[Interview] Archive

Au lendemain de leur concert dantesque à la Seine Musicale, en clôture d’une mini tournée anniversaire exceptionnelle dont vous nous parlions ici, nous avons retrouvé Dave Pen et Pollard Berrier, les deux chanteurs d’Archive, dans leur hôtel parisien. L’occasion d’évoquer l’évolution du groupe, vieux d’un quart de siècle désormais, l’émotion suscitée par cette tournée anniversaire et le futur du groupe, bien loin de vouloir s’arrêter.

crédit : Brian Cannon
  • Quand avez-vous eu l’idée de faire un tel concert ?

Dave : On l’avait déjà presque fait pour les 20 ans, au moment où on écrivait « The False Foundation » et finalement l’album a pris le dessus donc on a reporté l’anniversaire. Donc ça fait quelque temps qu’on y pense. On y tenait quand même. Pollard et moi, ça fait plus de 15 ans qu’on est dans le groupe, évidemment Darius et Danny ça fait 25 ans… On trouvait ça important de montrer que le groupe existait toujours 25 ans après.

  • Question un peu naïve, mais c’était votre meilleur concert hier ?

Pollard : Meilleur, je sais pas, mais clairement le plus long (rires).

Dave : Le plus complexe aussi. On avait Maria et Holly, Russel et Emma de Band Of Skulls, Mike Peters… C’était fantastique, évidemment. C’était une superbe façon de célébrer l’anniversaire.

Pollard : Je pense juste, si le son avait été un peu meilleur sur scène, j’en aurais plus profité. Les retours n’étaient pas excellents. Mais je voyais les gens à fond donc ça me suffisait. Et puis ça sera sûrement la dernière fois qu’ils entendront autant de morceaux d’Archive d’un coup donc il fallait qu’ils profitent (rires). D’habitude, on joue jamais tous les « longs » morceaux le même soir. Faire « Lights », « Again », « Finding It So Hard », « Numb », « Controlling Crowds » … Je ne sais pas si on le refera beaucoup à l’avenir. La version de « Again » avec l’intro à l’harmonica, je crois qu’on ne l’avait pas faite depuis plus de 10 ans d’ailleurs. C’était vraiment une soirée extraordinaire, dans tous les sens du terme.

  • À force, vous reconnaissez des gens dans les premiers rangs, qui viennent souvent vous voir ?

Pollard : Complètement oui. Il y a des Russes qui viennent très souvent. Ils nous ont offert 25 paires de chaussettes d’ailleurs, je les ai mises sur scène. Il y a beaucoup de fans à Paris qu’on voit souvent d’une année sur l’autre, ce sont vraiment des gens adorables, on essaye de discuter un peu avec eux quand on peut, ils sont super sympas. On a fait un DJ Set au Supersonic après en plus et on les a revus. C’était une belle soirée.

  • Du coup, comment vous avez choisi la setlist ? À part en vous disant « bon bah, on va tout jouer » ?

Dave : C’est drôle parce que quand on a commencé à compiler les morceaux, on s’est rendu compte à la fin de la liste qu’on arrivait pile à 25. Une coïncidence heureuse. On a dû commencer à y réfléchir il y a quelques mois peut-être, en même temps que la conception de la tracklist de l’album « 25 ». Évidemment, on ne pouvait pas jouer tout « 25 » en live, ça aurait été un concert de quasi 5 heures… Du coup, on a débattu. Le seul objectif qu’on s’est donné était « au moins un morceau de chaque album » et on s’y est tenus.

L’édition vinyle deluxe de « 25 »
  • Vous avez fait une pause au milieu du concert. Vous étiez dans quel état à ce moment ? Crevé ? Ou prêt à y retourner tout de suite ?

Dave : C’est vrai que c’était la première fois qu’on le faisait. Des gens de la salle venaient nous voir pour nous dire « bravo c’était top » et n’avaient pas compris qu’on repartait pour une autre heure et demie derrière (rires). C’est comme une mi-temps dans un match de foot en fait.

Pollard : Tout était si intense… On avait besoin de se poser. On l’a remarqué aux répétitions, on avait vraiment besoin de ce petit break.

Dave : En vrai, j’ai bien aimé. Je vais demander à ce qu’on le fasse aussi sur les concerts normaux, je pense (rires). Pour tout te dire, on s’est tous dit que finalement on continuerait bien cette tournée. On n’a fait que trois dates sur ce format parce qu’on penserait que ça nous épuiserait, mais là on est à fond dedans, on aurait peut-être dû en programmer deux-trois en plus. On n’est pas si fatigués que ça finalement.

