[LP] Acid Ghost – Vacation II

Véritable Ouvroir de Musicalité Potentielle, Acid Ghost nous emmène, avec « Vacation II », dans un univers qui flirte sans cesse entre le rêve en cotonnade et la fureur échaudée : doux fantasme ou réalité brute, difficile de faire un choix après l’écoute de cet album qui, à la classe d’une dream pop enfantine, le dispute à la personnalité d’un shoegaze personnel.

Acid Ghost - Vacation II

Très contemplatif, « Vacation II » joue avec aisance sur les codes classiques de la dream pop : guitares électriques dans les aigus, batterie qui sonne comme un métronome et une voix diaphane. Les mélodies se perdent dans un songe profondément ancré dans l’inconscient. On en joue et l’on s’en déjoue, dans cet album auto-enregistré et autoproduit, à l’occasion d’un solo de guitare un peu plus rock et de riffs aux accents punk. Les traits des différents morceaux se déforment et se reforment en contemplant, dans le miroir de leurs influences, les vagues enjouées de The Drums, les tristes mélodies de Beach House et la profondeur de Joy Division.

« Vacation II » s’emploie à nous charmer à coup de badinages étudiés et de ronds de jambe délicats. Jolie petite biche élancée, « Nature (Poem) » se jette entre les bois touffus d’une neurasthénie collective pour mieux s’en délester. Tout en hauteur, les élévations s’enchaînent avec une adresse maîtrisée : du punk et électrique « Aly’s Song » au délicat et timoré « New York », Acid Ghost affirme sa maîtrise avec une force toujours entourée du plus souple satin. La douceur de ces mélodies ponctue l’ensemble de sa patte fine, soulève les quelques lourdeurs auxquelles on aurait pu s’attendre et pimente les rares moments de creux. L’album marque par cette aimable intention d’ouverture, en se gardant bien de mettre un orteil du côté psychédélique, mais en se réservant par ailleurs le droit de tremper son doigt dans le pot d’une rêverie collective.

« Sandy Kim », la première chanson de l’album, concentre en ses humbles entrailles tout ce qui fait le charme de ce nouvel opus : le chanteur y prend la voix de Jonathan Pierce (The Drums), laisse ses guitares vagabonder le long d’une plage déserte et sa batterie marquer le tempo d’un rythme oublié. Ça sonnerait presque comme un vieux vinyle que l’on aurait déniché par hasard sur l’étagère d’une maison en ruines. À cette image grainée, « Idaho (part 2) » répond par le dessin qu’elle fait en filigrane d’une mélancolie qu’on a pu découvrir chez les Red Hot Chili Peppers, sorte de douleur sans paroles qui s’exprime grâce à la nonchalance de guitares lâches. Grandiose étirement.

Acid Ghost

Souple et digeste (la moitié des chansons de l’album fait moins de deux minutes), « Vacation II » crée un souffle d’air salvateur pour les âmes perdues dans les limbes de leurs propres inconscients : un réveil tranquille et pénétrant dans le calme sécuritaire d’une chambre insonorisée.

« Vacation II » d’Acid Ghost est disponible depuis le 14 février 2016.


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