Premier effort d’un trio parisien, « Bones » est une œuvre viscérale à la croisée des autoroutes pour Berlin, Détroit et Paris. Le groupe s’appelle Blackmail et dispose d’une grande capacité de brassage stylistique qui le permet de composer une musique déviante tantôt krautrock et tantôt technoïsante.

» Bones » est un très bel album d’une noirceur assez rare ces temps-ci, on y sent la crasse de nuits trop longues et de répétitions dans de minuscules locaux de métropole. On pense à la fois à un PVT plus lo-fi et aux Spacemen 3, Blackmail n’hésite pas à étirer les plages instrumentales bruitistes habillées d’un simple mantra de chant. En ce sens, le morceau « A Miracle America » tape dans le mile grâce à cette boîte à rythmes ternaire enfantant une basse monotone et obsédante, le tout scandé par un chaman sensuel semblant évoquer le libertinage poisseux.
Dans la même veine musicale, The Eyes In The Heat s’était également distingué en septembre dernier ou encore Tristesse Contemporaine en mars dernier. La scène musicale française regorge ces temps-ci de petits diamants noirs à la croisée des chemins de l’électronique et du rock à tendance Madchester. Là où Blackmail se distingue des autres, c’est par son approche punk de sa musique, c’est-à-dire qu’aucune concession n’est faite face au bruit et à l’atmosphère. Le morceau « Night Hunter » en est un bon exemple avec cette basse salement saturée et cette envolée psychédélique sur le refrain, un très beau morceau.
Pour conclure, Blackmail propose à travers « Bones » un album pointu et hautement psychédélique de par son approche punk et rock’n’roll de l’électronique et de la pop. Un groupe que l’on attendra au tournant sur scène en espérant que le groupe saura représenter l’obscurité de leur musique dans la pénombre d’une salle de concert.

Bones de Blackmail est disponible depuis le 28 janvier chez Yuk-Fü.