[LP] Gus Englehorn – Death & Transfiguration

Toute insouciante, dans les premiers jours de 2020, on a lancé la chanson « Stay Little » d’un inconnu nommé Gus Englehorn. Il devait sortir un premier album à la fin du mois de janvier. Dès les premières secondes, Daniel Johnston est apparu en face de nous. Il arborait un sourire plein de malice tout en bougeant en rythme dans le fauteuil où il avait pris place. Nous, on était pétrifiée. Nos mains tremblaient et notre cœur s’emballait. Même pas parce qu’un fantôme venait d’apparaître dans le salon, mais bien parce que quelque chose d’important allait se produire très bientôt à Montréal. Vous trouvez ça osé de ressusciter un mort illustre pour présenter un premier album ? C’est un sentiment passager qui s’éclipsera dès lors que vous aurez vécu l’expérience quasi mystique « Death & Transfiguration ».       

crédit : Ariane Moisan

On vous rassure immédiatement : au Québec, il n’y avait pas qu’une jeune femme en proie à des hallucinations qui attendait avec énormément d’enthousiasme la sortie du premier album de Gus Englehorn. Ce nom circule dans les réseaux underground depuis de nombreux mois déjà. Un relatif inconnu donc. D’autant plus quand cet anonyme est en fait Gus Engle, alaskain très célèbre pour les innovations et la créativité qu’il a apportées dans le milieu du snowboard. On interrompt temporairement une chronique très peu commune pour vous laisser savourer quelques images.

Mais cet États-Unien a décidé de laisser de côté sa carrière sportive pour venir s’établir, avec sa compagne Estée Preda, au Québec, d’abord à Montréal, puis au fond du bois près de Québec. Il est désormais auteur-compositeur-interprète. Outre d’aider aux arrangements, Estée s’est improvisée batteuse et continue son travail (magnifique) d’illustratrice pour le projet. Des amis du couple les accompagnent à la basse, au violon et aux back vocals.

crédit : Estée Preda

2020 vient de commencer et pourtant ce premier album, véritable trésor de rock indépendant, figure déjà parmi nos sorties préférées de l’année. Tous les amoureux de Kevin Morby, de son précédent groupe The Babies, de Jeffrey Lewis, d’Adam Green et surtout d’Half Japanese ainsi que de Daniel Johnston seront du même avis. En moins de trente minutes, ces neuf titres nous font vivre une expérience presque extatique. Avec une esthétique lo-fi dont on ne se lassera jamais, celui qui se décrit lui-même comme monomaniaque nous emmène dans un univers mystique et sombre. Il s’agit parfois de celui de son petit frère autiste. Les paroles reflètent aussi peut-être certains moments de création de ce premier opus.

En alternant des sons lourds et des mélodies plus entraînantes et joyeuses, le tout entrecoupé de quelques gémissements, Gus nous parle avec sa voix nasillarde enfantine de rêves faisant apparaître des cygnes aux ailes trouées (« Dead Swans »), de Saint-Esprit (« My Own Paradise »), de fractures (« Collarbone »), d’expériences hors corps (« Transform ») ou encore de la renaissance spirituelle de sa belle-sœur (« Patty Sees Her Soul »). Sans vraiment savoir où l’on est et ce qu’il nous arrive, on passe de l’ombre à la lumière sur chacun de ces morceaux. On pourrait être effrayée, mais l’insouciance de Gus nous réconforte à chaque instant. Toutes les paroles, souvent scandées et répétées, nous font entrer en transe (« That everybody’s better than me / That everybody’s better than me / That everybody’s longing to believe / That everybody’s better than me / And that’s it »). Daniel Johnston est incontestablement avec nous tout le long de cet album, mais c’est bien la musique et la poésie de Gus Englehorn que l’on a le plaisir de découvrir.

On ne sait pas trop si les « I want to stay down inside my hometown / Stay anonymous and never get famous / Stay Little / Stay Little » étaient sérieux. Mais on ne pouvait vraiment pas garder ça pour nous. Bien au-delà du Québec, tout le monde devrait avoir la chance d’entrer dans l’univers de Gus Englehorn.

« Death & Transfiguration » de Gus Englehorn est disponible depuis le 24 janvier 2020.


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