[Interview] Fabulous Sheep

9 février 2019, le premier album des Fabulous Sheep est sorti la veille. La chance se présente de rencontrer ces jeunes rockers, à l’occasion d’un de leurs premiers concerts de la tournée, dans le cadre d’un festival que nous aimons beaucoup, Hibernarock, pour la soirée Avalanche rock, au beau milieu du Cantal. Tous les voyants sont donc au vert. Qui plus est, les Fabulous Sheep partagent l’affiche ce soir-là avec les impressionnants Pogo Car Crash Control. Déjà propulsés en orbite depuis quelques semaines, par un disque, tout simplement détonnant, nous mourrons d’envie de découvrir la formation sur scène, où leur réputation active un bouche-à-oreille élogieux et fédérateur depuis quelque temps déjà. Les sourires sur les lèvres dans la fosse, pendant les longues minutes du rappel, attesteront d’un set totalement plein et joué sur les chapeaux de roues, par des potes qui s’en donnent à cœur joie. Cerise sur le gâteau, nous avons découvert pendant l’interview, un groupe de passionnés qui vivent leur truc à fond, avec ambition, une exigence professionnelle, mais aussi avec une envie débordante et une lucidité franche et directe. Ils donnent en effet beaucoup de sens à leur aventure musicale et humaine. Au cours de l’échange, nous assistons à la démonstration d’une étonnante harmonie collective basée sur le débat et l’écoute, mais très loin du consensus mou qui devient la règle de toute forme de communication moderne. À l’image de leur premier album, Fabulous Sheep est décidément un groupe dont la fraîcheur est décisive et la volonté farouchement indépendante.

crédit : Jean-Claude Azria
  • Bonjour les Fabulous Sheep, un truc super sympa est arrivé cette semaine, avec la sortie de votre premier album. C’est tout frais, dans quel état êtes-vous ?

Piero (guitare et chant) : On est WouaihYawwouhhhhhOOUH !!! (rire général)

Charles (basse et chant) : Cela résume pas mal la situation !

Piero : On est aussi « NinNinNin » (faisant mine de serrer la mâchoire) ; on est très stressé, mais aussi super heureux !

  • Stressé ?

Piero : Ouais, on est moins stressé, il est enfin sorti. Tout se passe bien, pour l’instant, les gens le trouvent cool.

  • Est-ce que l’antériorité du disque joue aussi, car je crois que vous l’avez enregistré il y a plus d’un an ?

Gabriel (saxophone, clavier et chœurs) : c’est un peu une libération, y a ce côté-là aussi.

Piero : Oui, il y a ce côté, on a presque déjà envie de passer à autre chose, car comme tu le disais, il a été enregistré il y a plus d’un an. Et du coup, nous avons déjà de nouveaux morceaux, et nous nous projetons déjà sur le second. Mais en même temps, nous sommes très contents, car c’est l’aboutissement de dix années, tous les cinq.

Charles : C’est notre premier album, nous allons pouvoir le défendre ! Nous sommes impatients de voir comment l’année va se dérouler. Nous sommes impatients, nous avons envie de jouer. Depuis le mois de janvier, à chaque fois que nous arrivons quelque part, les concerts n’ont pas commencé, que nous n’avons qu’une seule envie, c’est d’être sur scène.

Piero : Ce n’est qu’une fois dans une vie, un premier album ! (Rires) Nous sommes morts de faim.

  • En écoutant le disque, justement, ce que j’entends, ce sont des morceaux qui ont du vécu sur scène, qui ont eu le temps de venir à maturité.

Tim : Pour la plupart, c’est vrai. Il y a 14 morceaux, et il n’y en a que deux que nous avons enregistré de façon assez improvisée en studio.

  • Lesquels ?

Tim (guitare et chant) : « No More Crazy Song » et « Wasting Time » sur lequel Charles chante.

Charles : Ce dernier, c’était vraiment une impro, on a répété trois heures et le morceau est sorti comme ça dans la foulée. C’est marrant !

Piero : Mais tu as raison, il y a vraiment dix morceaux, que nous avons mis à l’épreuve de la scène, que nous jouons depuis des années ou un peu moins…

  • En tout cas, ce que j’entends dans cet album, c’est un véritable amour pour la musique indé ! Vous êtes peut-être des collectionneurs, ou tout du moins de grands fans ?

Tim : Pas vraiment collectionneur, aucun d’entre nous en fait, peut-être Piero à la limite.

Piero : Ouais, les vinyles, les magazines, les DVDs, tout ça j’aime !

