[Live] Eagles Gift et Vagina Town au Chabada

Bien sûr, la perspective d’un nouveau concert des Angevins d’Eagles Gift au Chabada pouvait être synonyme, le vendredi soir du 21 octobre 2016, de non-événement (habitué des studios de répétition du lieu, le groupe y a déjà été invité à plusieurs reprises). Mais les temps changent, et il faut bien avouer que l’idée de les voir en tête d’affiche, dans le cadre d’une tournée française passant par des salles comme La Laiterie, l’Ubu, l’Aéronef ou encore Stereolux s’avérait au final assez excitante. Bref, comme on dit dans ces cas-là, « The boys are back in town ! »

Eagles Gift © Erwan Iliou
Eagles Gift

Chargés d’ouvrir la soirée, les Nantais de Vagina Town ont joué la carte du buffet de hors-d’œuvre varié. Rien de très original, reconnaissons-le, mais au moins les ingrédients sont de qualité : du psyché rock garage avec sauces au choix : rockab’, heavy, funky, country… Enchaîné à une intro instrumentale, le premier morceau évoque un peu les B52’s, avant que l’influence des Cramps ne vienne écraser une grande partie du reste du set. Accompagnés d’une claviériste et d’un batteur, les Lux Interior et Poison Ivy de la soirée inversent les rôles : pour Monsieur, un jeu de guitare assuré doublé d’un chant forçant un peu sur les effets, pour Madame, la basse et le look décomplexé, via un superbe casque à plumes qu’il fallait tout de même oser arborer face à public encore clairsemé et d’une sagesse telle qu’il lui sera même demandé de se mettre debout avant le début du concert…

Un public bien plus compact, fort heureusement, pour la suite des événements. Voilà bien longtemps qu’un groupe local n’avait pas rempli la scène club du Chabada… Oui, il se passe quelque chose avec ce groupe, resté un peu dans l’ombre ces deux dernières années, mais ayant suffisamment travaillé sa mue pour délivrer un second album, « An Astral Journey », de haute tenue et des prestations live plus ambitieuses que par le passé. Des ambitions affichées dans un light show sobre et des visuels de fond de scène en parfaite adéquation avec l’humeur des nouveaux morceaux. Le psyché rock d’Eagles Gift est un ciel orageux, partagé entre rais de lumière aveuglants, grondements et coups de tonnerre. Un ciel sans doute moins serein que lors des années précédentes, quand le groupe se montrait plus direct, plus avare d’effets pour se concentrer sur la qualité intrinsèque de ses compositions.

À chacun d’apprécier ou non la direction empruntée par des musiciens désormais tentés de miser davantage sur leur puissance et les possibilités de leurs instruments que sur la sage mise en relief de leur répertoire. Une prestation irréprochable pour qui découvrirait tout juste le groupe, mais sans doute un peu déconcertante par instants pour quiconque ayant été témoin des nuances pop et de la fraîcheur qui caractérisaient leurs concerts des débuts. C’est bien de la promotion d’un nouveau disque et de la démonstration d’un nouveau savoir-faire dont il est question là : n’en déplaise aux fans de la première heure, seul « Germanium », issu du premier opus, sera joué ce soir. Eagles Gift a choisi de ne plus dérouler simplement une collection de bons morceaux mais d’embarquer le public dans une transe sonore compacte, un trip sonore calculé où l’hypnose collective s’avère souvent une option judicieuse mais aussi laborieuse à obtenir, à l’image de ce (trop) long « Pythia In The Barn », réussi sur disque mais peut-être un poil indigeste pour conserver l’attention du public. Bref, des choix que nous devinons bien sûr assumés, courageux, taillés pour des lieux autrement plus excitants que les arrières salles de bars, mais dont l’épure et la concision sont bien souvent exclues. Le papillon a quitté sa chrysalide. Ses couleurs sont étonnantes, déroutantes. Prenons le temps d’admirer son vol insaisissable avant de jouer aux collectionneurs blasés et pointilleux.


Retrouvez Vagina Town sur :
Site officielFacebookBandcamp

Retrouvez Eagles Gift sur :
Site officielFacebookTwitterSoundcloud

Partager cet article avec un ami