[LP] Barrie – Happy To Be Here

Annoncé depuis de nombreuses semaines, « Happy To Be Here » – premier album de Barrie – arrive à point nommé pour illuminer les beaux jours. Au programme : simplicité, rêverie et voyage.

Avec l’intention de marquer d’emblée son auditoire, Barrie ouvre « Happy To Be Here » avec le tube de cet opus. Nous le présentions déjà il y a quelques semaines suite à la sortie du clip qui l’illustre – « Darjeeling » nous plonge dans un univers disco-pop extrêmement soigné.

Le morceau s’installe comme la meilleure synthèse de la signature sonore du groupe grâce à sa production précise, un équilibre certain donné à chaque instrument et des détails sonores foisonnants.

S’en suit rapidement « Clovers », l’autre single propulsé en amont de la sortie. Plus orienté synth-rock, le morceau propose un univers mature et à la fois empreint de rêverie adolescente.

On retrouvera cette innocence juvénile dans la composition la plus brute et directe du disque, justement intitulée « Teenager ». Porté par la voix fluette de Barrie Lindsay (chanteuse et fondatrice du groupe), le titre transcrit une véritable insouciance, avant de se déconstruire peu à peu en usant de mélodies rock saturées qui créent un mélange exaltant pour faire du track un autre incontournable.

Plus tôt, « Dark Tropical » – qui n’a de sombre que son titre – s’ouvrait sur quelques notes de piano et de cymbales nues. Après un court couplet, le groupe va à l’essentiel en basculant très vite dans le refrain, où les claviers qui surgissent par bribes emportent la chanson. C’est d’ailleurs ce refrain qui transforme le titre en voyage, et nous incite à y revenir. Pour boucler la boucle, c’est une basse brute et néanmoins élégante par sa rondeur qui s’installe en clôture.

« Rencontrer toutes ces personnes qui font le groupe a été partie intégrante de l’élaboration de cet album. Nous sommes tous très différents, mais nous nous complétons à la fois humainement et artistiquement. Nous sommes toujours avides d’apprendre l’un de l’autre. »

C’est l’une des forces de Barrie que d’inviter au voyage par le son. Le groupe – où se côtoient cinq musiciens de trois nationalités différentes, du Brésil au Royaume-Uni en passant par les États-Unis où ils ont élu domicile pour l’enregistrement – s’est formé de rencontres plus ou moins fortuites. Après un premier projet solo nommé Grammar, dans lequel elle faisait appel à différents musiciens pour l’accompagner, Barrie Lindsay a entrepris de former un groupe.

Ses compositions sous le coude, elle rencontre d’abord Spurge Carter (claviers) et Noah Prebish (guitare) dans son fief de Brooklyn. Par l’intermédiaire de ce dernier – lui aussi embarqué dans un side-project nommé Psymon Spine – Dominic Apa apporte sa batterie, son talent et sa précieuse expérience acquise sur la route avec Is Tropical au sein de cette nouvelle formation. Il ne manquait plus que Sabine Holler – bassiste de Sao Paulo basée à Berlin et rencontrée via Tinder lorsqu’elle était en visite à New York – pour compléter la formation.

Revenons à l’album où « Habits » nous embarque sur un rythme plus soutenu que l’ensemble du disque. On croit quitter provisoirement les rives de l’onirisme, de l’appel au rêve et au voyage pour finalement y revenir par le prisme du chant de son interprète. La voix semble même parfois quelque peu écrasée par l’emballement des cordes sautillantes et des synthés électriques qui vrombissent.

Récemment dévoilé pour soutenir la sortie du LP, « Saturated » est un autre inédit réussi et qui remplit joliment sa fonction de plaque tournante du disque. Tout se construit ici autour d’un tempo assez lent formé par la profondeur de la basse et d’une boîte à rythmes laissant échapper la mesure sous la forme d’une goutte d’eau chutant d’un robinet. C’est d’ailleurs l’un des rares titres où la batterie, jusqu’ici très présente, s’efface pour un son plus synthétique, mais néanmoins réussi.

Après cet intermède plus calme, on retrouve naturellement des tempos marqués avec un autre hymne au voyage nommé « Chinatown », dont les premières secondes deviendront peut-être bientôt votre nouveau réveil estival.

Davantage orienté folk rock avec sa guitare brute, « Geology » valorise la voix féminine de Barrie, autrice de chacun des morceaux. Le refrain, très dense, galope grâce à la section rythmique du groupe portée par la basse en arrière-plan sonore et la prestation toujours irréprochable de Dominic aux percussions. Le préposé à la batterie a d’ailleurs apporté beaucoup de son savoir-faire jusque dans la production des pistes de ce premier album.

Après un passage plus anecdotique par « Casino Run », l’album se conclut dans une atmosphère bucolique. « Hutch » célèbre le printemps et laisse déjà espérer l’ouverture d’une aventure nouvelle en compagnie de Barrie, Sabine, Dom, Spurge et Noah – qui, maintenant liés par cette première réalisation commune, réfléchiraient déjà à leurs prochaines compositions.

À l’écoute de « Happy to Be Here », il est possible de mesurer le chemin parcouru depuis l’EP trois titres – « Singles », à retrouver dans la discothèque indierama – qui offrait un aperçu extrêmement prometteur. En conservant l’inspirante innocence sentie sur « Canyons » et en s’aventurant sur des chemins synth-rock déjà dessinés sur « Michigan », Barrie est sur la bonne voie pour nous faire voyager avec eux encore longtemps…

En attendant, le groupe entame sa tournée européenne, après de multiples shows à SXSW, et passe par Le Pop-Up du Label à Paris ce lundi 29 avril.

« Happy To Be Here » de Barrie, sortie le 3 mai 2019 chez Winspear.


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