[Live] Cavale Blanche et Frustration au Joker’s Pub

Soirée cold wave et post-punk, samedi soir, au Jokers Pub. Mais aucun exercice de revival pathétique pour autant.

Frustration © Fred Lombard

La raison ? La jeunesse, l’insouciance et donc la sincérité du premier groupe, Cavale Blanche, trio rennais guitare/basse/batterie dont les trois membres n’étaient sans doute pas encore nés à l’époque où The Cure et Cocteau Twins publiaient leurs derniers vrais bons albums. Ah, ces sons de guitare et de basse ! On pardonne beaucoup de choses à un groupe vous replongeant irrémédiablement dans les brumes de « Seventeen Seconds » ou « Garlands »…

On excuse également son manque d’assurance ou ses fins de morceaux parfois bancales et ce chant un poil trop maladif (Bon, Mathis avait également chopé la grippe, ceci expliquant certainement cela). L’essentiel est ailleurs. Dans ce rock grisâtre et cotonneux hérité des 80’s. Si le genre a tellement fait école depuis plusieurs décennies, pourquoi, dès lors, ne pas continuer à lui rendre hommage, qui plus est quand il s’agit, dans le cas présent, d’influences parfois inconscientes ?

Côté post-punk, Frustration a encore moins besoin d’alibi. Formé en 2002, marathonien du circuit des clubs, le groupe a réussi à dépoussiérer le genre grâce à une poignée de maxis et deux albums incendiaires publiés chez Born Bad Records. Un punk-rock basique, radical (façon Bérurier Noir), menaçant, gorgé d’une colère étouffée à la Joy Division (période Warsaw) ; mais aussi hypnotique, robotique, truffé d’électro, rappelant le côté froid et dansant de New Order. Ajoutez à cela l’intimité du lieu visité, l’heure tardive (plus c’est long, plus c’est bon), un public préchauffé à grand renfort de pintes, et vous obtiendrez sans mal un set irréprochable. « Salut ! On vient de Juvisy-sur-Orge ! ».

Question frime et glamour, Frustration ne risque rien et enchaîne les morceaux comme un boxeur : petits pas chassés synthétiques et uppercuts, via le chant scandé de Fabrice Gilbert, regard noir, fixe, mâchoire invariablement serrée. Pas de punks à chiens dans le public. Alors, on se contente de pogoter en douceur sur ce rock d’asile, décharné, à la violence innée et effectuant lentement mais sûrement son travail de sape. « Worries », « Midlife Crisis », « Excess », « Uncivilized », « Assasination », « Blind » (joué en premier rappel) : les titres parlent d’eux-mêmes. On n’est pas là pour rigoler. La basse assomme, la batterie cogne, la guitare cisaille, le chanteur aboie. Et que dire de ces synthés réfrigérants aux antipodes de la « Love parade de Berlin » ?… Frustration, c’est ça et rien d’autre. Et ça suffit amplement. Ultime geste de classe, la reprise du défunt groupe cold wave angevin Seconde Chambre, « Victoires prochaines », jouée à mi-concert. « Philippe Manœuvre, de Rock & Folk, ne peut pas nous blairer », déclarait Fabrice Gilbert il y a quelques années ; « il nous appelle les chemises brunes ! ». Le pauvre homme n’a rien compris…

Setlist Frustration

Worries
No Premises
Midlife Crises
Minimal Wife
Premeditation
Excess
Uncivilized
We Miss You
No Troublke
Assassination
Just Wanna Hide
Victoires Prochaines (cover Seconde Chambre)
It’s Gonna Be The Same
Angle Grinder
Too Many Questions
Mother Earth
Even With The Pills
Duties
Blind
Faster


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