[Interview] HADA à Beauregard

Beauregard 2023, c’était aussi HADA et son « garage rock pop à facettes ». Prix du public au tremplin John’s Session du Festival Beauregard 2022, les quatre membres caennais lancent la dernière journée du fest sur la grande scène. Au programme : nostalgie pop des années 80, guitares saturées, synthés et mélodies aux accents anglo-saxons pour exprimer toutes les facettes de leur nouvel EP Marigold , écrit et composé en une semaine. Rencontre avec Manon (voix et synthé), Simon (basse), Alban (guitare) et Louis (batterie et composition).

crédit : Thomas Damiens
  • Vous voilà de retour sur le festival et côté scène cette fois, qu’est-ce que ça fait ?

Manon : Première fois sur scène, mais c’est vrai qu’on avait fait le tremplin il y a un an et demi, qu’on avait perdu d’ailleurs.

  • En voilà une belle revanche, on a tous envie de perdre comme ça.

HADA : C’est clair !

Manon : En plus, c’est notre première aussi grosse scène donc une sacrée expérience.

Alban : Un peu de pression.

Manon : Stressés, oui.

Alban : Mais au bout du deuxième morceau, on était lancé.

Simon : Et les gens étaient hyper réceptifs, ça dansait et il y avait quelques têtes qu’on connaissait.

Manon : Oui, les copains, ça rassure.

  • Est-ce que vous avez un rituel avant de monter sur scène pour évacuer la pression ?

Manon : On tient quelque chose là… (rires) alors avant on avait le petit shooter pour détendre un peu les nerfs, mais là on ne l’a pas fait.

Alban : On ne voulait pas prendre de risque alors, à la place, on s’est fait un gros câlin.

  • Ah, rien ne vaut l’échange d’ocytocines ! Est-ce que vous êtes des habitués des festivals ?

Manon : En tant que festivaliers ? Alors Beauregard, je l’ai fait pas mal de fois, Chauffer dans la noirceur aussi qui n’est pas très loin d’ici, Art Sonic…

Simon : le Hellfest !

Alban : Et Levitation France à Angers.

  • Quelle serait la scène où vous rêveriez de jouer ?

Manon : Glastonbury (approbation générale)

Alban  : Ah bah là, je te dis pas la pression.

  • Faudra un méga câlin là.

(Rires) C’est clair.

  • Est-ce que c’est vrai que vous avez composé votre 2e EP en une semaine ? Ça s’est passé comment ?

Manon : Oui. On s’est enfermés tous les quatre ensemble.

Alban : On a loué une petite maison en bois vachement cool dans le Perche qui avait déjà une salle de musique. On s’y est installé, on a monté une mini-régie dans le salon…

Louis : On a pris du vieux matos : une console 16 pistes.

Simon : premier jour : installation, et deuxième jour : on a commencé à enregistrer directement. Pas de démo, on a tout créé et enregistré sur place.

Alban : On devait avoir une ligne de synthé max et basta.

  • Comment ça se passe quand vous êtes en création ?

Manon : Souvent les garçons font les instruments d’abord et après je pose ma voix dessus.

Alban : T’étais à côté à chantonner des trucs…

Manon : J’écrivais pendant qu’ils accordaient les guitares.

Simon : On échangeait en même temps, du genre « là, je mettrais bien un refrain, cette partie je la ferai bien durer plus longtemps, et cetera », et ça s’est fait assez vite et naturellement. Presque un son par jour pendant 4-5 jours, les cinquièmes et sixièmes jours, on a peaufiné tout ça, puis on a remballé le matos et Louis a mixé à la maison.

  • Et, au final, de tout ce que vous avez créé vous avez tout gardé ?

Manon : Oui. C’était un test, c’est pas sûr que ça marche aussi bien à chaque fois.

Alban : Mais parce que c’était la première, qu’il y avait un côté vacances, on avait envie de tout donner dans une ambiance studieuse, mais détendue et ça l’a fait !

  • Pourquoi vous chantez en anglais alors que vous êtes français ?

Manon : On est tous déjà plutôt clients de la musique anglo-saxonne et je suis plus à l’aise en anglais, c’est plus facile de se cacher derrière la langue. Quand on regarde mes playlists, il y a très peu de sons en français, mais plutôt du Fleetwood Mac, Depeche Mode, Talking Heads, et si c’est français, ce sera plutôt du Niagara ou du rap.

Alban : Ou du Bashung, du Balavoine.

crédit : Déborah Picard
  • On vous qualifie de « garage rock pop à facettes », c’est une expression qui vient de chez vous ?

Manon : C’est un journaliste qui nous avait dit ça, Gildas. On avait trouvé ça marrant donc on l’a gardé. Mais tout à l’heure, on nous a dit qu’il fallait changer en « garage rock pop à paillettes ».

