[LP] RY X – Unfurl

En 2016, 52 minutes durant, RY X nous transportait dans un univers sonore très personnel et livrait « Dawn », l’un des plus beaux albums de l’année. Avec la sortie aujourd’hui d’un deuxième opus intitulé « Unfurl », le chanteur australien nous offre-t-il le même doux voyage au fil des treize nouvelles pistes ?

Après une introduction instrumentale (« Body (Ambient) ») menée par un orchestre à cordes, « Untold » nous emmène immédiatement sur des bases plus électroniques. Premier extrait dévoilé à l’automne 2018, le single met en exergue tous les ingrédients les plus représentatifs de la production musicale de son auteur. Immédiatement identifiable par la résonance de son beat, le titre transcrit cette ambivalence entre intensité et douceur que RY X sait si bien maîtriser.

Dans son prolongement, « Bound » magnifie cette expression des sentiments. RY X ne s’y est pas trompé en le partageant dans la foulée du premier single. Véritable crescendo émotionnel, le morceau est le parfait équilibre entre les possibilités offertes par l’électronique et la pureté des instruments dans leur plus simple appareil. Passé le milieu de la chanson, impossible de ne pas être entièrement pris de frissons lorsque la voix de tête de Ry s’exprime comme des cris intimes saisissants.

Je pense que ma volonté affirmée était de rester vulnérable, pour le capturer et le retranscrire au mieux à travers cet album.

Que ce soit en solo ou en groupe (HOWLING, The Acid), l’artiste n’a de cesse d’explorer les émotions, les ressentis et le for intérieur dans ses créations. Il confiait déjà à propos de « Dawn » que l’« une des parties les plus complexes de l’album fut cette idée d’exprimer l’espace qui sépare le désir de l’amour ».

Il poursuit d’ailleurs avec grâce cette exploration au sein des deux titres suivants. Dans une autre veine que les précédents, « Body Sun » valorise immédiatement la voix et transforme encore chaque refrain en cris du cœur. L’instrumental d’abord traité de façon plus brute se prend progressivement dans un torrent de percussions. RY X se plaît à jouer de la répétition – héritée aussi bien de ses influences techno que de son goût pour Philip Glass – jusqu’à provoquer l’obsession.

C’est alors que peut surgir le coup de cœur de l’album. Immédiatement acoustique, « YaYaYa » fait à nouveau l’étal du large prisme vocal de son interprète. La voix se fait tour à tour sensible, puis profonde et grave dans les couplets et prérefrains ; avant que le chant incantatoire et haut perché nous fasse percevoir l’attrait du chanteur pour les sonorités exotiques. Point culminant de l’expressivité sensorielle, ce morceau transporte instantanément celui qui l’écoute dans une ambiance inimitable.

Après un passage aux guitares hachées sur « Coven », RY X poursuit son vagabondage par un retour à la simplicité et à la pureté avec « Hounds ». Écrit sur la route et testé au fil des lives qui le mènent à travers le monde, ce titre nous enveloppe dans une atmosphère douce et mélancolique. De quoi passer les jours d’hiver au chaud… Sa pureté nous rappelle celle de « Berlin ». Ce premier succès public, en 2013, qui aura définitivement permis depuis au barbu australien de trouver sa voie – quelques années après une première expérience peu épanouissante au sein d’une major.

Les inspirations changent constamment, et je souhaite toujours me laisser de la liberté dans le processus de création, pour développer de nouvelles idées d’écriture, de sonorités, d’orchestration. Mais ce qui me semble encore plus essentiel pour moi, c’est de conserver le caractère brut et sincère de ce travail.

Toujours en quête, aussi bien musicale que personnelle, RY X ne cède pas à la tentation d’appliquer la même recette pour chaque morceau. Et c’est tant mieux ! D’autant plus à l’écoute de « Foreign Tides » qui nous surprend par son tempo soutenu. L’intensité des refrains vient chaque fois effacer la guitare acoustique des couplets. Cette cadence haletante nous porte jusqu’au pont où les voix de tête s’additionnent et nous obsèdent en arrière-plan sonore. RY X vient à nouveau jouer de son goût pour l’électro et de ses expériences de DJ, notamment développés aux côtés de son complice allemand Frank Wiedemann avec qui il forme HOWLING. En clair, une autre belle et grande réussite pour ce titre – récemment mis en clip – qui mêle l’attendu et l’inusité.

Dans le prolongement, RY X s’accorde une percée techno plus prononcée. « The Water », autre morceau plusieurs fois testé en live, s’installe comme une boucle sonore envoutante, que l’on pourrait attendre davantage sur un album de HOWLING – d’ailleurs en préparation. Il en va de même pour « To Know », où l’influence de Frank Wiedemann est sensible à travers un beat house, rehaussé de détails exotiques.

Avant de clore la boucle par un retour à la beauté et à la simplicité d’un nouveau titre d’ambiance (« Sun (Ambient) »), ou d’arriver à un exode plus convenu sur « Fumbling Prayer », l’artiste basé tantôt à Los Angeles, tantôt en Allemagne, fait un détour par « Mallorca ». Dans la lignée de « Salt », présent sur le premier album, le track reprend des accords de guitare assez similaires comme pour prolonger celui composé il y a trois ans. On y décèle, dans les paroles, une déclaration à une amante obsédante et la volonté de prolonger une nuit d’amour.

Créer cet album a été un processus profondément personnel. Je tends à ouvrir mon processus de création au fil des ans, mais je sais aussi que je produis ce qui est le plus proche de mon cœur quand je travaille seul.

Cela traduit à nouveau la sincérité de l’exploration sensorielle que RY X met dans ses compositions. Avec « Unfurl », il a su trouver les espaces familiers où explorer ses ressentis personnels pour pleinement déployer ses émotions. En se retirant tour à tour à Angourie, sur ses terres australiennes natales, et à Topanga, ce canyon californien où il a aménagé son propre home studio dans une ancienne caravane, Ry accorde beaucoup d’importance à l’environnement et à ses proches qui l’entourent.

« J’ai grandi très simplement, et j’ai toujours voulu revenir à cette simplicité-là », confie-t-il. Ce deuxième album est bien porteur de simplicité et d’authenticité, et rend souvent universel le dialogue très personnel que le chanteur a entrepris avec son propre être.

crédit : Kacie Tomita

« Unfurl » de RY X est disponible depuis le 15 février 2019 chez Infectious.


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