[Interview] [Live] Bobbie et FORM à Sofar Sounds Paris

FORM, Zitoune et David Celia à l’Impasse, le 14 novembre 2023

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Le 14 novembre, on retrouve Sofar Sounds pour une nouvelle soirée à Ménilmontant chez l’Impasse, un bar caché dans un atelier d’artistes.

On y croise Zitoune qui présente son projet musical affirmant un folk « western badass » avec une joie communicative. L’homme-orchestre à l’allure roots a l’habitude de chanter sur les quais du RER A. Il tient sa guitare comme August Rush et sonne comme si Clint Eastwood avait avalé Eddie Vedder. Sur le dernier morceau, tambourin au pied, harmonica au bec et guitare à la main, il fait participer un public heureux de venir y faire les chœurs. Quand la dernière note s’éteint, on est presque surpris de sortir du saloon et de retrouver les lumières de la salle parisienne.


Puis c’est au tour de David Celia, venu du Canada, de prendre les mêmes instruments, la guitare à la verticale, et de nous jouer quelques morceaux. Une reprise en hommage à l’album « Dark Side of the Moon » et des compositions originales qui se construisent au fur et à mesure avec son looper. Un set, somme toute, un peu brouillon, mais intuitif et généreux ; dont une chanson interprétée en français pour l’occasion.


Les derniers à prendre le micro sont trois et s’appellent FORM. Ils viennent de sortir leur album « Bothered » il y a 4 jours et ils nous rappelleront, sans le vouloir, qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Car si de prime abord, on s’arrête sur leurs silhouettes très masculines, dès qu’ils chantent, on perçoit l’ouverture sensible de leurs mélodies évanescentes. Le public est touché par leur complicité, il y a une vraie synergie au sein du trio. Les voix claires et la rythmique portée par la batterie portable et les claps enrichissent ce set acoustique hypersensible. Entre deux titres du nouvel album, ils réinterprètent exclusivement ce soir, « Happen », le titre d’un artiste qu’ils adorent, Nick Hakim, entendu sur une session Sofar. Encouragés par l’atmosphère bienveillante du public, ils iront même jusqu’à tester une chanson pour la première fois parce que s’ils la loupent, « on est un peu entre amis ici, c’est pas grave ». On retrouve Hausmane Jamaleddine, chanteur et pianiste du groupe pour une courte interview après le concert.

crédit : Paul Johnson
  • Ce n’est pas votre première scène Sofar ?

Non, en effet, on est venu plusieurs fois, notamment avec La Chica qui m’a introduit au concept et avec FORM, c’est notre troisième passage.

  • FORM, c’est un projet que vous portez à trois, peux-tu nous en dire plus ?

Oui, alors ce soir on était en guitare-voix, mais sinon on fait de la musique beaucoup plus produite. Axel est notre beatmaker donc il gère différents éléments et la rythmique, mais il fait aussi toutes les voix avec les réverbes comme on a pu entendre ce soir. Ensuite, on a Adrien qui est au clavier et qui va être notre architecte du son, il va bosser les designs de nos morceaux et le synthé. Ce soir, il était principalement à la basse, à la guitare et au chant.

  • Sofar, c’est un format qui pousse à adapter ses chansons en acoustique, c’est un exercice que vous aimez bien faire ?

Oui, à fond ! On écrit et on compose nos chansons donc même si elles sont souvent très produites, on estime qu’elles doivent marcher en guitare-voix. Du coup, c’est un super exercice. Le fond du set est très construit, il y a beaucoup d’éléments de rythmiques et on aime bien revenir à ce truc très nu qui nous permet de retrouver un peu la sève de chaque morceau.

  • Et d’ailleurs ces morceaux, on peut les retrouver sur un nouvel album, c’est ça ?

Exactement. « Bothered » est sorti le 3 novembre et on est hyper content. C’est un album qui nous correspond énormément et qu’on défend sur scène dans un format plus produit. On joue à la Boule Noire le 29 novembre pour la release party. On a de super guests qui viennent, donc on est trop heureux.

  • Quel a été le processus créatif de cet album?

Alors parfois, ça commence avec un riff de guitare ou un beat d’Axel, mais je compose toujours les mélodies d’abord. Je vais chercher des sonorités qui me plaisent et souvent, j’aime bien croire que c’est mon inconscient qui m’envoie des mots. Et je me dis : « Tiens, c’est marrant j’ai envie de parler de ça » et souvent ça commence comme ça. Là, rétrospectivement, en écoutant l’album j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de négations qui revenaient, beaucoup d’émotions hyper tristes en fait, et c’est drôle parce que quand on nous connait, on est plutôt des gars joyeux, toujours à rire ! Mais cet album, il a une ambiance un peu dark, ou grise comme on dit, et j’ai réalisé que c’est toutes ces émotions un peu compliquées qui m’embêtent au quotidien que j’ai mis dedans et quelque part, ça m’en a libéré.

  • Au final, ce projet aura été un pilier de votre santé mentale ?

