[LP] ALASKALASKA – The Dots

Le sextet londonien nous a offert début mai un douze titres aux sonorités complexes. Avec ses rythmiques élaborées, ses mélodies de chant désinvoltes, ses automations de synthétiseur et ses airs de saxophone, ALASKALASKA a de quoi nous rendre accros.

D’abord apparu en 2017 à travers un premier EP qui était passé sous le radar, le jeune groupe anglais revient deux ans plus tard avec un album détonnant. ALASKALASKA nous avait mis la puce à l’oreille grâce à un premier single, « Meateater ». Entre percussions et synthétiseurs qui font taper du pied, la chanteuse y portait un discours cinglant sur la société de consommation. On saisissait alors vite les incompréhensions du projet quant à l’engouement général pour la consommation de viande. Le thème, particulièrement en vogue ces dernières années, est ici intelligemment abordé. Ironiquement, dans le clip, ce sera à une cuisse de poulet de chanter « Shuffling your feet for a beat you can eat ».

Dans son discours, ALASKALASKA est facilement comparable aux groupes punk des années 70. Quoiqu’un peu plus soft que celle de leurs aînés, la critique de la société reste un thème central du disque. « Bees » en est un exemple flagrant : la chanson est un pur concentré de pop-culture. C’est par un enchaînement de remarques et de questions rhétoriques que l’on nous invite à reconnaître la folie du système en place. Les pointés du doigt sont ceux pris d’avarice ; consommateurs éternels insatisfaits et politiciens malhonnêtes sont conviés à secouer leur machine à sous magique et faire perdurer la folie ambiante : « Shake it baby, shake your money maker ».

Au-delà des questions du comportement de l’homme au sein d’un groupe, les angoisses abordées dans l’opus sont aussi plus personnelles, mais tout autant universelles : le titre « Moon » est une bataille contre soi ; sur « Monster », la chanteuse s’émancipe d’un être aimé toxique quand « Happy Face » traite de solitude et du désir d’être aimé. De manière générale, l’album prend la forme d’une contestation. Il contient son lot d’agressivité dans ses mots tout en restant dansant. « The Dots » devient alors une œuvre qui ne s’écoute pas qu’une seule fois ; ses sonorités riches offrent de quoi occuper l’auditeur durant plusieurs heures, chaque mesure contenant son lot de secrets sonores tant les influences semblent variées. Et, plus que d’être sobrement complexe, le premier album des Londoniens se démarque en remettant au goût du jour des instruments qui se font rares dans le registre pop actuel, notamment ces airs de saxophone dont on ne se lassera, décidément, jamais…

crédit : Barbora Mrazkova

« The Dots » de ALASKALASKA est disponible depuis le 3 mai 2019 chez Marathon Artists.


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