White Puzzle » plus tard, le duo Arnaud Fournier-Hervé Thomas ressort de scène satisfait, tout comme les derniers spectateurs d’une onzième édition « chabadesque », et ce sans doute pour la dernière fois.


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Sébastien Michaud

Journaliste radio sur Angers depuis une vingtaine d'années et auteur de biographies rock aux éditions du Camion Blanc.