[LP] HOWLING – Colure

En 2012, un morceau intitulé « Howling » apparaît sur le web. Ce doux titre de sept minutes, mêlant une délicate voix accompagnée par une guitare acoustique et un beat électro finement maîtrisé, suscite l’intérêt de bien des oreilles, au point d’être repris lors de plusieurs DJ sets. Ce titre va donner naissance à un projet du même nom porté par deux artistes que tout aurait pu opposer et qui sont pourtant si proches. Après « Sacred Ground », leur premier album paru en 2015, HOWLING a pris le temps de peaufiner l’atmosphère de « Colure » pour éveiller nos soirées d’été.

Plutôt que de joncher l’album d’interludes, comme sur le précédent disque, « Colure » est encadré par deux ellipses (« Ellipses I » / « Ellipses II »), chargées de nous introduire avec délicatesse à l’univers à la fois sombre et lumineux que nous allons traverser une heure durant.

Car les deux artistes savent jouer des contrastes, s’appuyer sur leurs capacités personnelles et leurs goûts respectifs pour les retranscrire avec grande sincérité dans leur production musicale. Le titre même de l’album montre leur relation binaire – « Colure » faisant référence, en astronomie, au point où deux pôles célestes sont alignés.

« Nous sommes deux planètes différentes, sur notre propre orbite, mais qui se rencontrent lorsque nous nous réunissons pour faire de la musique. Ce projet évoque la façon dont nous nous réunissons. « Colure » reflète les deux pôles contrastants que nous occupons chacun. »

Il y a d’un côté RY X qui, après une première expérience difficile sous l’égide d’une major, a rapidement su trouver sa propre voie (et sa voix) pour s’imposer comme une référence folk-électro – notamment à travers le succès de deux superbes albums solos (« Dawn » en 2016 et « Unfurl » en 2019). Et de l’autre, Frank Wiedemann, figure connue des spécialistes de la scène techno-house allemande et cofondateur du label Innervisions, qui officie en duo depuis une quinzaine d’années sous le nom de Âme.

Le résultat de cette union mènera à la sortie d’un très bel opus – « Sacred Ground » – en 2015 ; mais aussi à la création, par les deux intéressés, d’un festival éponyme basé en plein milieu de la campagne nord-est allemande la même année. Car RY X et Frank n’ont pas que la musique en commun. Ils partagent une philosophie, qui se reflète parfaitement dans cet évènement écoresponsable à la jauge limitée à 1000 personnes, où musiciens et festivaliers échangent dans un même espace, où aucune timetable n’est prédéfinie, et où les artistes invités acceptent volontiers de collaborer entre eux.

Si l’un des titres symbolise cette alliance de deux univers, c’est bien « Pieces ». L’amorce de ce nouvel album fait rejoindre la clarté de la voix nue de RY X, qui sait toucher l’âme sans prendre de détour, et le foisonnement de détails sonores propres à l’univers initié par Frank au sein du projet. Le titre porte la signature même de ce qu’est HOWLING, et constitue ce que chaque auditeur pouvait attendre du duo.

Sur « Colure », les deux amis semblent avoir voulu reprendre là où ils en étaient restés quelques années plus tôt et distiller les ingrédients qui rendraient cet album encore plus abouti : « Nous voulions que les gens se disent : « Ça, c’est un morceau de HOWLING » confie d’ailleurs Frank.

Toutefois, les deux hommes ne se sont pas contentés d’appliquer une même recette à chaque piste. Récemment dévoilé, « Dew » s’éloigne de ce que l’on connaît du duo et des titres chantés jusqu’ici. Quasi intégralement instrumental, la voix joue ici le rôle d’instrument à part entière, en marquant la répétition, les boucles, les superpositions de strates sonores qui nous emportent dans un tourbillon – comme chez Philip Glass, une des références communes à Ry et Frank.

HOWLING a cette capacité d’amener le moi intérieur à percevoir la beauté des sons, à cheminer vers l’harmonie de l’esprit, et ainsi construire une musique faisant avant tout appel aux sens. Titre charnel, « Healing » fait référence au corporel et au psychique, aux ressentis personnels, jusqu’à l’intérieur de son texte. Au sein d’une production sobre, les saturations sonores successives apportent de la matière au titre et renforcent sa dimension métaphysique.

Mais cela est encore plus palpable dans un duo de titres qui se font écho par leur construction et au sein desquels l’organe vocal de RY X joue un rôle capital. On retrouve sur « Need You Now », cette capacité de l’interprète de « Berlin » à aller puiser au fond de lui pour déclamer un chant capable d’exprimer la profondeur de l’âme et des sentiments ; effet que rehausse l’urgence du tempo dictée par l’instrumental. Ce chant qu’il déclame tel un hurlement de loup sur « Body Inside », légèrement mat, comme voilé, provenant de son for intérieur, s’impose là aussi comme un cri intime saisissant.

C’est au gré de leurs pérégrinations respectives autour du monde, en live aussi bien qu’en studio, entre Los Angeles, Ibiza et Berlin, entre projets en solo, en duo ou en trio (The Acid pour RY X), que la composition de ce nouveau disque a pris le temps de mûrir doucement. Mais plutôt que considérer cela comme un obstacle, Ry et Frank appréhendent cette perspective comme un support de création.

Ce long processus avait pourtant pris naissance avec l’extatique « Phases ».  Initialement sorti en mars 2017, le titre – à nouveau présent sur l’album – semblait nous annoncer l’arrivée imminente de nouvelles productions. Proposé ici dans sa version la plus longue et construit en crescendo, le titre provoque toujours autant d’engouement. Très complet et taillé pour vivre en live en emportant le public dans le tourbillon de ses boucles, il invite sans cesse à l’exaltation.

On rencontre également sur le chemin « The Water », incluse au dernier album solo de RY X, dans une version différente de celle que l’on connaissait. Étendue de plus d’une minute, elle ressemble en fait de près à l’interprétation que l’Australien se plait à jouer lors de ses concerts en solo, dans laquelle la veine techno – portée par des bruits métalliques – se fait bien plus sentir. En créant ainsi des ponts entre les différents projets, les deux artistes prouvent qu’il n’existe pas de frontière pour eux dès lors qu’il s’agit de musique.

Mais c’est bien sûr un inédit que se clôt le voyage. Avec « Lover », HOWLING choisit l’un des chefs-d’œuvre de l’album en guise de conclusion. Extrêmement bien produit, le morceau fait de nouveau appel au charnel, au corporel, thèmes de prédilection de RY X dans ses écrits – dont la voix glisse ici sur l’instrumental, comme prête à charmer n’importe quel auditoire. Le beat porté par des basses sombres et vrombissantes, auxquelles s’adjoignent des synthés imprévisibles par inserts, s’impose comme une invitation à l’expérimenter en live.

Et ça tombe bien, HOWLING est censé se produire le 22 septembre 2020 à la Gaîté Lyrique. En espérant que le concert – initialement prévu en avril – pourra bien se tenir, afin de permettre à « Colure » de prendre vie et au duo si prolifique de rompre avec l’impatience en retrouvant la scène où ils s’expriment et se complètent avec tant de spontanéité.

« Colure » de HOWLING est disponible depuis le 24 juillet 2020 chez Counter Records.


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