Oui, je pense. Et c’est marrant parce que ça fait longtemps qu’on fait de la musique, on se connait depuis qu’on a 8-9 ans, on a grandi ensemble musicalement et dans la vie et, même si après, on est partis vers des choses différentes, on a toujours continué de faire de la musique ensemble. On a tous cette approche un peu grise de la musique. On a lancé FORM, il y a 4-5 ans quand on a signé avec Nowadays Records, et là c’est drôle de voir aussi les émotions des gars et comment ils ont suivi sur des émotions qui à la base étaient très personnelles.

Par exemple on a un titre qui s’appelle « Vulnerable », ou je parle de quelque chose que je n’aime pas. Le fait de se sentir très fragile. Ressentir la vulnérabilité, ça m’énerve et du coup, ça donne quelque chose de très énervé sur des paroles très fragiles.

Travailler dessus, ça m’a fait me demander : « Mais pourquoi tu t’énerves ? C’est pas grave ! C’est parce que tu te sens en danger ? Tu te mets en colère pour te défendre ? » Cette notion de fragilité, c’est aussi grâce à La Chica, une artiste avec laquelle on a travaillé, qu’on l’a pas mal développée. D’ailleurs, un jour elle m’a dit quasiment le même truc que ce que tu m’as dit tout à l’heure : « Hausmane, tu fais hyper masculin, mais en fait, je crois que t’es le mec le plus féminin que je connaisse. »

  • Effectivement cet album à l’air d’avoir été le catalyseur de beaucoup d’émotions ?

Oui et on y a mis aussi les bonnes. On produit pas mal pour les autres comme La Chica et Fakear. On a fait ça aussi avec un grand monsieur qui s’appelle André Manoukian ; donc beaucoup de prods pour des projets très différents et ça nous a beaucoup appris. On a le sentiment d’avoir vraiment évolué en prenant de ces expériences. Donc après avoir travaillé avec beaucoup de gens, on s’est retrouvé tous les trois et on s’est rendu compte qu’on avait plein de choses à dire en fait. Ça donne un album qu’on aime beaucoup et je suis hyper fier aussi des gars. Et ça n’est que le début !

  • Que penses-tu du lieu où vous avez joué ce soir ?

Hyper bien, c’est la première fois que j’y mettais les pieds. C’est très cool, hyper adapté pour un Sofar.

crédit : Paul Johnson
  • Qu’as-tu pensé du concert et du public ?

Ça s’est très bien passé, avec un public hyper bienveillant, cool, hyper à l’écoute. C’est pour ça qu’on fait Sofar aussi, pour cette qualité d’écoute chez les gens et cette ambiance particulière.

  • Peux-tu me citer trois chansons qui vous ont influencés de manière majeure ?

Bon, il y a forcément Radiohead, mais laquelle… c’est dur, mais je dirais « Weird Fishes » parce que ça nous rassemble.

Ensuite, je dirais le trio Weval, et pour le titre je dirais « Someday ».

Enfin, je dirais Fink et la chanson « Warm Shadow », mais en vrai toutes ses chansons (rires). C’est une ref perso, j’ai grandi avec lui, il fait vraiment encore partie de moi aujourd’hui.

  • Ce soir, vous avez aussi fait référence à un autre artiste, tu peux m’en dire plus ?

Oui, Nick Hakim ! C’est notre amour à tous les trois, on a repris sa chanson « Happen », elle est sublime. Cet artiste, il est incroyable. On a la chance, en plus, de l’avoir rencontré et de l’avoir vu jouer plusieurs fois. C’est un génie du son, on est hyper fans de lui. Cette chanson, elle m’a chamboulée ces deux dernières années pour plein de raisons : elle est incroyablement chaude, elle est trop belle, faut aller l’écouter. Nous, on en a fait une version très lente, très flottante et on adore la chanter tous les trois.

  • La première fois que vous avez rencontré Nick, c’était ici ?

Alors non, mais quand je suis vraiment tombé amoureux de lui j’étais au lycée. C’était l’époque Soundcloud, j’allais chercher les sons un peu au hasard et il avait une session Sofar enregistrée à Londres où il chantait « The Green Twins ». Je regardais en boucle cette vidéo parce qu’elle était trop belle et voilà, depuis, je l’ai jamais lâché. Ses chansons sont trop belles.

  • C’est une belle boucle en tous cas d’être là ce soir sur une scène Sofar et de jouer cette chanson. Vous allez la lui envoyer ?

Carrément. Il faudrait ! On ne l’a jamais enregistrée, mais il faudrait qu’on le fasse.

  • As-tu un titre préféré sur ton album qu’il faut qu’on aille tous écouter ?

Je dirai « nobody ». Mais sur cet album de 11 titres, je vous recommande également « bothered » et « our own way », qui sont la dernière et la première qu’on a jouées ce soir.

  • Merci Hausmane, rendez-vous le 29 pour la release party.

Avec grand plaisir !

Deborah Picard

Deborah Picard

Conceptrice-rédactrice et woman backstage, adepte des lives, croit fermement aux tiny sounds, big impact.