[Création #16] La Chica

En décembre dernier sortait « La Loba » ; un disque thérapeutique et intime écrit et composé par Sophie Fustec pour accepter la disparition soudaine de son frère Pablo, victime d’un accident. De ce vide absolu quand toute son existence perdait son sens, de cette douleur mêlée à la rage de l’injustice, La Chica a arraché de cette expérience ô combien tragique une force vitale et une créativité phénoménale. Cet acte de reconstruction et de transformation, elle le chante et l’incarne au fil des sept pistes de ce mini-album confronté aux éléments comme aux évènements et souvenirs de sa vie passée. Après s’être connectée au feu avec « La Loba » puis l’eau avec « Agua », c’est avec la terre et l’air, « 3 & Hoy » que la chanteuse franco-vénézuélienne vient clore son triptyque de clips. Ce rituel de guérison, Sophie nous fait l’honneur de l’explorer avec nous aujourd’hui sur indiemusic en revenant sur les grands actes d’écriture de cet album chargé d’amour, de tendresse et de spiritualité envers son frère et celles et ceux qui ont traversé de tels drames. On lui laisse la parole…

crédit : Adriana Berroterán

« La Loba », c’est un album qui raconte un moment très précis de ma vie : la mort de mon frère Pablo, l’épreuve la plus rude de mon existence.

Je voulais que ce soit marqué dans le temps, que l’album sorte en 2020, à peine quelques mois après son décès, qu’il soit le reflet direct de cette année étrange, violente et pleine de changements.

J’ai voulu très vite lui rendre hommage. Je reste avec la frustration de n’avoir pas eu le temps de tourner un clip avec lui, c’était un projet que l’on avait depuis longtemps, mais que l’on repoussait toujours, alors il fallait que je le fasse apparaître artistiquement, à travers les sons, sur la pochette (à droite) ou de manière abstraite dans les clips.

J’avais envie de parler de lui, de le raconter en musique, mais je me suis très vite aperçue que c’était brûler les étapes du deuil, qu’il allait d’abord falloir comprendre ce qui m’arrivait, accepter ce changement de dimension et essayer de guérir, capter le nouveau fonctionnement de cette nouvelle configuration de vie. Puis transformer tout ce mélange d’émotions brutes en sons et en paroles.

Parler de la mort, c’est parler d’amour.

En chemin j’ai eu des illuminations, de la compréhension, et j’ai vu beaucoup de lumière.

Dans ce retour à l’essence des choses, le piano a été mon compagnon de route logique, l’instrument parfait pour dire les choses simplement.

C’est un orchestre à lui tout seul, il est mélodique, harmonique, rythmique… et j’ai ressenti beaucoup de liberté à me limiter à ce nouveau terrain de jeu contenant juste un instrument, ma voix et mes mains.

Mais il fallait que l’album soit pensé comme une production « électro », avec de l’espace, des effets, tordre la texture de base du piano, ouvrir le spectre.

J’ai donc fait appel au groupe FORM ; Hausmane, Aksel et Adrien, qui sont 3 producteurs hors pair, avec lesquels j’adore travailler, qui ont été un soutien artistique et moral précieux.

On a tout réalisé en un mois, ce qui est très rapide, mais ça nous a permis de présenter le sujet d’une manière authentique, en laissant des « défauts », sans trop réfléchir.

J’ai imaginé l’illustration en images en 3 étapes :

Le feu : une renaissance, après la mort, avec le clip de « La Loba ».

L’eau : une guérison à travers un rituel dans une rivière, « Agua ».

L’air et la terre : l’acceptation et la connexion spirituelle, « 3 & Hoy ».

Pour réaliser le clip de « La Loba », j’ai fait appel à Marion Castéra, du collectif Temple Caché, avec qui j’ai déjà travaillé sur les clips de « Oasis », « Be Able » et « The Sea ». Je savais qu’elle aurait la vision adéquate, puissante et féministe pour parler de cette légende de la loba, cette « sorcière » (mise en marge de la société, car les hommes ont peur de son pouvoir) qui redonne vie aux corps éteints. On voulait recréer une séance de chamanisme moderne et l’expérience a été incroyable !

Puis j’ai eu besoin de me reconnecter aux énergies de mon frère donc je suis allée au Mexique.

C’est le pays dans lequel il vivait depuis 10 ans et qui a été une terre d’accueil incroyable, surtout depuis qu’il est difficile de retourner au Venezuela, à cause de la crise.

J’avais besoin de me connecter aux éléments et particulièrement à l’eau, élément magique, laisser le courant de la rivière emporter une partie de ma peine et ma souffrance.

Je voyageais avec un ami mexicain, Pablo Cóbo, à qui j’ai proposé de filmer certaines étapes de ce rituel avec mon iPhone et ça a donné le clip de « Agua ».

La dernière étape était celle qui allait finaliser toute ma démarche artistique autour de cet album, clore le triptyque.

Pour ce faire j’ai fait appel à deux réalisatrices, Adriana Berroterán et Lauren Pringle, qui ont eu l’idée de réunir le morceau d’ouverture (« 3 ») et de fermeture (« Hoy ») de l’album en un clip, comme un petit court-métrage qui illustre le chemin parcouru du désespoir à l’élévation.

Je voulais que ma sœur soit présente dans le clip, car je lui dédie le morceau « 3 », qui parle de notre relation triangle de frère et sœurs.

La Loba – crédit : Adriana Berroterán

Dans le clip, elle représente la Papesse (carte du tarot) qui m’aide à m’élever. Puis, c’est entourée de femmes qui me portent, à travers la sororité, que j’atteins la connexion spirituelle ultime.

On a vécu une expérience très forte de psycho-magie sur les deux jours de tournage, ça a été une vraie thérapie par l’art !

Je remercie tous les jours ma condition d’artiste qui me permet de partager avec les gens ces histoires de vie.

Depuis que je chante ces morceaux sur scène, ils prennent une autre dimension. C’est encore une nouvelle étape du processus de deuil que je découvre ; ça m’aide, ça se transforme, je me transforme.

« La Loba » de La Chica est disponible depuis le 4 décembre 2020 chez Zamora Label.


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