Tim : C’est vrai que nous faisons partie d’une génération qui a eu internet direct : nous avons la chance d’avoir accès à plein de trucs, dans tous les styles. Et cela nous a nourris quelque part. Nous nous sommes nourris de 100 ans de musiques contemporaines, enfin 60-70 ans ! (rires)

  • C’est ce que j’ai trouvé dans ce disque, même si commencer à parler d’influences est souvent un peu réducteur. Mais par contre, ce qui me plaît beaucoup aussi, même si l’humeur des morceaux peut être changeante : vous arrivez à garder cette identité sonore sur la durée de l’album, quelque soit que le contexte, un peu plus grunge, un peu plus garage…

Tim : un peu plus noisy, un peu plus pop…

  • À quoi est due cette constance, cette homogénéité à votre avis ?

(L’interview s’anime à travers des échanges très vivants, faits de nuances, de contradictions, de compléments et de précisions)

Piero : En fait, y’a deux trucs. Nous avons enregistré en mode live. Nous n’avons pas changé de matos, pas vraiment changé de configuration. Cela peut être un défaut, car la production d’un album peut être enrichie, et c’est peut-être ce que nous ferons sur le deuxième. Mais à l’inverse, cela créée une vraie cohérence au niveau du son.

Tim : Cela fait longtemps que nous jouons ensemble : nous avons pu préciser notre son, préciser nos envies, pour obtenir quelque chose d’assez homogène, malgré le fait que nous avons tous des sources d’inspirations très différentes : Jack écoute beaucoup de rap, beaucoup de techno par exemple.

Charles : Nous avons tous des influences assez variées. Nous écoutons de tout en fait. Je ne sais pas si c’est inconscient ou conscient, car forcément, on se nourrit de ce qu’on écoute, mais c’est ce qui amène cette ouverture.

Tim : Écouter de tout, cela veut tout et rien dire. C’est un peu la génération, on écoute de tout. Souvent on te répond ça « Qu’est-ce que tu écoutes ?… De tout ! ».

Piero : Oui, mais c’est parce que nous écoutons du rap, du rock, de l’électro, de la folk, Michel Sardou… Non (rire général)

Jack (batterie) : Michel Sardou, en général, on fait tout pour éviter !

  • Au-delà de la blague et du côté marrant, ça donnerait presque envie de venir écouter de la musique avec vous dans le camion !

Piero : Ah, c’est cool.

Charles : Ça serait cool, mais y a plus de places ! (rire général)

Tim : Dans le camion justement, c’est représentatif de la pluralité de tout ce que nous écoutons, genre on passe du reggae, de la chanson française, du rap super vénère…

Gabriel : Etta James, Iron Maiden, Die Antwoord…

Piero : C’est ce que disait Tim tout à l’heure, notre avantage c’est d’avoir internet, et de pouvoir découvrir des tas et des tas d’artistes facilement.

Charles : Maintenant on est sept sur la route, la richesse de chacun nous permet de découvrir encore plus de nouvelles choses.

Tim : Après internet, c’est bien et ce n’est pas bien en même temps ! Pour aller plus loin, avant, sans internet, les gens devaient choisir ce qu’ils avaient envie d’écouter. Tu étais un peu plus spécialiste.

Piero : Oui peut-être quelque part, on devait te le mettre dans les mains, cela devait venir de quelqu’un. Du genre, « Hey, j’ai chopé un vinyle, c’est celui des Clash ». Ouais, tu ne tapais pas punk rock sur internet, et tu avais 10 000 résultats. Mais si tu es curieux, internet reste une mine d’informations énorme.

Tim : Ah, c’est toi cette chronique, merci beaucoup c’est cool.

Piero : Ouais, carrément merci. Et tu as complètement raison, nous écoutons peut-être de tout, mais nous sommes très difficiles. C’est rare, que quand quelqu’un nous dit : « Écoute ce groupe, c’est génial », mais c’est rare qu’après l’avoir écouté, on se dise « Waouh putain, ce groupe-là c’est extraordinaire ! ».

Charles : Cela arrive quand même, mais par contre, nous ne pouvons pas faire semblant d’aimer, quand ce n’est pas le cas.

Gabriel : Ouais c’est ça, on écoute de tout, mais pas n’importe quoi.

Piero : Il y a un côté du rock, plus hard, plus metal, que personne dans le groupe n’écoute vraiment.

