mr.teddybear – placards & cadavres

Alors que l’heure des comptes et du bilan sonne, mr.teddybear, activiste de la scène hip-hop underground sort son nouvel EP « placards & cadavres », 2 ans après l’album inspiré « Huis clos ».

Il faut dire que le sieur, de son prénom Antoine, n’est pas un petit nouveau de cette scène qui (malheureusement ?) ne cesse de grandir sans pour autant se renouveler et mettre en cause son propre propos. Un nom inconnu, mais qui gagnerait à prêcher sa parole à droite à gauche afin de redorer le blason du hip-hop français.

Je me reconnais dans le discours que tient ce musicien dans les quelques mails que nous nous sommes échangés. Lui qui vient de la galère, et qui cherche et comprend après les expériences, en s’octroyant un recul sur son œuvre d’une manière humble et très sincère.
Vous savez, ce genre de type qui compose ses premiers morceaux sur le gros Mac familial avec des logiciels absolument pas faits pour enregistrer de la musique, sans outils de création, mais qui avec force et honneur, comme le dis si bien le crew Odezenne, parvient à ses fins ; sortir une musique personnelle avec un message, peut-être parfois dur à assimiler pour l’auditeur, mais si intime pour l’artiste.

Du coup, je ne vais pas chercher à sortir un quelconque message de ce superbe 3 titres « placards & cadavres », tout bêtement parce que je n’ai pas envie de me retrouver totalement à côté de la plaque. Non, je vais plutôt écouter simplement la musique, majoritairement instrumentale ici, et me construire ma propre histoire, celle que les beats et sons de ces morceaux m’inspirent.

En effet, la simple écoute de cette poignée de titres plonge l’auditeur dans une sorte de malaise.
Le nom de l’album est vraiment bien choisi, il décrit exactement le genre de mots aléatoires pouvant nous parvenir à l’esprit au gré de ces quelques plages contemplatives. On se sent amorphes. Tout bouge trop vite autour de nous et le moindre bruit est un calvaire. Un sentiment de haine de tout ce qui nous entoure nous prend les tripes, la pièce est plongée dans le noir. On est à bout, les nerfs à vif. La mélancolie serait trop simple à ressentir.

C’est peut-être aller loin que de dire cela à l’écoute de la simple production d’un beatmaker parisien, seulement, mon regard sur la musique en général n’est faite que de sensations, je me moques généralement des paroles, car je trouve ça bien bien trop souvent antipersonnel et malhonnête alors que le son m’est beaucoup plus parlant. Et chercher à ressentir réellement un son, une couleur sonore peut provoquer de magnifiques expériences.

3 titres, c’est court, certes, mais au final, n’est-ce pas suffisant pour transmettre l’émotion que l’on souhaite? En l’occurrence, ma réponse est clairement oui.
Mention spéciale au dernier morceau « Invocation », le seul sans aucune collaboration, qui à mon avis va le plus loin dans son idée.
L’écoute de cet EP fait mal, plus de morceaux auraient été lassants, je pense. 3 titres pour développer cette sensation sont idéaux et ici parfaitement définis.

mr.teddybear nous chuchote à l’oreille ce qu’il entend la nuit, et il le fait très doucereusement.
Le réveil ne peut qu’être une belle accalmie.

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Maxime Dobosz

chroniqueur attaché aux expériences sensorielles inédites procurées par la musique