[Interview] [Live] Bobbie et FORM à Sofar Sounds Paris

Bobbie, Stranded Horse et Nytrom à la Maison du Zéro Déchet, le 8 novembre 2023

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On ne l’attendait pas, elle nous a cueillis. Bobbie ouvre ce Sofar Sounds, et elle et sa guitare auront été la révélation de la soirée. La scène est simple et cosy. Les spectateurs, assis à même le sol, attendent avec une impatience intriguée les premières notes. Le maître de la soirée nous présente cette artiste qui, après un road trip en Australie, aura une révélation en écoutant Bob Dylan et Joni Mitchell. « J’ai pris les albums parce que les pochettes me plaisaient, je les ai passés en boucle sur les routes et j’ai senti comme une urgence à écrire et composer ma propre musique » confie-t-elle après le concert. Celle qui a enregistré avec Bon Entendeur sort bientôt son album intitulé « The Sacred in the Ordinary » dont elle joue ce soir, pour un public restreint, quelques titres à la guitare. On la retrouve après son set.

crédit : Maud Chalard
  • C’est ta première scène Sofar ?

Non, en fait, j’ai déjà joué plusieurs fois pour Sofar Sounds, il y a peut-être 10 ans, puis il y a 4 ans et maintenant, ce soir. Ça prend de l’ampleur, maintenant il y a plusieurs rendez-vous dans le mois. Au début, c’était plutôt roots, assez à l’arrache, j’en avais fait un à Berlin, je me souviens. Depuis, c’est bien plus organisé.

  • Ce soir, tu es venue présenter ton projet musical, peux-tu nous en dire plus ?

Alors, je dirais que ma musique c’est de la folk-americana. L’americana, c’est un style très répandu aux États-Unis. C’est un mix entre la musique folk, la country et la soul. C’est très riche en inspirations, il y a plein d’influences. Ma musique, c’est un peu tout ça, même si à la base, c’est le folk des années 70, surtout Joni Mitchell que j’adore et Bob Dylan, les grands classiques. Puis je me suis intéressée à la country et à la soul. On retrouve un peu tout ça dans mes morceaux.

  • Comment s’appelle ton prochain album ?

« The Sacred in the Ordinary ». Pour moi, c’est un peu une renaissance après des moments difficiles, des passages de reconstruction, où il a fallu que je me retrouve moi, des histoires d’amour qui se terminent… J’ai eu besoin de retrouver les moments « sacrés » dans le présent. Ça a fait un texte, qui a fait une chanson, mais qui part essentiellement de cette démarche volontaire, de ce besoin de retrouver du beau dans l’ordinaire. Et je voulais un titre d’album optimiste. Je ne voulais pas quelque chose de lourd, mais plutôt quelque chose plein d’espoir qui amènerait vers un album encore plus lumineux, maintenant que je sais que je suis sur la bonne voie.

  • Pourquoi est-ce que tu chantes en anglais ?

L’anglais a toujours été très instinctif chez moi : j’en écoutais à travers la musique, je suis partie en Australie, j’ai fait mes études en anglais et même quand je dors, je rêve en anglais. Bizarrement quand j’essaie d’écrire en français, ça n’est pas aussi naturel pour moi. J’ai l’impression de pouvoir exprimer beaucoup plus de choses alors que c’est vrai que ce n’est pas ma langue maternelle.

  • Qu’en est-il de ton processus créatif ?

C’est très instinctif. Quand je sens que ça vient, je me mets à la guitare. C’est souvent la guitare et le chant en même temps. Ce sont des mots qui viennent comme ça, qui descendent, et puis… t’as comme ça un mot, quelque chose qui va définir l’axe du morceau. Je m’accompagne toujours pour créer la mélodie en même temps. Je ne saurais pas vraiment faire sans l’un ou sans l’autre, j’ai besoin du chant et de ma guitare pour créer.

  • Tu n’écris jamais sur un coin de table ?

Alors si, j’ai une note qui fait des kilomètres où j’écris toutes les phrases, toutes les choses qui me marquent au quotidien et de temps en temps, c’est vrai, ça peut m’aider à écrire mes textes.

  • En règle générale, tes sujets sont-ils autobiographiques ?

Oui, je parle principalement de mes expériences. Il a parlé d’Australie pour m’introduire, mais ça fait plus de 10 ans, peut-être même 15, que je suis partie là-bas. C’est là que je suis tombée amoureuse de cette musique folk. Chez un disquaire, j’avais acheté 2 CDs que je passais en boucle sur la route. À cette époque-là, je formais un duo et je commençais tout juste à écrire des morceaux. C’était vraiment le début-début.

crédit : Louie Salto
  • Comment est-ce que tu as su que c’était ce que tu voulais faire de ta vie ?

Quand j’étais petite, la musique c’était vraiment ma passion « number one ». Je chantais tout le temps, c’était très cathartique de chanter pour moi. J’ai perdu mon père très jeune et le chant, ça a été ma manière d’exprimer toutes les émotions qui se bousculaient à l’intérieur de moi et de survivre à ça quelque part.