Gabriel : (après une grande bouffée sur sa cigarette électronique induisant tel Gandalf une certaine sagesse) Avec le temps, nous nous ouvrons à de nouvelles choses. Quand nous étions super jeunes, nous sommes partis d’un certain type de musique, de certains groupes. Mais maintenant, dans le hard et le metal, il y a vraiment certaines choses que je commence à kiffer. L’autre jour, avec Piero. Bon ce n’est pas un groupe que nous adorons de fou, mais nous sommes vraiment amusés à regarder le live de Rammstein sur Arte Concert. Parce qu’il y a un show qui est juste dingue. T’es pas obligé de tout aimer dans un groupe, tu peux apprécier certains aspects et surtout respecter la musique.

Piero : Les musiciens que j’aime, j’ai l’impression qu’ils sont un peu tous liés, entre Bob Dylan, Joe Strummer des Clash, il y a une continuité.

Tim : (un peu taquin) Pouah, comme entre Johnny Halliday et….

Piero : (qui ne se démonte pas) Dans le fond, ils sont liés.

Tim : (il appuie finalement le raisonnement de son pote). Ce sont des « protest-singers ».

Piero : Il y a une esthétique aussi.

  • Et des sacrés p… de chansons !

Gabriel : Ouais, c’est l’écriture, le « songwriting ».

  • Ce que je retrouve dans votre disque, sans trop vous brosser dans le sens du poil, c’est qu’au-delà du son, des chansons s’imposent très rapidement, restent en tête, comme « People Around Me » ou « Wasting Time ». Du coup, je pense aussi que vous êtes attachés à cette écriture qu’on (NDR on est un con !) peut qualifier péjorativement de pop !

Piero : (en allant dans notre sens et dégommant le côté péjoratif de la notion pop) Ah, non, mais pas du tout, je suis entièrement d’accord avec toi.

Tim : Nous avons toujours voulu écrire des chansons. Même au tout début, quand on jouait super mal, à 14 ans, 15 ans. (rire général) Notre volonté, c’était déjà jouer sur scène et faire des chansons. C’était déjà notre truc.

Gabriel : (il précise) Et les nôtres !

  • Cela veut dire que dès le début, pas de reprise ou très rarement ?

Ensemble : Jamais. (Silence puis rire général)

Gabriel : Une fois, et ça a été un désastre.

  • Une fois, pour les copains, juste comme ça, pour se marrer ?

Gabriel : Ouais, il y avait de quoi se marrer ! (Rire général)

Charles : C’était quoi déjà ?

Gabriel : Reptilia. (NDR, a priori un morceau des Strokes)

Charles : Ah, oui c’était affreux… Nous avons cette chance de nous entendre, déjà ! Quand y en a un qui arrive avec une compo, nous sommes tous là tout de suite à vouloir la pousser.

Tim : Je pense qu’il n’y a pas vraiment de mec qui dirige dans le groupe. Nous sommes un vrai groupe, dans ce sens-là, assez démocratique. « T’as des idées, des chansons, BAM, on essaie de les travailler ensemble, d’en tirer l’essence, la substantifique moelle ».

Charles : Nous avons vraiment évolué dans la façon de les construire, en passant beaucoup de temps, à être dans l’écoute des uns et des autres, plutôt que d’être tout le temps dans le « on devrait faire comme ci on devrait faire comme ça » pour finalement faire autrement. Aujourd’hui nous préférons ne plus trop parler, et vraiment essayer les choses. Au final, tu te rends compte que tu gagnes du temps, plutôt que de polémiquer sur les choses, parce que de toute façon chacun a sa propre idée, et c’est normal.

Piero : Le débat, il doit être musical.

Charles : C’est vraiment l’évolution du groupe qui amène ça, et même par moments, c’est celui qui apporte l’idée qui nous demande de tout arrêter. Mais au moins, nous avons essayé. Cela fait gagner beaucoup de temps.

Piero : Cela me fait penser aux Doors qui, pour leur premier album, avaient les chansons, les textes et tout ça. Ils travaillaient 10, 15 versions différentes de chaque morceau : sur un tempo plus funky, sur un tempo plus blues, sur un plus rock. Le morceau sur une semaine, ils le revisitaient, ils essayaient tous les arrangements possibles.

Tim : Tu fonctionnes un peu par élimination, tu essaies des trucs et tant pis si des fois, ça ne marche pas.

Gabriel : Et même parfois, nous nous rendons très vite compte que cela ne sert à rien d’aller plus loin. Par exemple, pour le morceau dont tu parlais tout à l’heure, « People Around Me », Piero, il est arrivé avec son riff de guitare. Nous avons joué tous ensemble. Nous nous sommes demandé ce que nous allions faire après. Mais en fait, nous avons arrêté là. Cela donne un morceau d’une minute trente, mais il est très bien comme ça.