  • Ça fait plus festivalier oui, en effet. (Rires) Est-ce que vous avez vraiment commencé à jouer dans des garages ?

Manon : Dans des caves hyper planquées, des petits bars…

Simon : Et mélanger grosses scènes et petites scènes c’est bien, je pense que, quoi qu’il arrive, les petites scènes on en fera longtemps.

Alban : On a tous des assos aussi donc petits comités de 50-80 personnes max qui viennent que pour le concert, c’est une autre ambiance. On aime jouer pour ces milieux-là et notre asso nous permet aussi d’aider d’autres groupes à tourner. Il y a un côté indé et on est très DIY alors on crache pas sur les grosses scènes, c’est clair, mais on aime bien aussi s’occuper de l’organisation des concerts, imprimer nos t-shirts.

Manon : On fait nos pochettes…

Alban : Via notre asso La fée couinée qui s’appelle comme ça parce qu’on avait des potes en concert qui criaient « fait couiner ta guitare ».

Manon : Et notre label aussi Sylverbarbe Records.

  • Donnez-moi trois chansons pour les gens qui ne vous connaissent pas :

Louis : Claps

Manon : All We’ve Done

Simon : Journey

  • Quelle est la chose que vous aimez le plus des uns chez les autres ?

Manon : L’énergie de Simon.

Louis : Moi je sais pour tous : les jumps de Simon, le suspense de Manon et la tranquillité d’Alban.

  • Est-ce que vous pensez que la musique doit être engagée aujourd’hui ?

Manon : Si c’est engagé, il faut que ce soit jusqu’au bout.

Louis : Et que ce soit authentique.

Alban : C’est important d’avoir une position je trouve, mais elle n’est pas obligée de ressortir partout. Mais avoir un minimum d’éthique ; c’est la base.

Simon : Après c’est vrai qu’on partage aussi tous les mêmes valeurs.

Manon : Par exemple, sur « All We’ve Done » on parle de réchauffement climatique.

Alban : Grâce à Manon, on s’inscrit dans un mouvement qui favorise la visibilité des femmes qui font du son, on a des femmes backstage aussi, on a entendu parler du mouvement More Women on Stage. Et plein de petites choses qu’on fait au quotidien pour être cohérent en tant que groupe avec nos valeurs.

  • Ici à Beauregard, un un groupe a imposé à son label de laisser le merchandising à prix libre…

Manon : Ce ne serait pas Cemented Minds ?

Manon : Ah bah, c’est des copains, on fait les t-shirts et d’autres petits trucs ensemble.

Alba : Et dans notre asso, il y a une branche « sérigraphie » où l’on fait tous nos tees.

Manon : Le seul truc qu’on ne peut pas mettre à prix libre, ce sont les vinyles, sinon on fait tout et on fait en sorte que ce soit accessible aux plus de gens possible.

  • Si vous deviez jouer au nom d’une cause en particulier, ce serait laquelle ?

Manon : C’est compliqué parce qu’il n’y en a pas une qui mérite plus qu’une autre.

Louis : Moi, la cause des migrants c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.

Alban : La difficulté, c’est de trouver une asso clean, mais Sea Shepherd, ça pourrait être pas mal. Donc soit un truc en rapport avec l’écologie, soit une asso qui œuvre pour du social.

crédit : Thomas Damiens
  • Si la musique avait un super pouvoir, vous voudriez qu’elle fasse quoi ?

Alban : Que tout le monde s’aime.

Manon : Rassembler les gens.

  • Une chanson comme hymne mondial ?

Simon : « In the End » de Linkin Park (rires)

Manon : C’est cliché mais « Imagine » de John Lennon.

Alban : Et un truc d’actualité : « I Shot the Sheriff » de Bob Marley et pourtant j’aime pas le reggae.

Louis : C’est vrai que Bob, même si t’aimes pas le reggae, tu connais forcément et tu ne peux pas lutter contre son chill.

  • Une chanson pour tomber amoureux ?

« Enola Gay » (commencent à chanter), « Dreams » de Fleetwood Mac, « Still Beating » de Mac DeMarco : ça, c’est idéal pour se faire des bisous sur la plage.

  • Une chanson avec une couleur ?

« Blue » de Eiffel 65 et « Yellow Submarine » parce que les Beatles !

  •  On vous retrouvera au BBC à Caen le 31 octobre et on a hâte d’entendre ce nouveau single dont la sortie est prévue en décembre. Merci HADA et à bientôt !

Retrouvez HADA sur :
FacebookInstagram

Deborah Picard

Deborah Picard

Conceptrice-rédactrice et woman backstage, adepte des lives, croit fermement aux tiny sounds, big impact.