[Live] Les Nuits de l’Alligator au Chabada

Samedi, pour sa dixième édition, le festival itinérant « Les Nuits de l’Alligator » passait par Angers et le Chabada pour nous délivrer une généreuse dose de rock’n’roll et de blues. Et y’a pas à dire, la cuvée 2015 avait tout d’un millésime, tant une fois débouchée, elle fit des miracles sur scène.

Heavy Trash © Fred Lombard

Annoncé en tête d’affiche, on ne pouvait pas manquer Heavy Trash, formé autour des légendes new-yorkaises Jon Spencer (de The Jon Spencer Blues Explosion) et Matt Verta-Ray (Speedball Baby), mais on se serait mordu les doigts tout autant si on avait manqué les prestations du reste de la troupe : le Canadien Bloodshot Bill venu en renfort d’Heavy Trash à la contrebasse, assurant également les transitions entre chaque concert, le trio suisse Duck Duck Grey Duck dont le premier album sortait début février et l’attachant duo formé autour des deux néo-Orléanais Sarah McCoy et Alyssa Potter. Retour en mots et en images sur cette épatante soirée.

Tout commence devant le stand de merchandising où le plus Ricain des Canadiens, Bloodshot Bill, cheveux plaqués en arrière à l’aide d’un pot entier de gomina, dégaine son rockabilly hérité du King, devant un public disposé en arc de cercle très serré, face à un bar encore un poil bavard. Interlude plus que véritable concert, Bill (Derek de son vrai nom) nous joue quelques titres de son nouvel album « Shook Shake! » à la guitare et au micro, branché sur un haut-parleur portatif.

Une voix de crooner d’une autre époque, une étonnante classe ; on n’aurait pas été étonné de le voir surgir d’une télévision en noir et blanc. Bloodshot Bill, c’est finalement un rockabilly campagnard à la sauce « hillbilly », décomplexé, détendu et surtout dépaysant. D’Angers à Memphis, la route n’aura jamais été aussi directe.

Après ce court intermède, Duck Duck Grey Duck nous accueille chaleureusement dans la grande salle. Formé par le charismatique et souriant chanteur et guitariste Robin Girod, à la touffe capillaire digne de Tahiti Bob, par l’impassible bassiste Pierre-Henri Beyrière, et l’énergique batteur Nelson Schaer, le trio suisse revisite en live et en lecture aléatoire son disque « Here Come… » fraîchement sorti de chez le presseur.

Fort d’un héritage rhythm’n’blues, Duck Duck Grey Duck combine énergiquement les phases blues, psychédéliques, et surf pop de son set pour nous offrir un live accrocheur, séduisant et terriblement entraînant. Certains singles de l’album se détacheront ce soir-là en particulier du set ; « Mexico » en tête, déconcertant d’aisance, le psychédélisme embrasé d’ « Ice Cream », le blues hypnotique de « Spills and Chills » et la géniale conclusion du set sur « Like a Bird ». Du blues encore, mais surtout du groove ! On aura vraiment apprécié la complicité et la sincérité des trois musiciens, ravis de partager cette tournée avec leurs potes nord-américains sur quelques dates, ainsi que l’excellente reprise très électrique du « Au pays des merveilles de Juliet » d’Yves Simon.

S’ensuit le concert de l’époustouflante chanteuse et pianiste Sarah McCoy, accompagnée de son amie Alyssa Potter au glockenspiel.
Diva complètement barrée, sorte d’Ursula dans la Petite Sirène en pleine gay pride, habillée de longs voiles, de dreadlocks colorées en rose et bleu, le front, les yeux et les lèvres pailletées de fluo, les jambes enchâssées dans un collant multicolore et des bottes blanches, on n’oublie pas facilement un tel personnage ! D’autant plus quand on découvre sur son bras gauche le tatouage, franchement réussi, de Jurassic Park. Mais pourquoi en rester au personnage quand c’est d’abord la voix et la personnalité extravagante de la musicienne qui valent surtout le détour ?

Sur un piano poussiéreux, ce sur quoi elle n’hésitera pas à plaisanter en tout début de set, Sarah nous remuera de l’intérieur avec sa voix de blueswoman, bouillante et légèrement éreintée, rappelant à chacun celle d’Amy Winehouse. Jouant même avec le clapet du piano en guise de percussion, jamais éloignée de sa bière, voire de la bouteille de Scotch, traînant sous son siège, Sarah McCoy épate par la justesse et l’émotion vive de son répertoire, qui nous ferait presque oublier la discrète Alyssa Potter faisant des bulles de savon et croquant des bonbons pour imiter le son de l’hiver.

En conclusion de ce passage sur scène, Sarah se jette à terre pour porter sur ses jambes sa complice et grande copine, pour un dernier morceau au glockenspiel (maintenant à hauteur grâce aux membres de Duck Duck Grey Duck) et à la guitare, jouée dos contre le sol. On n’a décidément pas fini d’être surpris !

Après un très court interlude proposé par Bloodshot Bill, le duo Heavy Trash monte sur scène en formule à quatre, accompagné par Samy Baker à la batterie et Bloodshot Bill (encore lui) à la contrebasse.
Plongé dans le noir (on y verra ou non un clin d’œil au titre du futur album), sinon éclairé très partiellement par des lumières rouges et bleues tamisées au maximum (selon la volonté du prophète Spencer – entre nous, fort dommage, car on profite difficilement du show dans de telles conditions), le concert sera dompté, sinon dominé par un Jon Spencer énergique et sûr de lui, et pour qui le rock’n’roll rime forcément avec une véritable présence scénique.

Gesticulant avec la fougue et l’entrain d’un jeune homme, le leader du Blues Explosion n’a pas fait les choses à moitié, rappelant même parfois, autant par sa silhouette que ses postures, un certain Johnny Cash. Tout au long d’un set de quatorze titres, lui et sa bande ont décliné avec maîtrise un show brut, bien plus échaudé que sur disque et nous offrant quelques beaux moments de swing et de groove, comme l’a prouvé le dément « The Loveless ».

Signe de la belle complicité entre les différents artistes, on retrouvera toute la troupe des Nuits de l’Alligator sur scène pour un dernier morceau : Sarah McCoy au piano, avec qui Jon viendra tenir une conversation très salace et hilarante à ses côtés, et les Duck Duck Grey Duck, tous trois aux percussions pour un dernier grand moment sur le titre « Kings ». Pas de doute possible, les rois et les reines de la scène, c’était bien eux hier au Chabada. Formidable soirée pour et par ceux qui aiment le blues.


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