Tim : Cela permet de garder une certaine fraîcheur, une certaine spontanéité, c’est super important.

Gabriel : Quand tu commences à trop le faire tourner dans ta tête, quand tu commences à trop bouger le morceau, au final, tu arrives nulle part. Faut garder cet esprit du moment, de l’instant.

Piero : Souvent le premier truc que tu trouves, c’est le bon.

Gabriel : Ce n’est pas tout le temps le cas, mais quand ça arrive, c’est vraiment cool.

  • Tim, tu commençais à parler de leadership. À l’écoute de votre disque, j’ai eu justement une impression très collective dans votre groupe. Ce qui n’est pas forcément pas le cas, dans l’histoire du rock, où tout un pan est lié à des groupes tournés autour d’un leader charismatique.

Tim : Ouais des leaders-chanteurs. Le biopic sur Queen vient de sortir, tu vois que c’est vraiment Freddy Mercury qui dirigeait le bordel, même s’il y a des musiciens de fou derrière, tu as un mec limite un peu despotique d’ailleurs.

Charles : Mais tu ne l’as pas vu, toi, en fait, le film ! (Rire général) Il se trouve que ce n’est pas comme ça que ça se passe dans le film en fait. C’est au moment où il est vraiment en train de péter les plombs, pour des problèmes justement de leadership qu’il quitte le groupe. Il sort un album, mais le problème est que les musiciens avec qui il fait ce disque, quand il leur disait un truc, ils l’écoutaient. Alors que dans Queen, ils se prenaient vraiment la tête dans la création des morceaux.

Gabriel : Ouais, attention, Brian May, ce n’est pas n’importe qui. Et puis dans Queen, il n’y a pas que Freddy Mercury qui composait et signait les morceaux, il y avait aussi Brian May.

Tim : (Il se marre) Bon, je vais aller voir le film alors !

Piero : Bravo Tim, ça t’apprendra à parler de film que t’as pas vu !

Tim : J’adore ça parler de films que je n’ai pas vus, c’est même ce que je préfère ! (Rire général).

Gabriel : Freddy Mercury, c’était le «  frontman ».

Charles : Ouais, il avait le leadership du charisme !

Tim (Pas décontenancé) : Ouais, parce que les autres c’étaient vraiment des huitres ! Surtout l’ingé son ! (Il se marre de plus belle).

  • Est-ce que cela voudrait dire que cette dynamique collective qui est la vôtre rejoindrait une certaine utopie politique ?

(Piero rigole avec un réel entrain).

Tim : Politique… forcément !

Gabriel : À partir du moment, où tu composes des chansons, tu écris des textes qui parle de comment tu vois le monde, la société : tu deviens forcément politique. Parce que tu as une vision, un idéal. Oui, dans ce sens, politique, nous le sommes. Après politique, pas vraiment en fait, au sens où nous ne sommes pas partisans, nous ne sommes partisans d’aucun parti.

Piero : Oui, politique, au sens de la vision d’une communauté. Le rêve, l’utopie c’est de pouvoir faire en sorte que Fabulous Sheep et notre label Bitter Noise, soient une vraie communauté. Tim, va aider le groupe dans lequel joue Jack, avec des potes à nous, Mata Hari. C’est Gabi, qui a d’ailleurs enregistré leur premier EP. Dans l’absolu, nous rêverions d’une communauté artistique, qui s’occuperait des affiches, des visuels, des vidéos, du live, de tout en quelque sorte.

Tim : C’est aussi dû à Béziers, où il ne se passe pas grand-chose. Et même avant Ménard (NDR : Robert Ménard est devenu maire de Béziers en 2014), c’était un désert. En fait, quand nous avons commencé à faire de la musique, il n’y avait pas beaucoup d’opportunité. Il y avait donc cette idée, de créer un collectif pour aller chercher des dates, pour monter des événements, pour faire bouger les choses. Et ça, cela nous est resté et c’est même toujours là depuis nos débuts. Nous avons créé une association, avons créé un festival.

Piero : Pour le festival, il y avait trente bénévoles pour faire l’installation sur place, pour faire des décors… des lycéens beaucoup, et c’était magnifique de voir toute cette dynamique. Dans l’équipe, maintenant, nous sommes sept sur la route. Nous sommes entourés par notre manager Yann, nous avons des attachés de presse, Fred et Tanguy. C’est génial ! Tout ce que nous espérons, c’est que notre projet puisse faire vivre des gens et créer une vraie communauté.

crédit : Nina Fractal
  • En tout cas, c’est une vraie façon de vivre le rock, parce qu’à l’inverse, nous pouvons avoir des gens qui envisagent le rock comme un truc très libéral, très individualiste…

Charles : Tu penses à qui quand tu dis ça ? Des noms, des noms !!!