  • Comment vous vous préparez à ce type de concert sur le plan physique du coup ?

Dave : On boit beaucoup de thé, on fait du sport… Je cours beaucoup, d’autres vont nager. On doit rester mentalement frais surtout.

Pollard : On n’est plus des enfants, on ne peut plus juste arriver sur scène alors qu’on vient à peine de se réveiller et qu’on a une maxi gueule de bois. On doit faire attention à nous. J’ai dû boire qu’une bière depuis trois semaines, c’est dire !

Dave : Et on aime la bière, ça nous manque beaucoup (rires). Le guitariste et le bassiste ne chantent pas ; du coup, eux, ils pouvaient aller se prendre des bières après les répètes, physiquement, c’est moins éprouvant pour eux. On était trop jaloux !

  • Il y a quelque chose que vous n’avez pas pu faire ? Inviter quelqu’un, avoir un orchestre… ?

Pollard : L’orchestre n’a pas été envisagé cette fois, non. Déjà parce que c’est beaucoup trop cher (rires) et on aurait dû  travailler complètement différemment.

  • Quand vous étiez sur scène, vous pensiez à tout le chemin parcouru jusqu’ici ? Vous n’êtes pas dans Archive depuis 25 ans, mais déjà plus de 15, ça a dû être un sacré parcours tout de même ! C’était une consécration hier ?

Dave : Alors Darius clairement, il nous a dit qu’il y avait pensé, et qu’il avait été très ému par moment pendant le concert.

Pollard : C’est fou, mais je ne me suis jamais vraiment posé pour y penser, mais maintenant que tu le dis… c’est vrai ! C’est drôle, le passé semble vraiment dans le flou en fait, on se rend peut être pas trop compte, ça fait tellement de temps.

Dave : Pendant les répètes j’y pensais beaucoup oui, d’où l’on vient, tout ce qu’on a fait… Après, pendant le concert, je pense que je suis surtout très concentré, je ne veux pas trop me relâcher et laisser mon esprit vagabonder.

  • Et à la fin ?

Pollard : Bah moi j’avais la voix éclatée, je pensais juste à ça (rires).

Dave : C’est ineffable. C’est un peu surréel. T’es rincé, clairement, et tu vois tous ces gens t’applaudir, et t’aimerais les remercier un par un, mais évidemment tu ne peux pas. Je crois que j’ai cherché ma femme, et j’ai fait coucou à quelqu’un avant de me rendre compte que ce n’était pas du tout elle (rires). Honnêtement, à part me dire « ouf, je peux respirer », je ne pensais pas à grand-chose hier. J’étais vidé.

Pollard : Et puis y avait le DJ Set hier après, donc on réfléchissait à la tracklist (rires).

Dave : Oui, d’habitude, en plus après, on se retrouve tous dans le bus, on prend une bière et on décompresse. Là, on avait les gars du label qui nous pressaient pour partir tout de suite au Supersonic, Holly avait son avion pour rentrer tout de suite en Australie… C’était vraiment pas une soirée comme les autres. Avoir Mike Peters aussi sur scène, c’était fou.

Pollard : Quel homme ! Il a survécu à un cancer, une leucémie dans les années 80 et en même temps sa femme a eu un cancer du sein. Et ils ont juste refusé, ils ne voulaient pas, et ils l’ont battu. En France, il n’est pas trop connu, mais aux US c’est une vraie star, il a vendu 15 millions d’albums.

crédit : Brian Cannon
  • Vous dites que c’était une forme de soulagement de finir le concert et de l’avoir réussi, mais donc vous étiez stressés ? Parce que l’avantage d’un concert best of, c’est qu’on joue des morceaux qu’on a déjà beaucoup joués non ?

Dave : Oui c’est sûr, mais ce n’est jamais un acquis pour autant. Il faut toujours les travailler, sans cesse. C’est toujours fou de voir qu’autant de monde s’intéresse à nous en fait, ça nous fait le même effet à chaque fois.

Pollard : Tu ne peux pas ne pas stresser, surtout sur un set aussi long. Tu dois être à ton maximum en termes de concentration, et dès que tu as fini un morceau tu enchaînes.

  • À quoi vous pensez quand vous vous lancez dans les morceaux de 20 minutes d’ailleurs ?

