En apportant à la synthpop une bonne dose de réflexion et d’introspection, Golden Rain signe un EP à la fois direct et pensé comme une structure à plusieurs niveaux de lecture, de la plus immédiate à la plus contemplative. Une œuvre moins inoffensive qu’elle n’y paraît.

Annoncé par le superbe clip illustrant le single « Foglights », l’EP éponyme de Golden Rain était attendu au tournant ; en effet, l’expérimentation centrale de la vidéo ayant fait mouche et surpris tout le monde sans crier gare, il nous tardait de constater si le duo allait, à travers ses compositions, continuer à explorer les méandres d’un art électronique contemporain et savant. C’est bel et bien le cas, mais que l’on se rassure cependant : le disque est avant tout une source de plaisirs sucrés et sensuels, n’oubliant pourtant jamais de plonger dans les ténébreux abysses de l’âme humaine pour y trouver sa propre identité.
Passés les mouvements lascifs et murmurés de « Foglights », l’auditeur se sent happé par les mécanismes imparables et entraînants de « Lovers », machine artificielle faisant du sentiment humain un appel à l’aide autant qu’un algorithme à respecter pour trouver son âme sœur, immortalisée par les chœurs sublimes de Zaionair, qui nous pénétreront encore plus intensément grâce à « When I Go Away », longue fuite en avant mouvementée et semée d’embûches, où les chuchotements semblent rappeler celle qui part sous de faux prétextes, illustration parfaite d’une passion erronée et basée sur des fondations plus qu’instables. On se surprend alors à concevoir l’opus comme une épreuve conceptuelle, passant de paysages urbains nocturnes où tout peut arriver, d’une généralité à une intimité mise à mal malgré plusieurs tentatives de conciliation, tandis que l’attirance se fait irrémédiable au milieu de chorégraphies séductrices et mutuelles (« My Crown »). Inespéré et humain, « The Same Moon » rassure et met le doute en retrait, retrouvailles méritées et sensibles là où les émotions les plus sauvages, mises en musique par le biais d’artifices charnels et cristallins, ont essayé, sans y parvenir, de pervertir nos envies et nos certitudes.
Tour à tour fascinant et mélancolique, « Golden Rain » fait pleuvoir des torrents de sensations à la fois fortes et douces, l’entente parfaite entre Zaionair et Mario Grimaldi semblant en tous points inépuisable. Un disque aux saveurs parfois âpres, longues et suaves en bouche, cherchant dans les pulsations électroniques et les instruments analogiques un langage amoureux et confidentiel qui surprend et finit par devenir aussi excitant qu’addictif. Une belle réussite, à écouter sans modération !

« Golden Rain » de Golden Rain est disponible depuis le 28 avril 2017 chez BulbArt / Pocket Records / CoolsMusic.
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