Piero : Ah, ouais (Il se marre) C’est super drôle ce que tu dis.

Charles : Pardon, on t’a coupé. Très libéral, c’est-à-dire ?

Piero : Showbiz ? Une façon de faire du fric ?

Charles : Vivre de la musique, puisqu’on parlait à l’instant de politique, finalement, sans avoir de message précis, sans avoir d’utopie ?

Gabriel : Un peu comme Mick Jagger, par exemple. Mick Jagger, c’est un businessman.

Charles : J’aimerais bien savoir ce qu’il pense. (Rires)

Gabriel : Ben, les Stones, ils n’ont jamais été super engagés… Très tôt, Mick Jagger, il a quelque part créé la marque Rolling Stones.

Tim : Attendez les gars, quand vous aurez des millions, on verra si vous ne devenez pas des enfoirés. Une fois que tu as des millions, il faut les entretenir ! (Rire général)

Charles : Dans les exemples que j’aime, il y a …. Ah, le groupe français qui a racheté une ferme ?

Gabriel : The Inspector Cluzo.

Charles : Ouais, eux, j’aime leur logique de faire fructifier les gains qu’ils obtiennent par la musique, d’en faire quelque chose de noble, et même si c’est pour créer une économie, ce sont vraiment des initiatives à mettre en avant. En plus, ils ont aussi une logique d’autosuffisance.

Tim : Pour revenir à ta question, ce qui explique notre fonctionnement, c’est que nous avons pris du temps pour arriver à ce résultat aujourd’hui. Il y a eu plusieurs étapes. Et nous n’avons pas pris la grosse tête, à aucun moment, car nous avons pris conscience de tout ce que cela représente comme travail.

Gabriel : Nous n’avons pas été découverts du jour au lendemain. Il y a pleins de gens, qui nous aident au quotidien, Julien, Arbre, Fred, Yann, Tanguy, Mathieu à l’édition, Cyril au booking. Mais à la base, nous étions tous seuls. Les CDs que nous avons sortis, c’était cool, nous avions de bons retours, toutes les tournées, jusqu’à il y a très récemment, c’étaient nous qui les montions. Les enregistrements, nous les avons toujours faits, nous-mêmes de A à Z.

Piero : Il y a aussi un truc, c’est que nous avons envie de combattre cette image de merde de rock’n’roll star.

Tim : Nous défendons vraiment ce truc. Alors que le rock aujourd’hui est peut-être plus un truc esthétique qu’un truc de fond. C’est pour ça par exemple que nous écoutons beaucoup de rap. Les rappeurs, ils balancent ce qu’ils ont au fond d’eux. Nous nous retrouvons beaucoup plus en eux, que dans un mec qui se gomine les cheveux, met un cuir et fait semblant de faire du rock !

  • En lisant vos interviews, j’ai effectivement découvert que la notion d’indépendance, d’autoproduction, était vraiment quelque chose qui vous tenez à cœur ! Est-ce que ce sont aussi des groupes qui vous ont inspiré ces valeurs ?

Gabriel : Oui et non, cela nous a surtout été inspiré par notre parcours. Qui de mieux que nous-mêmes pour réaliser les choses.

  • Aujourd’hui, vous vivez de votre musique ?

Ensemble : Non… Pas concrètement. Pas numériquement, d’aucune façon. (Rire général) On n’en vit pas. On en survit pour l’instant.

  • C’est aussi toute une histoire du rock, que d’avoir un boulot à côté, etc.

Tim : C’est exactement ça.

Charles : On est en plein dedans.

Gabriel : Charles, Jack et moi, les trois mois de l’automne, nous avons bossé chez … (NDR une enseigne pour les enfants très connue), nous étions dans les entrepôts, pour les expéditions. Certains d’entre nous font la saison des melons, d’autres bossent dans le service. Piero fait des piges dans un journal local.

Tim : Faire les melons, cela évite vraiment de le prendre. (Rire général)

La discussion se poursuit encore longuement ensuite, notamment autour du statut de l’intermittence, affichant une nouvelle fois la justesse et la pertinence de ce groupe qui cherche en permanence le bon équilibre entre accomplissement, réussite, utopie, créativité, avec toujours ce sens de la dérision qui leur va si bien.

« Fabulous Sheep » de Fabulous Sheep est disponible depuis le 8 février 2019 chez Bitter Noise via Differ-Ant.


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