  • Pour toi, la musique, elle a un pouvoir guérisseur ?

Oui, dans mon histoire, elle a vraiment eu cette fonction très personnelle de guérison. Quand je chante, je me guéris en quelque sorte, et si j’arrive à soigner aussi les gens qui écoutent (même si c’est un bien grand mot), à leur faire du bien, alors c’est génial. Je pense que tout artiste part d’une démarche assez égocentrée mais si on partage ce que qu’on met en musique c’est pour que les gens y trouvent un écho. Le pouvoir de la voix sur les âmes, ça peut être quelque chose de très fort.

  • Quand est-ce que tu as commencé à chanter ?

Je n’ai jamais pris de cours de chant donc ça a toujours été très instinctif alors que ça ne chantait pas chez moi. Ma mère, elle me disait : « Arrête, c’est chiant ! ». Mais mon père écoutait beaucoup de musique, donc jusqu’à ce qu’il parte il y avait beaucoup de soul, de blues tout le temps. Ça fait des années que je chante, depuis la cour de récré, mais j’ai changé de vie assez récemment. Professionnellement, j’en vis vraiment seulement depuis 4-5 ans.

  • Que s’est-il passé pour que tu décides de changer de vie ?

C’est très étrange dit comme ça, mais en fait, j’ai senti que je n’avais plus le choix. Parfois, il y a la vie et la famille qui peuvent t’empêcher de suivre une voie. Il y a plein de facteurs qui font qu’on ne peut pas s’écouter. Puis… est arrivé le moment où j’étais vraiment trop mal : dans mon job, dans mon corps, dans ma tête, c’était viscéral, je ne pouvais plus…, je n’arrivais plus à… fonctionner. Donc ça s’est imposé à moi.

  • On peut refuser d’écouter consciemment ou non, mais le corps envoie des messages.

Oui, tout à fait, et ça a été très très fort, vraiment très intense pour moi.

  • Tu peux nous parler un peu de ton projet avec Bon Entendeur ?

Ils vont sortir un album en février dans lequel ils invitent plusieurs artistes et ils m’ont proposé d’en faire partie. Du coup, je chante avec eux sur un titre. C’est un peu fou en plus parce qu’on ne s’est pas rencontrés en vrai, c’est leur réal qui a dû m’entendre et qui leur a proposé que je chante sur l’album. Alors j’espère que ça va sortir et que je ne m’avance pas trop, mais je peux te dire que c’est une reprise que j’interprète.

  • Pour les gens qui ne te connaissent pas, tu voudrais qu’ils te découvrent avec quelle chanson ?

Allez écouter « Lord ». Sur Soundcloud, Spotify, YouTube, il y a un clip. C’est un titre qu’il y a sur mon EP, mais je l’aime beaucoup. C’est le premier que j’avais sorti à l’époque. Il reste spécial pour moi.

  • Et dans la vraie vie on peut aller t’écouter où bientôt ?

Je vais faire la première partie de Tiwayo le 6 décembre au Café de la Danse et la prochaine, ce sera le Café de la Danse, le 4 avril, pour la release party de mon album « The Sacred in the Ordinary ».

  • Merci Bobbie, on te souhaite de faire salle comble. Les artistes suivants sont en place, allons écouter la suite !


Le prochain groupe à s’avancer sur scène est le duo Stranded Horse. Yann Tambour nous apprend que Boubacar Cissokho est venu spécialement de Dakar jouer pour nous ce soir. Dès les premières notes de son instrument magique, la kora, on se sent privilégiés. On est immédiatement captivés et saisis par ce son qui vient d’ailleurs et qui nous transporte vers un horizon lointain. Une musique du monde chaleureuse et entraînante, qui au fil des notes pincées, devient porteuse d’un message universel.

À retrouver le 25 novembre au Repaire dans le 18e pour Boubacar Cissokho en solo, puis en duo à Botanique (Bruxelles) le 6 décembre et au Consultat le 7 décembre.


Nytrom vient clôturer la soirée et présenter une masculinité sensible avec un duo guitare/voix contrebasse dont on nous dit qu’elle a eu des déboires avec la SNCF (pétition pour la réhabilitation des contrebasses dans les trains ici). C’est poétique, chaud, amoureux, feutré et quand, à la fin du set, on a du temps supplémentaire, Léo Barré (aka Nytrom) et Jules Billé (contrebasse) nous offrent un dernier morceau, délicieusement imprévu, dont ils apprivoisent les premières notes avant de trouver leur équilibre. C’est aussi ça l’expérience Sofar Sounds. Des artistes et des chansons qui se font sous nos yeux.

Deborah Picard

Deborah Picard

Conceptrice-rédactrice et woman backstage, adepte des lives, croit fermement aux tiny sounds, big impact.