Rencontre avec Lonely Walk

En prémisse du festival Visions qui se déroulera du 9 au 12 août du côté de Morlaix, j’ai envoyé quelques questions au groupe bordelais Lonely Walk. C’est Baptiste qui joue du clavier qui s’est occupé d’y répondre.

Lonely Walk

  • On va zapper la question de savoir qui est qui, je vais en venir directement à l’essentiel, des crânes rouge à lèvres, c’est quoi ? C’est pour le côté féminin de la mort ou alors pour simplement faire ressortir les démons que provoque l’abus de rouge à lèvres sur des crânes ? Ça m’intrigue…

Alors, il faut savoir que la pochette sort de l’esprit tordu d’un mec qui s’appelle Raph Sabbath, il fait de la musique, des dessins et des gravures depuis pas mal de temps (Sgure, Strasbourg, maintenant Harshlove), mais le plus important, c’est qu’il possède un énorme répertoire de jeux de mots mêlant amours incestueux ET racisme en même temps… Disons qu’il aime marier la carpe et le lapin. En même temps, orgasme = petite mort, donc l’association du rouge à lèvres phallique et du crâne n’est pas si insensée…
Et puis en plus, on veut être un groupe pour les meufs, on ne peut pas décemment se priver de la moitié de la population mondiale.

  • Je crois savoir que c’est toi Mickaël qui est à l’origine du projet, peux-tu me raconter la naissance de tout ça et comment tu as décidé de passer d’un projet solo à un groupe ?

Faire de la musique tout seul, c’est un peu comme se masturber : à force, ça lasse, même en changeant de main. Là, on est 5, on a 10 mains, on se paluche collectivement, et c’est très sympa.
Sinon, on pourrait résumer ça ainsi : « Tout remonte à l’été 2010 où le petit Mickaël achète un nouvel ordinateur avec ses économies, pour pouvoir jouer à la dernière version de son RPG préféré. Mû à 50% par les vagues de chaleur, et à 50% par une envie de ne voir personne et de jouer aux jeux vidéos, le petit Mickaël voit 100% de raisons de rester chez soi avec son ordinateur. Et – ô surprise – il y découvre un logiciel pour enregistrer de la musique.» Il y a un passage avec la mafia japonaise dans l’histoire, mais c’est pas super intéressant la mafia japonaise non plus…

Lonely Walk

  • Vous aviez joué il y a peu au Sympatic sur Rennes, j’avais juste entendu vos balances en buvant un coup en bas, je n’avais pu assister au concert, mais de ce que j’avais entendu, j’avais entendu de la tension, beaucoup de froideur, de grosses nappes, énormément de réverb. Après plusieurs écoutes de votre album V.I.H.S, j’ai toujours ce même sentiment. Pour vous, c’est quoi votre musique ? Un exutoire mélodique de la tristesse, est-ce que ça reflète votre personnalité dans la vie ?

Il y a clairement ce côté catharsis dans la musique, oui, mais on ne pleure pas des larmes de sang tous les jours non plus. Ce serait comme imaginer Francky Vincent joyeux toute la journée, sans cesse en train de draguer, alors qu’il a aussi sa part d’ombre et ses petits moments de spleen, la chanson sur son restaurant en témoigne. De même, pour Marilyn Manson, il se démaquille à la fin de la journée…

  • Il y a un côté très Soft Moon dans votre son, c’est un groupe qui vous plaît ?

Soft Moon est un groupe qui plaît beaucoup à quelques-uns d’entre nous, oui. Il y a un côté Miami Vice, comme si les claviers de Jan Hammer jouaient des sons totalement aléatoires… En majorité, je dirais qu’on écoute assez peu les groupes avec lesquels on nous associe. Ce n’est pas par dédain ou par mépris, hein, c’est juste que ce serait assez triste de ne se réduire qu’à un univers musical… Les critiques de l’album nous comparent à des groupes qu’on n’a bien souvent jamais écoutés, il faut juste faire semblant de les connaître !

  • J’ai eu un sentiment très étrange à l’écoute de votre album : le sentiment où tu ne sais pas vraiment ce qui te fait apprécier ce que tu écoutes, mais tu l’apprécies quand même, et plus tu l’écoutes, plus tu comprends pourquoi tu l’apprécies ; je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire… Mais, à votre avis, votre album s’apprécie comment ? Personnellement, je l’apprécie parce qu’il est froid, il te donnes envie de fumer clope sur clope et te balader la nuit avec des strobos et de pouvoir apprécier ce qui se passe autour de toi…

C’est sûr que c’est pas très funk, oui ! Il y a un concept freudien qui s’appelle le « Unheimlichkeit », l’inquiétante étrangeté en gros. Ce concept a été repris par un japonais pour définir le sentiment d’horreur que tu ressens quand tu vois un androïde : plus l’androïde ressemble à un humain, plus ses aspects d’androïde te répugnent, ça s’appelle le concept de la « vallée dérangeante ». Alors voilà, l’album est un peu comme ça, une chanson passe, mais en filigrane, il y a un truc malsain qui se passe.

  • V.I.H.S, ça veut dire quoi pour vous ?

Lonely Walk - VIHS

C’est un jeu de mots bien craignos sur l’essence d’une période, mêlant V.I.H. Et V.H.S. On avait essayé avec SIDAK7, mais ça sonnait moins bien. Mais sinon, c’est libre d’interprétation en fait : Vils Individus Hors Service, Vagins Issus d’Héritages Sylphidiens, Villes Indiennes, Héraldiques et Solipsismes…

  • Il y a d’autres influences que la musique, par exemple le cinéma, votre musique évoque pas mal ses films assez noirs où l’on ne discerne pas vraiment ce qui se passe, y a des trucs qui vous inspirent là-dedans ?

Oui clairement, le cinéma est une grosse influence. Les B.O. de films d’angoisse et d’horreur, les synthés de Carpenter, les scores de Richard Band pour Re-Animator, Cliff Martinez, mais aussi des choses très cyberpunk à la Ghost In The Shell, Dredd, des mégalopoles futuristes où les gangsters règnent, comme dans le comics Transmetropolitan par exemple. Il y a des idées, des images et des sentiments dans le spectacle total qu’est un film chose difficile à retrouver dans la simple musique.
Les jeux de la Megadrive sont aussi une grosse influence de l’album : il faudrait toujours exposer des enfants à la vitesse et à la violence, c’est une console futuriste au sens premier du terme !

  • On se retrouvera au festival Visions du côté de Morlaix, y a déjà des choses que vous avez envie de voir là-bas ?

Festival Visions

Le set d’Inspector Tanzi. Ça a l’air complètement imprévisible comme truc, il mixe des trucs vraiment de tous les styles. Les sérigraphies et productions d’Arrache-toi un Œil aussi, elles sont excellentes. Et on est un peu dégoûtés que l’atelier « mon premier CD électro » soit réservé aux enfants aussi. Il faudrait qu’ils passent le bac d’abord, ces gosses…

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Aloïs Lecerf

chroniqueur bercé par et vivant pour la musique à travers les découvertes et les concerts