[Live] La Route du Rock 2018

Dimanche 19 août 2018

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Dimanche 19 août 2018

Jambes lourdes et yeux cernés pour les noctambules les plus acharnés du festival malouin. Pour entamer cette 3e et dernière soirée, Kyle Thomas, allias King Tuff, offre une remise en forme progressive à base de pop groovy et légèrement psyché. Rien de révolutionnaire, ni de déplaisant non plus, avec une mention spéciale tout de même pour le magnifique costume rayé de notre homme, assorti d’une casquette à la sobriété rappelant les plus beaux couvre-chefs d’Elton John !

King Tuff – crédit : Nicolas Joubard

Question glamour, la redescente se fait sévère avec Protomartyr. Quatre ans après son premier (et déjà très remarqué) passage au festival, le combo de Détroit revient cracher à la face du public son venin post-punk avec une force et une détermination qui forcent le respect. Un rock menaçant, fonctionnant sur une tension permanente, tantôt incandescent, tantôt froid comme la glace, un peu comme si Joy Division jammait avec les Stooges. C’est paradoxalement l’absence totale de jeu de scène qui fait encore, ce soir, la force de Joe Casey et de son groupe. Fixant de manière impassible les premiers rangs derrière ses lunettes noires, raide comme la mort, le chanteur dégage un magnétisme incroyable et récolte la palme de la déclaration la plus honnête et définitive du festival : « on va jouer nos trucs et finir le plus bourré possible… ».

Protomartyr – crédit : Nicolas Joubard

Une résolution sans doute aussi appliquée à maintes reprises, par le passé, par le regretté Serge Gainsbourg. Ce soir, Charlotte Gainsbourg rend bien sûr hommage à « l’homme à tête de chou » (« Charlotte Forever », « Lemon Incest »), mais défend aussi avec brio, appuyé par un son excellent, les titres de son dernier opus solo. Entamé sous une petite bruine, heureusement vite évacuée, son set s’articule autour d’une habile scénographie faite de panneaux de néons s’emboîtant les uns dans les autres. Quasi Kraftwerkien pour tout dire, même si l’ombre de Giorgio Moroder plane aussi sur l’orchestration électro-disco de certains morceaux.

L’histoire de Superorganism est mimi tout plein, mais suffit-elle pour justifier leur présence au sein d’un grand festival, aussi « indé » soit-il ? Huit jeunes musiciens venus d’Angleterre, du Japon, de Nouvelle Zélande ou d’Australie, investissant une grande baraque londonienne pour la transformer en home-studio et temple du « Do It Yourself ». Ce qui en ressort ce traduit ce soir, sur la scène des remparts, par une électro pop insouciante mais molle du genou, gavée de samples, certes sans doute amusante pour eux à composer par échanges de fichiers audio, mais bien avare en mélodies potables. Rajoutez à cela le chant nonchalant d’une petite Japonaise à la voix très limite, ses longs bavardages infantilisant entre les morceaux, des chorégraphies un poil nunuches, et vous obtiendrez la hype du moment…

Superorganism – crédit : Nicolas Joubard

Les Versaillais de Phoenix, eux aussi, ont fait de la « musique pour gens heureux » leur fond de commerce… Au détail près que celle-ci donne lieu ce soir à un des meilleurs concerts du festival. Le plus gros cachet de la Route du Rock 2018 a mis le paquet côté lightshow et mise en scène, mais aussi côté tubes (« Lisztomania », « Too Young », « 1901 », « If I Ever Feel Better »), ne jouant au final que trois titres de « Ti Amo », son dernier album en date. Un disque aux parfums de dolce vita mis tout de même en valeur par le biais de magnifiques projections en arrière plan : le Colisée, la fontaine de Trevi… C’est beau, apaisant et intemporel, tout comme d’ailleurs la reprise du « Playground Love » de leurs potes de Air. Un sans faute.

Phoenix – crédit : Nicolas Joubard

Sur la scène des Remparts enfin, précédant les sets électro de clôture de Jungle et The Black Madonna, les Californiens de The Lemon Twigs sont les derniers à brancher leurs guitares. Comme sur disque, Michael et Brian D’addario, 40 ans à eux deux malgré leurs pantalons pattes d’eph’, chemises en satin et coupes de cheveux seventies, nous délivrent une habile resucée de glam rock et de vieux doo-woop. Rien de nouveau sous le soleil, mais tout cela est si magnifiquement exécuté que l’on en oublierait presque les problèmes techniques à répétition et les coups de gueule échangés en début de set par les deux frangins. Ce soir, le duo délaisse un peu son premier album pour offrir au public de larges extraits de son nouveau disque-concept, sorte d’opéra-rock mettant en scène l’histoire d’un chimpanzé envoyé à l’école… Audacieux, ambitieux et atypique. À l’image du festival…


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