Vendredi 24 mai : Fragile, Sweeping Promises, Upchuck, O., The KVB, Sleaford Mods et Acid Mothers Temple
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Et pour écouter les potes aussi : si c’est encore un public clairsemé qui se présente face à la scène Élévation en ouverture de cette première journée, le « fan club » de Fragile, les locaux de l’étape, est bien présent, venu applaudir la performance punk-hardcore de Baptiste, Josic, Jean-Baptiste, Manuel et Félix. Hardcore ? Formé il y a deux ans, le jeune combo angevin signé chez Nineteen Something sait déjà faire preuve d’une belle maturité, évitant le piège de la surenchère sonore grâce à quelques respirations bienvenues durant lesquelles Baptiste, le chanteur, finit par se briser la voix en mode quasi a cappella. « Ça nous saoulerait très vite si on jouait tout à bloc », confirme le groupe backstage ; « on a besoin de ce côté montagnes russes. C’est comme ça que l’on accroche le public. » Un public, au sein duquel « tonton » Éric Sourice, ex-guitariste-chanteur des Thugs et boss de Nineteen Something, observe son neveu de batteur d’un œil sans doute aussi bienveillant que professionnel. « Si notre musique ne l’avait pas intéressé dès le début, on aurait sans doute galéré pour sortir ce 1er EP ailleurs que sur son label », admet Félix ; « mais il a aimé et a été d’une grande aide pour nous ! ».
Pour succéder à cette joyeuse bande de pistonnés (on rigoooole !), dans un registre nettement plus pop, les Américains de Sweeping Promises nous offrent sur la scène Réverbération une belle tranche de post-punk survitaminé. Des compos sans fioritures, ultra efficaces, aux mélodies anguleuses, sur lesquelles plane par instants l’influence de Parquet Courts. Et pas de frime côté look pour Lira Mondal, la chanteuse-bassiste, parfaite candidate pour un rôle de secrétaire latino dans un vieil épisode de Colombo.
Back to the 90’s en revanche, non pas côté look, mais côté influences, pour la fusion hardcore de Upchuck et son avalanche de guitares fuzz. Une sorte de Rage Against the Machine en version nettement plus punk, noisy et bordélique.
Évidemment, après cela, la redescente est sévère pour le concert des Londoniens de O. et leur audacieuse, voire trèèès aventureuse formule batterie-saxophone. Et bonne chance également, avec un nom pareil, pour retrouver la trace du groupe sur Internet, comme l’avoue lui-même sur scène Joe Henwood ! Un set 100% instrumental jouant sur les dissonances, les ruptures, combinaison d’influences math-rock, metal, jazz, drum’n’bass… Bref, un concept que l’on qualifiera, pudiquement, d’« exigeant » pour les oreilles les moins expertes.
Soleil couchant sans nuages au-dessus du parking du Chabada, mais ambiance nettement plus dark sur la scène Élévation pour la prestation de The KVB. Le duo anglais composé de Nicholas Wood et Kat Day offre aux ex-corbeaux cinquantenaires (et plus) du public un retour inespéré vers les années 80. Leur new wave réfrigérée teintée de shoegaze, à base de synthés vaporeux et de guitares gorgées de réverb’ (hello Robert Smith !), fait mouche, évoluant en fin de set vers des contrées plus électro-dance. On aime.
Foule compacte, quelques minutes plus tard, pour l’arrivée sur la grande scène de fuckin’ Sleaford Mods. Soooo british ! Évidemment, pour les plus rockeurs du public n’ayant jamais vu sur scène fuckin’ Jason Williamson (flow rageur, charisme monstre) et fuckin’ Andrew Fearn (génial barbu-branleur en charge des compositions et virtuose de la touche « play » sur Mac pour lancer les morceaux), le choc est fuckin’ rude. Du moins si l’on s’en tient à une certaine fuckin’ idée, de plus en plus obsolète avouons-le, de la fuckin’ musique dite jouée « en live ». Tout dans le show du duo de fuckin’ Nottingham, ce soir, inspire à la fois une vraie envie de s’esclaffer et le respect le plus profond. Une formule « take it or leave it » : de l’électro punk hip-hop gavé de textes au vitriol et dont l’efficacité et le succès sur scène tiennent à 99,9% au phrasé dément de son aboyeur-chanteur-acteur en chef. Une heure et quart de pure tchatche durant laquelle Williamson peinerait presque à capter toute l’attention du public, tant la « performance » de Fearn à ses côtés s’avère aussi hilarante que surréaliste. Un Fearn se trémoussant mollement en short-claquettes-chaussettes, verre de whisky à la main, et dont les « chorégraphies » feraient passer Bez (l’ex-danseur défoncé notoire des Happy Mondays… Tiens tiens, encore des lads du Nord…) pour un disciple de Noureev. Du grand art, jusque dans leur reprise déjantée et bien moins second degré qu’on ne pourrait le penser du « West End Girls » des Pet Shop Boys.
Après une telle démonstration de force et d’efficacité, difficile, dès lors, de s’enquiller en clôture de cette première soirée les délires cosmico-bruitistes ultra perchés des Japonais d’Acid Mothers Temple, seul groupe symbolisant pourtant réellement l’esprit psyché originel de Levitation.
Bonne nuit les petits.













































































































