Dave : Il faut un peu se laisser submerger par le morceau. Si tu passes en pilotage automatique, ça ne marche pas. Moi, par exemple sur « Lights », je ne fais pas grand-chose. Et pourtant si je ne suis pas à fond ça ne marche pas, le feeling disparaît. Et parfois c’est dur oui, quand tu la joues tous les soirs… C’est forcément un peu lassant. Il faut faire cet effort oui.

  • C’était logique pour vous de faire ces quelques dates en France ? Et surtout à Paris ?

Pollard : Évidemment oui. Après, on aurait aimé en faire un peu plus comme je disais, mais oui c’était logique de faire ça à Paris.

Dave : Et c’était l’occasion de jouer dans une salle qu’on n’avait jamais faite à Paris, ce qui devient rare (rires). Elle est très sympa, et si grande, si large ! Je ne voyais pas les gens au fond. J’espère que tout le monde nous voyait depuis les tribunes…

  • Ça sera la même setlist en gros pour votre tournée à la rentrée ?

Pollard : Non, on peut pas… Ça sera plus court, pas le choix. Seulement deux heures (rires). Notre set hier était décomposé en deux sets, je pense qu’on fera une alternance entre les deux. Une fois l’un et une fois l’autre.

  • Et maintenant ? Quel avenir pour Archive ? Ce n’est pas une conclusion cette tournée quand même ?

Dave : Non, pas du tout, on a déjà plein d’idées.

Pollard : Les inédits sortis avec le best of donnent une idée, je pense, de ce vers quoi nous voulons nous diriger.

Dave : Le rêve maintenant, c’est de réussir à jouer aux US et au Canada. Mais c’est si cher… On réfléchit même à une formation restreinte, à cinq sur scène, pour limiter les coûts et lancer le projet, avant de revenir en formation complète une fois que la demande sera présente.

  • Ça représente quoi pour vous l’idée de percer aux US ? C’est un rêve d’enfant ?

Dave : C’est clairement un rêve d’enfant oui.

Pollard : Je m’en fiche un peu d’être célèbre, par contre j’aimerais vraiment juste y jouer. C’est mon pays, j’ai ma famille là-bas, donc déjà ça serait plus simple sur ce plan (rires) et juste l’idée de jouer aux États-Unis est belle.

Dave : Depuis petit je rêve de jouer au Metro Club à Chicago. Une fois que ça sera fait, je prends ma retraite (rires), j’aurai fini ma vie.

  • Vous vous rappelez où vous étiez il y a 25 ans ?

Pollard : La vache… Toujours au lycée, j’imagine ? À peu près.

Dave : Je venais de quitter l’école, je pense, et je commençais ma formation d’apprenti d’électricien. Je bossais dans la boîte de mon père. Ouais, tu me le fais vivre là, mon moment de prise de conscience, j’étais parti pour être électricien (rires) !

  • Et vous vous voyez où dans 25 ans ?

Dave : Juste en bonne santé, c’est tout ce que je me souhaite. Toujours en train de faire de la musique, et des concerts pourquoi pas ?

Pollard : C’est un peu cheesy, mais juste être heureux, tu vois.

crédit : Brian Cannon
  • Un anniversaire pour les 50 ans d’Archive ?

Dave : Mais grave, direct ! Bon peut être pas avec la même setlist, physiquement je ne suis pas sûr de tenir le coup.  On jouera pour nos petits-enfants. D’ailleurs ils prendront notre relève !

  • Quelle est la principale différence entre le moment où vous avez rejoint Archive et aujourd’hui ?

Dave : Ça n’a jamais été aussi solide, et carré, je pense. La formation est arrêtée, les rôles de chacun sont arrêtés, tout le monde est intégré, se sent en confiance…

Pollard : C’est un collectif certes, mais c’est surtout une grande famille. Alors oui, il y a Darius, Danny, Dave et moi, qui sommes un peu le corps du groupe, mais tous les autres sont intégrés. On est une grande famille. On se sent plus libre, on travaille de manière très fluide, on peut réaliser quasiment toutes nos idées. Je pense qu’on est aussi assez chanceux d’avoir des égos compatibles.

Dave : Oui, personne ne se laisse emporter pour autant. Et si quelqu’un commence à perdre les pédales, on se connait aujourd’hui assez pour se recadrer, pour se dire « là tu t’enflammes, redescends ».


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