Nous terminons cette série d’interviews consacrée aux quatre artistes qui représenteront les couleurs d’Ego Twister lors de la soirée organisée par le label vendredi 29 mars prochain avec Emmanuelle de Héricourt alias EDH. Après trois albums et plusieurs collaborations notamment avec Hypo, cette interview sera l’occasion pour nous faire le point sur le brouillard obscur qui habille sa musique.

- Bonjour EDH, ton univers est radicalement sombre et torturé, à l’image de ton dernier album « Yaviz » qui fait la part belle à des sentiments plus violents en comparaison de ton opus précédent, « Predature ». Comment envisages-tu tes compositions et les mets-tu d’emblée dans un contexte d’album ? D’où provient toute cette noirceur, ces sonorités presque schizophrènes ?
Bonjour, j’espère que mes morceaux ne te donnent pas non plus envie de te passer la corde au cou. « Predature » est un peu plus contemplatif que « Yaviz », je pense. Chaque album se construit autour d’humeurs différentes. Parce que les temps changent et parce que je change avec. J’ai l’impression de traverser une époque assez désespérée, et c’est sans doute en opposition à cela que je produis de la musique. Je le fais de manière assez obsessive. Les causes perdues me donnent de l’énergie. J’en tire de belles substances parfois assez sombres.
- Est-ce un processus lent et douloureux que d’accoucher d’un disque ou au contraire, est-ce totalement spontané, voire nécessaire à ta créativité ?
Tout à la fois. Nécessaire et spontané. Parfois douloureux. C’est également un bon exutoire. Si j’y reviens sans cesse, c’est que je dois aussi y trouver du plaisir.
- « Yaviz » est sorti en juin dernier, quel est ton regard à présent sur ce nouvel album ? As-tu des regrets ou en es-tu pleinement fière ?

Yaviz est un bon album. Je l’assume totalement. Au moment de sortir un disque, je me persuade qu’il est possible d’atteindre une certaine perfection dans la forme. Mais c’est juste pour m’aider à lâcher l’affaire. En dehors de ces moments-là, je suis persuadée que tout peut être bouleversé à tout moment. La vie de ce disque se poursuit pendant les concerts et je prends toujours beaucoup de plaisir à jouer ces morceaux.
- Précédemment je te faisais part du sentiment de rupture entre « Predature » et « Yaviz », comment le ressens-tu ? Je pense notamment que « Yaviz » est peut-être plus synthétique et accessible que « Predature ».
Yaviz est plus direct. Mais je ne pense pas qu’il y ai de rupture entre les deux disques. Une évolution, surement. Quant à l’accessibilité, je n’en sais rien. Je n’ai pas assez de recul pour savoir si mes morceaux sont suffisamment faciles à écouter ou pas.
- Tu es seule aux commandes d’EDH, est-ce difficile de diriger par toi-même et toi seule une entité artistique ? Es-tu toujours seule ou t’accompagnes-tu de musiciens au moment de l’enregistrement ou sur scène ?

Je suis accompagnée sur scène. Parce que je n’ai que deux mains et parce que l’acte scénique est un truc plus social. J’ai deux musiciennes avec lesquelles je m’entends vraiment bien. Elmapi et Renka. On compose également quelques morceaux ensemble.
Par contre pour mes albums, je les compose seule. Ça me permet d’imposer mon caractère obsessionnel et tyrannique à personne d’autre qu’à moi même. J’ai vraiment besoin de ces temps là où j’ai un rapport à la musique plus instinctif.
- Par ailleurs, après ta collaboration avec Hypo, aimerais-tu participer à d’autres aventures de ce genre ? Quels seraient tes artistes favoris pour partager ce type d’expérience ?
Nous venons de terminer un nouvel album avec Hypo. Il sortira à la rentrée. C’était super de bosser ensemble. On s’est bien pris la tête et on est arrivé à un très beau résultat. J’ai hâte de faire écouter ce disque.
Mais je n’ai pas envie de multiplier les collaborations non plus. Pas pour le moment !
- Parlons un peu de ta démarche artistique, as-tu une visée précise et un message que tu souhaites transmettre à travers tes disques, à travers tes textes ou même tes visuels ?

Ah non. Pas de message, pas de visée. C’est plus de l’évocation. Sombre, torturé, noire et schizophrène. C’est comme ça que tu as défini ma musique au début l’interview. Alors, oui, c’est possible, mais c’est ta vision, je l’aime bien d’ailleurs. Mais je ne veux pas diriger l’écoute. Je compose de manière assez instinctive et je pense que ça peut donner quelque chose d’assez personnel et d’assez intime. Je peux imaginer que ce soit ressenti ainsi. J’aime bien l’idée qu’il y ait une appropriation.
- Au final, où te places-tu dans le paysage musical et artistique en général ?
Pour continuer ta métaphore, peut-être dans une cage d’escalier. Au 6e étage d’une grande ville.
- Parlons un peu des artistes avec qui tu partageras l’affiche de cette soirée organisée par le label Ego Twister au Chabada. Quels sont tes liens avec ce label et connais-tu les autres artistes officiants le temps de ces quatre concerts ?

Yan du label Ego Twister a gagné la palme du plus gentil label manager. A plusieurs reprises je crois. Ricky Hollywood est un redoutable adversaire de ping-pong. Gratuit, j’entends parler de lui depuis quelques années déjà. Cela me fait très plaisir de jouer avec eux sur ces trois dates.
- On en vient à la fin de cette interview, et je me dois de te poser une question avant que tout cela soit terminé, quel est ton dessert favori ?
Île flottante, sans la crème anglaise. Du coup, l’île ne flotte plus. De toute façon les îles, à priori, elles ne flottent pas.
- Merci beaucoup EDH, je te souhaite une vive réussite qui serait réellement méritée. À bientôt !