[Entourage #62] Kosmo et Suna (KosmoSuna)

L’univers de KosmoSuna est un tout mouvant et mystérieux, tant il attire dans les vapeurs étranges de ses digressions sonores organiques et électroniques, dans les couleurs oniriques de son imaginaire décalé. L’entité entretient d’ailleurs une confusion des époques et se joue des espaces-temps, créant des ponts entre mysticisme, animisme et technologie. Depuis la sortie de l’EP « Théiaphée Part I » en début d’année, les éléments s’alignent parfaitement, leur ouvrant les portes d’une nouvelle étape dans leur ascension médiatique. Voilà certainement le bon moment pour demander aux deux complices que sont Kosmo (chanteur.se, auteur.e-interprète) et Suna (pad, percussions, composition, MAO), âmes fraternelles et créatives du groupe, de se projeter dans l’exercice « Entourage », histoire de nous aider à mieux situer leur environnement créatif et artistique.

crédit : Janine Kuehn pour « Maison Taskin »

Wild Anima

Kosmo : La première fois que j’ai rencontré Wild Anima, c’était en 2013, l’époque où je vivais à Bristol en Angleterre. Elle « busker » dans la rue avec son projet de l’époque : KuroSound et je me suis naturellement connecté.e à son univers. Sans échanger nos contacts, nous nous sommes souvent croisé.es en ville. Un jour, en partant enregistrer le morceau « Le Cri des Baleines » (une musique que j’avais écrite et composée avec le producteur bordelais Askwhy Beats), je la rencontre et lui propose spontanément de m’accompagner. C’est là qu’elle a posé sa voix, en créant ce qui est devenu le refrain du « Cri des Baleines ». Un partage humain et artistique commença. J’ai découvert auprès d’elle, un de mes instruments de prédilection : le looper. Wild Anima m’a invité dans son univers : ensemble nous avons monté le groupe de spiritual pop Wild and the Fox. C’était un projet très libre, notre premier terrain de jeu et d’expérimentation. Nous nous produisions entre la France et l’Angleterre, la plupart du temps dans des lieux alternatifs. Sans aucun but précis, simplement pour vivre le moment présent et le partager. Nous avons beaucoup déconstruit ensemble. C’est là que Suna nous a rejoints sur quelques dates. Le projet s’est terminé en 2015 afin que nous puissions toutes et tous poursuivre pleinement notre singularité artistique. Depuis 2017, nous cultivons la connexion Wild Anima – KosmoSuna avec les soirées Shakti Electric au célèbre bar LGBTQ+ de Lille, Le Liquium. C’est une soirée de performance live qui vise à unir musicien.nes, DJs, artistes, poète.sses de tous les genres, qui célèbrent, manifestent ou sont directement inspiré.es par « l’énergie divine féminine ».


XIII

Suna : Avec XIII nous nous sommes rencontré.es via un pote, ils avaient monté un groupe et cherchaient un batteur, je les ai donc rejoints. De tout ça est né notre projet L’Envie, avec lequel nous nous sommes formés et avons découvert notre pratique musicale, essentiellement sur scène avec plus de 200 concerts. Actuellement, le projet est en pause, mais nous restons connectés et motivés pour partager notre vision de la musique : une vision singulière, animée par une volonté de diversité et de mix de styles. XIII propose en duo, avec le scratcheur de feu DJ Sebti, depuis septembre, un projet trap grunge à découvrir sur scène et sur le net : ça vaut le détour ! Pour les amateurs de hip-hop, ou de musique en général.


Madeleine119

Avec Madeleine119, membre du collectif Machine Sauvage et co-fondatrice du label Martine Ravage, nous nous sommes rencontrées par hasard lors d’un concert en 2015. Nous avons immédiatement sympathisé. Une semaine plus tard, nous présentions notre projet video live, « Kosmic Panda Blues », avec notre amie artiste-vidéaste Maïté Haddad. Madeleine 119 est venue, accompagnée de son partenaire musical. Tous les deux formaient à l’époque KOntrast : un projet protéiforme mêlant texte, musique électroacoustique et vidéo. Avec Suna nous avons accroché directement à leur electro down tempo, très progressive, trip hop et assez rock à la fois. L’univers sonore de Madeleine 119 est principalement électronique, ayant produit des lives dancefloor, techno, industriel. Tant influencée aussi bien par l’IDM, le breackcore que par le hip-hop, ses inspirations viennent d’Aphex Twin, Venetian Snares, Amon Tobin ou A Tribe Called Quest. Aujourd’hui, Madeleine 119 joue essentiellement un break ambient où elle pose sa voix, un genre de poésie sonore. Un style personnel où on entend résonner du Arnaud Michniak (ndr ex-Diabologum) ou encore du Bruit Noir. En 2016, de par sa formation de technicienne du son, elle nous a accompagnés sur le mixage de notre premier clip vidéo « La traversée de la chrysalide », c’est là que notre collaboration musicale a commencé et que nous sommes devenues amies. À l’occasion du festival audiovisuel Lille VJ Fest, organisé par Machine Sauvage, nous avons présenté notre première performance live à quatre : vjing, machine, batterie électronique et voix. Sa participation à l’arrangement de plusieurs de nos titres promet de belles collaborations, peut-être sur son label expérimental lillois Martine Ravage, ou en remix de notre prochain EP.


