[Live] Igit à l’Alimentation Générale

Que se passe-t-il quand on passe le rideau de la première chaîne de France ? Que se passe-t-il quand des stars de variétoches se battent parce qu’ils te veulent ? Que se passe-t-il quand tu passes des pavés de Montmartre au studio aseptisé de TF1 ? Que se passe-t-il pour Igit en ce moment ? On ne sait pas. On a juste voulu savoir s’il n’avait pas vendu son âme au diable.

Igit © Solène Patron

L’Alimentation Générale est une de ces salles parisiennes où il fait bon traîner. D’abord, parce qu’il y a des hamburgers et que l’happy hours est plutôt attrayant. Ensuite, parce que la programmation y est sympathique. C’est comme ça qu’on a pu y voir Igit, jeudi dernier. Une dizaine de mois après un de ses premiers concerts au Divan du Monde. Alors, je me souviens d’une âme, d’un caractère abouti entre les mains d’un groupe pas encore trop rodé. Mais les bonshommes étaient chouettes et promettaient monts et merveilles. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?

Il faut l’avouer le public n’est pas le même. Certes, la musique est belle quand elle touche. Elle est belle quand elle emporte une foule. Certes.
Mais à ceux qui ne voient que lui, il faut le dire : Igit n’est pas seulement l’homme au chapeau. Igit est pluralité. Igit est trois. Un band qui sent le groove et le blues. Un groupe qui s’appuie sur ses musiciens. Et c’est ce qu’ils nous ont donné à voir sur cette scène d’une salle comme on les aime.

Légère demi-teinte dans la voix, dans l’énergie, pourtant la musique arrive encore tellement à faire vibrer. Même sous le poids de la fatigue ou bien du froid, elle arrive à s’envoler, emprise de chaleur humaine. Une contrebasse et un jeu de batterie des plus exquis pour lui donner cet envol. Des notes qui s’habillent d’innocence et de jolies mélodies ingénieuses. Entre eux, à présent tout est des plus fluides, des plus confiants. Dans les sourires et les pieds qui battent la mesure, il y a la furieuse envie de faire avec plaisir et sincérité. La musique en est généreuse de frissons et porte avec tellement de fougue et de vigueur, un chant des plus habités. Oui le chant, car même s’il n’existe que sur la fougueuse joie de vivre de la musique, le chant ne peut pas être mis en touche. Igit et sa voix transcendent. Igit et sa voix offrent tant à ressentir au fond de nos tripes. Car il s’agit là de toute la force et de toute la fragilité que peut porter un blues viscéral. Le visage se tord et se perd dans des précipices d’émotions. Mais il lui arrive de sourire, on imagine alors que la rencontre avec les jolies choses se fait dans les profondeurs des souvenirs. Pour sublimer, la guitare qui vit entre ses doigts est tranchante, mais aussi tellement enjouée qu’elle danse avec ardeur et tentation.

Ils sont ce pont entre la détresse d’un corps qui porte les aléas du temps et la délicieuse espièglerie des enfants. Igit n’a donc rien perdu et ne fait que gagner en saveur, comme une bonne bouteille qui s’embellit avec les années. Et je suis sûre que cette comparaison emplie d’ivresse ne peut que leur ressembler.


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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes