[Flash #28] As Cities Burn, Aurora, Lynch The Elephant, Gaumar et Pixx

Entre les notes parfaites et intelligentes d’un genre qui ne s’y attendait certainement pas, une narratrice contemporaine faisant du bien à l’univers musical hexagonal ou encore le retour d’une enfant prodigue de la Perfide Albion, tour d’horizon des disques et images qui ont retenu notre attention ces derniers jours.

[LP] As Cities Burn – Scream Through the Walls

7 juin 2019 (Equal Vision Records, Inc.)

On peut s’interroger sur le bien-fondé de la présence de l’entité post-hardcore de Mandeville, Louisiane, en ces lignes. Pourtant, il faut avouer que « Scream Through the Walls » marque un tournant majeur dans l’appropriation de l’intelligence rock par la musique électrique et saturée d’As Cities Burn. Bien loin de n’être qu’un simple disque aux consonances métalliques taillées pour la F.M. adolescente boutonneuse, c’est bel et bien une petite merveille d’inventivité qui s’offre à nous, au point de certainement s’attirer les foudres d’un public ne s’attendant certainement pas à ça. L’expérimentation continuelle des riffs et du travail de production, de même que l’utilisation tout sauf rébarbative et inutile du chant clair, découpé façon glitches afin de ne jamais sombrer dans l’ennui, font de ce nouvel album le signe d’un retour qui, c’est certain, va longtemps faire parler de lui.


[LP] Aurora – A Different Kind Of Human (Step 2)

7 juin 2019 (Decca Records)

Ce qui fait la force du nouvel opus d’Aurora fait également sa faiblesse ; en effet, à force de trop vouloir accentuer le côté tribal de ses compositions, l’artiste finit par immanquablement s’y noyer, ce qui donne à l’auditeur une impression de redite quasi permanente. Heureusement, les mélodies sont d’une beauté à couper le souffle, de même que les arrangements, dont la subtilité à certains moments et l’ampleur à d’autres distinguent « A Different Kind Of Human (Step 2) » du tout-venant pop actuel. Ainsi, la piste éponyme et « Animal » sont une constante invitation à la danse, tandis que l’introspection teintée de mysticisme de « Soulless Creatures » et « Mothership » approfondit le caractère surnaturel et bienveillant d’un ensemble certes imparfait, mais terriblement poignant.


[Clip] Lynch The Elephant – Wasting Time

Au fur et à mesure de ses nouvelles aventures par clips interposés, Lynch The Elephant rend toujours plus ténue la limite entre nostalgie et modernité. Sur « Wasting Time », le temps perdu pourrait se rapprocher des influences visuelles 80’s d’un décor basculant en un éclair de couleurs brumeuses à de sobres effets numériques, des balbutiements de l’informatique aux expérimentations avant-gardistes de la fin du XXe siècle. Mais la piste elle-même dépasse les époques et s’inscrit dans un contexte actuel auquel il manque une cruelle envie de se mouvoir sans se poser de questions. Ce qui faisait la force intrinsèque de l’excellent « Pieces » déborde des mouvements du trio, de ses regards, de ses échanges. Et nous entraîne sur la piste, victimes consentantes d’une libération programmée et pixellisée. Un charme que l’on n’a pas le droit de refuser et contre lequel il est inutile de combattre.


[LP] Gaumar – Jaune

7 juin 2019 (Active Records)

Dans une époque où le nombrilisme ambiant devient source d’inspiration d’insipides émissions de télé-réalité, les plus âgés d’entre nous ont une fâcheuse tendance à mépriser comme il se doit les jeunes générations concentrées sur leurs apparences plutôt que sur leurs expériences. Dans un tel contexte, « Jaune » de Gaumar est un petit miracle en soi : faisant d’ores et déjà preuve d’une formidable maturité lyrique et musicale, la chanteuse et compositrice a choisi de raconter, en se frottant aux rythmes complexes des genres les plus dansants ou confidentiels, sa vie, sa vision de femme dans le tumulte d’une époque artificielle. Réinventant la narration en dépassant tout ce qui se veut populaire, elle regarde et s’imprègne, innocente puis forte, poétesse urbaine du mouvement continu. « Jaune » est certainement le plus beau reflet des sentiments contradictoires et de la volonté croissante de grandir dans un univers hostile et aux apparats trop clinquants et désincarnés. Gaumar s’en moque, et c’est pour ça qu’on l’aime. Pour sa pudeur, sa sincérité et sa joie d’être là, parmi nous, avec nous.


[LP] Pixx – Small Mercies

7 juin 2019 (4AD)

« The Age of Anxiety » nous avait présenté une artiste extraterrestre, au regard pénétrant et aux créations et performances live portées par un grain de folie totalement maîtrisé. Aujourd’hui, « Small Mercies » achève de placer Pixx au Panthéon des musiciennes actuelles en quête éperdue de recherches harmoniques, la compositrice ne se montrant, à aucun moment du disque, satisfaite de ses propres capacités d’ores et déjà exceptionnelles. Empli d’une multitude de détails allant du rock pur et dur (« Bitch », « Mary Magdalene ») à l’expérimentation scrupuleuse des mélodies (« Peanuts Grow Underground », « Eruption 24 »), l’opus est une petite merveille d’inventivité et d’ingéniosité, à l’image de sa pochette, où chacun s’amusera à retrouver l’illustration des différentes pistes qui le constituent. Quant à la voix toujours aussi fascinante de Hannah Rodgers, elle se pose encore plus précisément sur ses écrins, grave et appuyée parfois (« Hysterical »), douce et enivrée à d’autres instants (« Blowfish »). « Small Mercies » n’a de cesse de dévoiler ses myriades de secrets, écoute après écoute, tout en offrant un plaisir immédiat et durable. Pixx, ou la renaissance géniale du songwriting moderne.

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