Drew Morgan

Kosmo : J’ai rencontré Drew Morgan au tout début, lorsque je me suis installé.e à Bristol en 2012. On allait dans le même lieu culturel, The Canteen, un super endroit dans le quartier de Stokes Croft où, tous les soirs, les scènes locales bristoliennes mais aussi internationales se produisent. Nous sommes d’abord devenu.es ami.es et il m’a vraiment suivi et soutenu dans mon parcours artistique depuis mes débuts à Bristol. En 2017, nous avons commencé à travailler avec lui sur la Part I de notre premier EP « Théiaphée » dont il a produit et arrangé les morceaux. C’est naturellement que nous avons voulu travailler avec lui : nous aimons beaucoup sa vision, ainsi que sa manière de produire. Il ne pourrait pas enregistrer un projet sans y mettre son empreinte et sa passion, il a une approche très organique. Avec Drew, nous entrons en fusion : c’est un véritable échange, il arrive à entrer dans l’univers de l’artiste sans le dénaturer, il nous a poussés à prendre des risques et à nous dépasser. Il a travaillé avec des artistes tels que Neil Davidge (Halo 4, Massive Attack) et Perfume Genius, des univers auxquels nous sommes particulièrement sensibles. Nous allons bientôt travailler et enregistrer la Part II de « Théiaphée » avec Drew, nous avons hâte !

Suna : Drew Morgan fait partie du trio post electronic jazz, Modulus III, groupe que nous avons découvert en live durant la release party de leur premier album à Bristol en 2017. Nous avons été scotché.e.s. Tu ne sais jamais à quoi t’attendre en allant voir Modulus III ; Drew y explore le danger et l’excitation de l’improvisation avec son violoncelle, il mêle ses racines en musique classique au chaos des synthétiseurs, claviers et batterie. Le manifeste musical de Modulus III est une réaction contre la tendance à la virtuosité pour l’amour de la virtuosité notamment dans le jazz moderne / nu jazz. Il est philosophiquement plus proche des aspirations du son post Sun Ra-esque, du post-jazz électronique des cadets de l’espace tels que The Comet Is Coming, des explorations hypnotiques-polyrythmiques de Steve Reich comme l’expansive esprit d’improvisation du Miles Davis du début des années 70. Ils font souvent de leurs concerts un moment unique de partage avec le public comme récemment, où ils ont joué avec le batteur live de Radiohead, Clive Deamer, ou encore en juin dernier, enregistré leur deuxième album en live au célèbre studio de Peter Gabriel, Real World. Si vous passez par Paris en octobre 2019, Modulus III se produira pour la deuxième fois à La Gare.


E B U

Kosmo : Nous avons découvert E B U à la célèbre soirée Queer Bristolienne, Thorny, portée par la rêveuse Joanna Bligh. C’était en juin 2017 au Cube Microplex où nous ouvrions la soirée ; E B U a joué après nous. Nous étions les premièr.es à être invité.es par Joanna Bligh, elle avait du coup pensé la soirée, à travers notre univers. Elle a sincèrement eu une bonne intuition, car nous sommes rentrées en connexion aux mondes d’E. B U. Nous avons depuis continué à garder un lien précieux, en nous partageant nos démos respectives avant de sortir nos versions finales. Pour fêter notre prochain mini-tour « E B U x KosmoSuna » en octobre 2019 en France et en Belgique, E B U a accepté de remixer notre titre Sunny Moon.


Au fil des expériences et des rencontres qui parsèment son parcours, c’est presque logiquement que KosmoSuna prenne une dimension collective aussi affirmée et aussi dense, à l’image des collaborations avec le CuntsCollective porté par l’artiste-performeuse Tone Haldrup Lorenzen depuis juin 2018, ou avec le collectif japonais de danse contemporaine Nephrite, porté par Aika Tsuchida et Takayoshi Tsuchida depuis juin 2019. La partie II de l’EP « Théiaphée » est actuellement en cours d’enregistrement. Elle devrait voir le jour début 2020 en version complète et physique regroupant « Théiaphée Part I + II ».

Vous pourrez découvrir KosmoSuna en showcase le vendredi 13 septembre 2019 à 16h dans le cadre du Crossroads Festival à la Condition Publique de Roubaix, mais aussi en concert en compagnie de E B U le 3 octobre 2019 au Café de Paris, une soirée organisée par le Collectif Pieg et le 12 octobre 2019 au Liquium Bar de Lille pour la Shakti Electric IV.

« Théiaphée Part I » de KosmoSuna est disponible depuis le 27 février 2019.


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