[Clip] [Exclusivité] Gus Englehorn – Okavanga

Au Québec, le mystère s’estompe tout doucement autour de Gus Englehorn, projet de Gus Engle et d’Estée Preda, deux anciens snowboardeurs reconvertis musiciens. On vous en parlait précédemment juste ici. Ce n’était donc pas le fruit de notre imagination : ils partagent notre amour pour Daniel Johnston. Au cœur du projet se trouvent également de nombreuses et éclectiques références, allant du cinéma de Jean Cocteau à la pièce « Death and Transfiguration » du compositeur allemand Richard Strauss. Mordus de musique depuis longtemps, ils écoutent aussi beaucoup Bob Dylan, les Pixies et les Beatles. Puisque la plupart des lecteurs d’indiemusic sont trop loin pour voir Gus sur scène, il nous a gentiment offert, avec Estée, de vous dévoiler en exclusivité le vidéoclip réalisé pour le titre « Okavanga ».

Chacune des chansons de leur premier opus « Death & Transfiguration » oscille subtilement entre le rêve et la réalité, entre l’ombre et la lumière. « Okavanga » n’échappe pas à cette marque de l’univers artistique de Gus Englehorn. Après un plan suivant le manche de sa guitare, la caméra au loin se rapproche de l’auteur-compositeur-interprète. Il faudra une dizaine de secondes pour que nous puissions croiser très furtivement son regard. Qu’il soit sur son snowboard ou sur scène, Gus Engle a toujours été un personnage plutôt atypique, évoluant dans un univers qui lui est propre.

Dans « Okavanga », il nous chantonne une sorte de comptine pour nous endormir et nous faire pénétrer dans un rêve quelque peu effrayant. Le texte nous transporte au Botswana pour une promenade dans l’Okavanga Dyke Swarn. Durant cette balade désertique, on observe des chiens chassant des léopards sans savoir où se sont échappés les alligators qui ne sont plus dans leur fosse. Pourtant, ces images d’archives nous montrent autre chose. Les alligators se trouvent dans la rivière tandis que les bisons et un cygne s’affairent. Les plans nous dévoilent surtout le Dust Bowl, une région des États-Unis touchée, au cours des années 1930, par une terrible période de sécheresse.

Gus et Estée ajoutent ainsi leur clip aux précédentes productions artistiques s’étant emparées de cet événement marquant de l’histoire états-unienne, qu’elles proviennent de musiciens (Woody Guthrie, Joe Bonamassa), d’écrivains (John Steinbeck) ou encore de géniaux photographes (Walker Evans). Cette déconnexion du texte et des images ajoute à la confusion déjà présente à même le rêve, puisque le narrateur semble s’être déconnecté lui-même de sa réalité (« my eyes see want they want to see »). Le clip se termine par la dernière phrase de la chanson, elle-même certainement inquiétante, car immédiatement indécodable : « the cannonball manufactures the leather wings of the New Jersey Devil and the packs of dogs that track them ».

Bref, dans cette vidéo, tout est encore fait ici par le couple pour figurer le plus angoissant et pourtant parfois nécessaire, comme la déconnexion avec le réel ou encore la plongée dans l’inconscient, tout en continuant de nous rassurer. C’est Estée qui à chaque coup de cymbale nous fait passer d’un Gus sur fond noir très enfantin à un Gus se dédoublant jusqu’à répéter presque en criant « hell / hell / hell / hell ».

Ce clip fait avec si peu de moyens ainsi que ce titre ne sont pas sans rappeler un certain Daniel qui, au cours de sa vie, a vacillé lui aussi constamment entre l’ombre et la lumière, toujours avec un son très dépouillé et sans jamais perdre son décalé attendrissant. C’est cette candeur sincère qui lui permit de s’attirer un public fidèle et de plus en plus nombreux avec les années sans pour autant renoncer à son surprenant univers artistique. On espère que ces mêmes qualités permettront à Gus et à Estée de rejoindre de nombreuses personnes dans les prochains mois. Au Québec, en tout cas, on vous promet que c’est déjà pas mal le cas à chaque concert.

« Death & Transfiguration » de Gus Englehorn est disponible depuis le 24 janvier 2020.


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