Le bonheur et l’honneur de retrouver Kramies est toujours un événement à part entière ; aussi, lorsque ce dernier nous a permis de découvrir le magnifique « I Wish I Missed You », autant admettre que l’on n’a pas hésité un seul instant avant d’aller admirer cette nouvelle pierre à son édifice. Un effet immédiat et absorbant toute notre volonté pour nous concentrer sur les bienfaits singuliers et personnels du songwriter, améliorant de jour en jour ses capacités à raconter les contes d’une vie de marches d’infortune et de trésors enfouis au bord de routes désertes.

Dès les premiers plans de « I Wish I Missed You », nous conviant à admirer un vol d’oiseau lointain et une prairie déserte dans des tons verts éclatants et brumeux, la magie opère : une histoire féerique, tout droit issue d’un livre pour enfants, mais bientôt destinée à illustrer, par pictogrammes brûlants et méticuleux, notre existence d’adulte et la perte de notre innocence et de l’âme sœur. Car le compositeur américain, loin de reproduire ce savant mélange de folk éthéré et de chant atmosphérique et rêveur qui a fait de lui une figure incontournable de la sensibilité artistique, approfondit sa connaissance de l’œuvre qu’il développe, tant visuellement que verbalement et mélodiquement. Ce nouveau titre est donc voué à une inéluctable métamorphose, un changement de climats et de natures prégnant, qui nous encercle et nous donne l’énergie nécessaire pour nous lever et admirer ce spectacle à part et éblouissant.
La solitude, inéluctable, transpire de chaque nouvelle scène. De forêts et chemins déserts. D’une jeune femme abandonnée au loin, sur une route que plus personne ne fréquente. D’une maison, perdue dans une prairie où les herbes folles reprennent leurs droits. Même le ciel et la lumière du soleil semblent avoir lâché prise dans ce décor abandonné et délaissé. Et c’est alors que l’absence, l’attente, tandis que Kramies apparaît en gros plan, prend tout son sens ; celui du retour, au travers duquel on saisit que la dépendance ne fonctionne pas que dans un sens. Tant et si bien que le flou dans lequel nous nous trouvions peut exprimer, sans aucun doute, celui-là même qui a mené à la césure, à la rupture ; mais que l’espoir d’une reconstruction, bien qu’éphémère, reste possible. Une ode inoubliable et marquant nos cœurs au fer rouge.