[Flash #36] Gus Englehorn, The Slow Readers Club, Sea Wolf, Black Casino and the Ghost et Glauque

Dans l’enfer ou les joies du confinement – c’est selon -, on retrouve, on prend aussi le temps d’écrire pour soi, à destination des autres, des lecteurs, des artistes, des gens de passage. C’est profiter de l’occasion qui nous est offerte ou qu’on saisit pour revenir sur ces disques qui nous ont passionnés, interpellés, remués de l’intérieur de longues heures durant. Ce nouveau Flash, c’est pour nous comme un best of de ces dernières semaines : des disques écoutés en boucle, en télétravail, au réveil, tard le soir ou sous la douche, jusqu’à ressentir cette familiarité particulière avec les œuvres. Cette relation musicale, on tenait à la partager ici avec vous, avec simplicité, mais surtout avec authenticité. On compte désormais sur vous pour la propager…

[Clip] [Exclusivité] Gus Englehorn – Transform

Si certain.e.s voient en Gus Englehorn le fantôme bien vivant de Daniel Johnston, on ne peut quand même pas s’empêcher de penser également aux débuts barrés de Matt Shultz et son band Cage The Elephant en découvrant le nouveau clip du Canadien. « Transform », c’est ce titre aux confins du surnaturel et de l’inexplicable, où le chanteur québécois nous confie son expérience de hors-corps vécue durant son enfance. Dans le clip réalisé par Matt Charland, tour à tour en compagnie de sa compagne Estée, le couple incarne avec virtuosité ce moment de flottement incontrôlé, incontrôlable, cette errance passagère au-dessus de soi, ce ballet fou et ici bienheureux. Du rêve accompli de se sentir voler, libre comme l’air, à la peur, pour les autres, de ne pas pouvoir revenir. « I went out through the window up passed the treetops far above ground / Where I could see my friends playing I heard them saying Gus come back down ». Du rêve à cette réalité alternative, il n’y a qu’un clic à faire ! Son premier album « Death & Transfiguration » (notre chronique) est toujours disponible sur Bandcamp, avec notamment des K7 uniques, en édition limitée et numérotée, illustrées par Estée, dont il ne reste que les toutes dernières pièces.


[LP] The Slow Readers Club – The Joy of the Return

20 mars 2020 (Modern Sky)

Avec leur quatrième album, les Mancuniens de The Slow Readers Club livrent très certainement leur plus grand disque à ce jour. Tout y est précis, immédiat, imposant, implacable aussi. De chaque morceau porté vaillamment, des graves engageants d’autorité aux aigus passionnés par son chanteur Aaron Starkie, se dégage un potentiel hymne indie rock. Énergiques, convaincues, féroces parfois, les lignes de guitares alliées au rythme soutenu de la batterie emportent l’auditeur dans une danse abrupte qui ne semble pouvoir s’arrêter. Impossible de résister à cette collection de titres poignants pour les cœurs brisés combatifs (« Paris », « Jericho), pour ceux qui se montent contre un capitalisme broyant l’humain (« All I Hear ») ou contre une technologie finissant par l’asservir (« Killing Me »). Tout est tenu d’une main de fer par le quatuor anglais avec ce « The Joy of the Return » stupéfiant, renversant de détermination.


[LP] Sea Wolf – Through a Dark Wood

20 mars 2020 (Dangerbird Records)

Six ans après la sortie de ses « Songs Spells », parenthèse acoustique et enchantée dans l’attente d’un nouvel album studio, Alex Brown Church nous dévoile enfin l’héritier du brillantissime « Old World Romance » de 2012. Tel un Don Quichotte malheureux, remettant sans cesse son ouvrage à demain, Sea Wolf a vécu ces dernières années un long passage à vide suite à des catastrophes personnelles (la perte et le deuil d’un parent, la fin douloureuse d’une relation amoureuse…) et mis ainsi au rebut tout un album enregistré, mais auquel il ne s’identifiait plus. Maintenant libéré de ses poids terribles, le musicien californien, pris d’un nouveau souffle, se réconcilie avec l’espoir sur « Through a Dark Wood » où l’image du bout du tunnel luit plus fort que jamais. Le vieux loup de mer, enfin apaisé, délivre un opus honnête, bouleversant d’intimité, où il n’a plus peur d’exprimer sa vulnérabilité dans le sublime « Fear of Failure » et vient, par la même force d’interprétation, renforcer notre propre confiance en nous. Un disque indie alternatif précieux, guérisseur pour lui, pour nous. Un acte essentiel qui fait un bien fou et nécessaire en ces temps troublés. Pansez-vous à son écoute.


[LP] Black Casino and the Ghost – Farewell Marshal Brunswick

1er mars 2020 (autoproduction)

Cinq ans après le chimérique « Until The Water Runs Clear », le quatuor rock alternatif londonien Black Casino and the Ghost emmené par la stupéfiante Elisa Zoot n’a de toute évidence pas dit son dernier mot. Avec « Farewell Marschal Brunswick », le turbulent combo joue non pas avec le feu, mais avec la tempête, délivrant des titres d’une fougue incroyable (« Rubble »), dans un grand bazar sous contrôle de fanfare free jazz (« Bag of Bones »), de rock à la fois heavy (« King of the Lost Boys ») et groovy comme jamais (« Loreeta »), de blues chamanique (« Mama Moon ») et de balades folk incantatoires (« Or »). L’album semble partir dans tous les sens – c’est le cas – mais le cap est toujours tenu par la capitaine et ses matelots, même dans les moments les plus périlleux évoquant la détermination absolue d’une PJ Harvey ou d’une Alison Mosshart (« Only to Look Good »). Un disque vivant, vivifiant, mystique et incarné, délayant la poésie des fables dans chacune de ses histoires, et qui en ferait assurément le compagnon parfait des films de Guillermo del Toro. Fascinant.


[EP] Glauque – Glauque

27 mars 2020 (Écluse)

Glauque, ce vert tirant vers le bleu gris, aura nourri la prose urgente, critique et cérébrale du quintet rap électronique de Namur. Lentement mûri sur les scènes belges et françaises deux années durant, le premier EP de Glauque s’impose par son immédiateté et son absence de compromis. Tout est frontal, froid, percutant dans le flow clinique de Louis Lemage, soutenu aux backs par son acolyte Aaron Godfroid. Sur une instrumentation électronique touchant dans ses fondations au post-rock de Mogwai comme aux composantes analogiques de leurs grands frères d’Odezenne, le combo belge décompose, avec un calme de tueur, ses titres passifs-agressifs, percutants et pesés. Chaque mot, chaque vers, chaque prose impose sa cadence, ses coups et ses soupirs. Portrait d’une époque neurasthénique, anesthésiée, prise au piège entre des technologies déshumanisantes (« Robot ») et une solidarité en déclin (« Vivre »), le premier EP de Glauque fait l’effet d’une claque par moins dix degrés ; celle qui brûle les joues et glace le sang. Terrible époque.

Partager cet article avec un ami