[LP] Fabulous Sheep – Fabulous Sheep

À la fausse question de savoir si tout a déjà été dit dans le rock, les Français de Fabulous Sheep opposent un « peut-être, mais tout reste à faire », en forme de réponse cinglante avec leur premier album tout simplement détonnant ! Activant ainsi avec une envie débordante, l’énergie et l’irrévérence historique de la musique du diable, ils revisitent, dans un joyeux bordel, les grands moments du punk et de l’indie rock américain et anglais.

Le rock a été marqué depuis les années soixante par une flopée de premiers albums urgents et frondeurs (et souvent éponymes d’ailleurs comme « The Stooges » en 1969 et « The Clash » en 1977). Des monuments qui, même de nombreuses années après leurs sorties, sont toujours capables de nous mettre une grande baffe dans la tronche. En somme, commencer le pied au plancher et montrer en quelques secondes de quoi il en retourne : quitte à griller de précieuses cartouches. Une absence de calcul qui devrait être l’essence même du rock et qui a assurément été celle de ses plus déviantes déclinaisons. Mais comme tous les mouvements artistiques populaires, le rock se conjugue évidemment au présent. Aujourd’hui, le présent (enfin le nôtre) se nomme assurément Fabulous Sheep. Ainsi, dès les premiers accords de guitares, le gang nous prend par les sentiments (ou par le colbac, à vous de voir), avec un « People Around Me » simple et redoutablement efficace, avec ce petit truc que nous aimons tant chez la bande à Joe Strummer, et que nous pourrions nommer sobrement la verve. Le son est au rendez-vous, vivant et dynamique, sans vraiment d’effet de styles particuliers. En somme, l’efficacité comme leitmotiv, pour aller droit au but et éviter les bavardages inutiles. Nous prenons en pleine poire (et sans broncher, car le plaisir est là) une furieuse collection de titres agités qui s’est affinée sans aucun doute sur la scène avant de passer par la case studio.

Fabulous Sheep n’est pourtant visiblement pas un groupe fétichiste. Et même si Timothée, Piero, Gabriel, Charles et Jack doivent connaître sur le bout des doigts un paquet de classiques : pas question pour eux d’être de simples copies ou de pâles suiveurs. Et encore moins de jouer le fameux complexe d’infériorité typiquement français, en tout cas en matière de rock’n’roll, pour le reste, le melon est souvent servi à la cuillère CQFD ! Ainsi avec beaucoup de fraîcheur, ils revisitent près de 40 ans de rock indépendant à leur sauce, avec énormément d’intentions et de vérité, pour laisser s’épanouir leur personnalité sonore qui, sans être révolutionnaire, les rend très vite attachants. Un hit comme « In This World » laisse ainsi se développer une délicieuse urgence mélodique si présente chez des monstres (encore vivants et en activité, ne l’oublions pas) comme les Pixies. Dans le sillage de Franck Black (pour des résultats lui caressant souvent à peine les chevilles), ils sont pourtant nombreux à avoir tenté de cuisinier cette fameuse recette (en respectant un vrai sens des proportions, à la fois excessif et surtout très malin), entre une approche volontairement bruyante, à la limite du sauvage, et un sens aiguisé de la mélodie. Tambour battant, quelques minutes plus tard, les Biterrois revêtent les costumes des New York Dolls sur « Suicide » dans un déferlement de puissance punk façon Hüsker Dü.

Ce premier long format fourmille ainsi de morceaux édifiants, mais sans jamais sombrer dans l’inventaire du parfait apprenti indie rocker. En effet, au travers de la vérité de l’autoproduction et de moyens réellement indépendants, ils réussissent à préserver une indéniable homogénéité de ton, et à affirmer leur personnalité. Ils se permettent par exemple (et sans faute de goût) de lorgner, de façon surprenante, du côté du post-hardcore façon Quicksand sur le pénétrant « Take Shelter » et ses riffs de guitares massifs et incisifs. Avec beaucoup de confiance, les cinq complices invoquent également des figures remarquables comme celles d’Elvis Costello et David Bowie, sur les délicieux « Hotel » et « Blackbird » qui complètent à merveille ce disque aussi gourmand que jubilatoire. À ce titre, ces références et influences entretiennent étrangement dans nos écoutes, une proximité avec le souvenir des premiers pas d’Arcade Fire, ce qui convenons-le, est à la fois assez flatteur et mine de rien, très prometteur.

crédit : Jean-Claude Azria

Bien sûr, ce LP a les qualités de ses défauts. Si à l’image de la pochette, l’ensemble des morceaux constitue un assemblage en forme de patchwork, mais sans véritable fil conducteur, ce disque raconte avant tout, la belle utopie d’une aventure collective. En 2019, avec ce seul disque, la preuve est donnée que de jeunes musiciens vivent encore à fond leurs propres rêves rock’n’roll avec une candeur juvénile et un appétit énorme. Attention pour eux, l’effet domino est déjà largement amorcé, mais nous ne savons pas encore, où et quand il voudra bien s’arrêter ?

« Fabulous Sheep » de Fabulous Sheep est disponible depuis le 8 février 2019 chez Bitter Noise et Differ-Ant.


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