[Live] La Route du Rock 2018

Samedi 18 août 2018

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Samedi 18 août 2018

C’est à Cut Worms que revient l’honneur d’ouvrir cette seconde journée de la Route du Rock. Concert sans surprise pour l’Américain Max Clarke et ses musiciens, projetant durant une quarantaine de minutes le public de la scène des Remparts dans une faille spatio-temporelle. On s’imagine presque un demi-siècle plus tôt, en chemise hawaïenne, au volant d’une Cadillac, montant le volume de l’auto radio, un milkshake posé sur le siège passager. Les amateurs de Buddy Holly ou des Beach Boys, évidemment, sont aux anges.

Succédant à cette sympathique mais dispensable bouffée de nostalgie, sur la scène du Fort, Josh T.Pearson réussit dans un registre country/folk/americana à imposer un silence religieux au sein du public, ce qui à l’heure de l’apéro tient quasiment de l’exploit. L’ex-leader de Lift to Experience confirme ce soir encore sa réputation de parfait conteur électrique (non, ne cherchez pas la faute d’orthographe) et de type « à la cool ». « Pas de panique Monique, relax Max ! », lance le Texan entre deux morceaux. Pas sûr de bénéficier de telles trouvailles linguistiques chez Ben Harper ou Springsteen…

Josh T.Pearson – crédit : Nicolas Joubard

De retour sur la scène des Remparts, Jonathan Bree tente sans grand succès de faire oublier l’annulation de John Maus. De la « pop masquée », indique un flyer trouvé sur un coin de bar. On ne saurait dire mieux, effectivement… Dissimulant son visage sous une bande de tissu blanc, le néo-zélandais évolue aux côtés de musiciens et danseuses eux aussi entièrement masqués, diffusant une sorte de cabaret-rock aux accents profondément mélancoliques. La voix est belle, mais l’aspect ultra théâtral de sa prestation et les chorégraphies au ralenti des deux demoiselles semblent avoir hélas du mal à capter l’attention du public. Passionnant sans doute pour les fans transis du premier rang. Opaque et assez soporifique pour les autres.

Jonathan Bree – crédit : Nicolas Joubard

Dès lors, rien de tel qu’une légende pour fédérer tout ce beau monde. « Jérusalem devrait être une capitale libre et neutre! ». Combien d’artistes rock sont capables d’entamer leur concert avec ce type de revendication sans prendre le risque de passer pour Bono, à l’exception de Bono lui-même ? Tout ce soir, dans les mots, les regards et le chant de Patti Smith transpire d’amour, de ferveur et de sincérité. À 71 ans, la pionnière du punk new-yorkais (attribut réducteur, convenons-en, pour un tel personnage) délivre un concert à la hauteur de son talent, immense. Une Patti Smith aussi perfectionniste que respectueuse de son public, n’hésitant pas à stopper puis reprendre « Dancing Barefoot », d’abord chanté dans la mauvaise tonalité. Aucun flottement en revanche, avec cette voix intacte et toujours synonyme de grands frissons pour « Because The Night » (dédié à son défunt compagnon Fred Smith, ex-guitariste du MC5), « People Have The Power » ou le « Can’t Help Falling in Love » d’Elvis. « Même si tout semble foutu dans ce monde, je me sens heureuse ! », lâche Smith avant d’entamer « Gloria ». Faudrait-il donc se résigner à ce « no future » ? Repris à la surprise générale en début du concert, le « Beds are Burning » de Midnight Oil s’était déjà chargé de fournir la réponse…

Patti Smith – crédit : Nicolas Joubard

Pas évident d’enchaîner après un tel concert. L’inclassable Ariel Pink s’en tire pourtant haut la main. Durant une heure, notre homme parvient à captiver la foule en jonglant avec les styles, usant parfois de gros effets pompiers mais indéniablement efficaces. Les amateurs de grands tubes pop de 3 minutes restent évidemment sur leur faim au vu du talent du Californien et de ses musiciens pour brouiller à plusieurs reprises les pistes au sein d’un même morceau. Sa musique tire la langue à la notion de bon et mauvais goût, évoquant tour à tour le glam de Roxy Music et Gary Glitter, Gary Numan ou même du Duran Durant testostéroné, le tout saupoudré d’une bonne dose de punk garage et de quelques effets psyché. Coloré, criard, foutraque et assez génial au final.

Ariel Pink – crédit : Nicolas Joubard

La fin de soirée, elle, laisse le choix entre les files d’attente interminables aux food trucks et l’absorption de boissons énergisantes, histoire de survivre aux quatre heures de DJ sets électro proposées par Nils Frahm, Ellen Allien et Veronica Vasicka.

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